Une saison 2026 sans précédent : les chiffres qui inquiètent
Depuis le 1er mai 2026, la France métropolitaine est officiellement entrée dans sa période de surveillance renforcée des arboviroses, qui court jusqu'au 30 novembre. Et cette année, les premières semaines sont alarmantes : 228 cas de chikungunya ont déjà été recensés en métropole à la mi-mai 2026 — un record absolu pour une période aussi précoce. Pour comparaison, l'ensemble de la saison 2025 avait totalisé 809 cas autochtones, déjà le chiffre le plus élevé jamais enregistré. En 2026, ce seuil pourrait être largement dépassé avant même l'été.
Le moustique tigre (Aedes albopictus), vecteur du chikungunya mais aussi de la dengue et du Zika, est désormais implanté dans 83 des 96 départements métropolitains depuis janvier 2026, contre 76 en 2024. Sa progression rapide, favorisée par le réchauffement climatique, transforme progressivement la France en territoire d'endémie potentielle. Santé publique France publie des bulletins de surveillance régionaux hebdomadaires tout au long de la période de vigilance.
Pour l'IDEC en EHPAD, ce n'est plus une menace lointaine : elle concerne directement les résidents, les soignants, et la responsabilité de l'établissement en matière de prévention des risques infectieux.
Pourquoi les résidents d'EHPAD sont particulièrement vulnérables
Le chikungunya provoque une fièvre élevée, des polyarthralgies invalidantes et une asthénie profonde. Chez un adulte jeune sans comorbidité, la maladie est douloureuse mais généralement bénigne. En EHPAD, le tableau clinique peut être beaucoup plus sévère :
- Comorbidités cardiovasculaires et métaboliques : hypertension artérielle, diabète, insuffisance cardiaque — terrains aggravants bien connus des IDEC.
- Immunosénescence : le vieillissement du système immunitaire rend la réponse antivirale moins efficace et prolonge les formes symptomatiques, parfois sur plusieurs semaines.
- Polymédication : les interactions avec les AINS (formellement contre-indiqués en cas d'arbovirose suspectée), les anticoagulants ou les traitements antihypertenseurs compliquent la prise en charge.
- Mobilité réduite : les résidents peu mobiles, présents sur les terrasses ou près des fenêtres ouvertes, sont exposés aux piqûres sans pouvoir se protéger spontanément.
À ces risques individuels s'ajoute un risque collectif propre aux établissements : une épidémie interne peut se propager rapidement si les mesures de prévention ne sont pas activées dès les premiers cas suspects. L'IDEC est en première ligne pour organiser la réponse avant que les premiers résidents ne tombent malades.
La vaccination : Vimkunya recommandé par la HAS pour les 65 ans et plus
La Haute Autorité de Santé a actualisé ses recommandations vaccinales pour le chikungunya en 2026 : le vaccin Vimkunya (recombiné, adsorbé) est désormais recommandé pour toutes les personnes de 65 ans et plus, ainsi que pour les 12-64 ans présentant des comorbidités graves.
Ce positionnement résout une ambiguïté importante : l'autre vaccin disponible, Ixchiq (vivant atténué), reste contre-indiqué chez les plus de 65 ans en raison de signaux de pharmacovigilance apparus après sa mise sur le marché. Vimkunya, de par sa technologie recombiné-adsorbée, ne présente pas ces restrictions d'âge et est parfaitement adapté au profil des résidents d'EHPAD.
Ce que l'IDEC doit mettre en œuvre pour la vaccination
- Recenser les résidents 65+ non encore vaccinés contre le chikungunya dans les dossiers de soins et le tableau de bord vaccinal de l'établissement.
- Proposer la vaccination Vimkunya au médecin coordonnateur lors de la prochaine réunion médicale pour intégration au plan vaccinal de l'établissement.
- Anticiper la commande en lien avec la pharmacie à usage intérieur ou les pharmaciens correspondants — Vimkunya reste encore peu disponible en ville.
- Tracer la vaccination dans le DMP et le carnet de vaccination du résident, et renseigner le tableau de couverture vaccinale de l'établissement.
La vaccination protège le résident d'une forme grave, mais elle ne dispense absolument pas des mesures environnementales de prévention, qui restent le premier rempart contre la transmission.
Protocole environnemental : éliminer les gîtes larvaires en EHPAD
Le moustique tigre se reproduit dans tous les contenants d'eau stagnante, y compris minimes : le fond d'une coupelle, un bouchon de bouteille, une gouttière engorgée. En EHPAD, les sources potentielles sont nombreuses dans les espaces extérieurs, jardins thérapeutiques, terrasses et locaux techniques.
Protocole hebdomadaire recommandé (mai à novembre)
- Inspecter systématiquement l'ensemble des espaces extérieurs : jardins, terrasses, caves, locaux techniques, parkings.
- Vider et retourner tout contenant susceptible de retenir de l'eau : arrosoirs, seaux, coupelles de plantes, bacs de rétention.
- Vérifier le bon écoulement des gouttières et toits-terrasses, et signaler les bouchages aux services techniques.
- Coordonner avec l'équipe hôtelière pour les espaces de restauration et de loisirs extérieurs.
- Documenter chaque inspection dans le registre de traçabilité hygiène-environnement de l'établissement.
En complément, des répulsifs cutanés adaptés (DEET, IR3535 à concentration réglementaire) peuvent être utilisés pour protéger les résidents lors des activités extérieures, sur prescription médicale ou selon le protocole validé par le médecin coordonnateur. L'application relève du rôle de l'équipe soignante et s'inscrit dans la continuité des précautions standard d'hygiène de l'établissement.
Surveillance clinique et déclaration ARS : les réflexes de l'IDEC
Face à un résident présentant une fièvre brutale, des arthralgies symétriques et une éruption cutanée pendant la période de surveillance, l'IDEC doit systématiquement évoquer le chikungunya — même en l'absence de voyage récent. Depuis 2025, la transmission locale est avérée dans de nombreux départements métropolitains.
Conduite à tenir dès la suspicion
- Alerter immédiatement le médecin coordonnateur ou le médecin traitant pour prescription biologique urgente (sérologie ou RT-PCR selon le délai d'apparition des symptômes).
- Protéger le résident des piqûres dès la suspicion : moustiquaire, répulsif, vêtements couvrants — pour prévenir tout risque de transmission au sein de l'établissement.
- Ne pas administrer d'AINS (ibuprofène, kétoprofène) : formellement contre-indiqués avant l'élimination d'une dengue, en raison du risque hémorragique potentiellement fatal.
- En cas de cas confirmé, déclarer sans délai à l'ARS : le chikungunya est une maladie à déclaration obligatoire (MDO). Ce signalement déclenche l'intervention gratuite des opérateurs de démoustication agréés autour de l'établissement.
Sur le plan organisationnel, l'IDEC doit également évaluer si la survenue d'un ou plusieurs cas constitue un événement indésirable grave (EIG) nécessitant une déclaration interne et, le cas échéant, au niveau des autorités de contrôle de l'établissement.
Les 5 actions prioritaires pour l'IDEC dès aujourd'hui
Face à une saison 2026 qui s'annonce historique, voici les cinq priorités à activer sans délai :
- Informer l'équipe soignante du contexte épidémique lors du prochain briefing : rappeler la clinique du chikungunya, la conduite à tenir et l'interdiction des AINS.
- Mettre à jour le plan vaccinal de l'établissement en intégrant Vimkunya pour les résidents 65+ non protégés.
- Lancer le protocole d'inspection des gîtes larvaires hebdomadaire et désigner un référent dans l'équipe hôtelière.
- Identifier le contact ARS référent de votre département pour la déclaration et le déclenchement de la démoustication.
- Mettre à jour la fiche de poste collective en intégrant la surveillance des arboviroses à la liste des vigilances saisonnières obligatoires.
Ces actions s'intègrent dans la mission de prévention qui est au cœur du rôle de l'IDEC en EHPAD et complètent les protocoles existants sur la gestion des risques infectieux collectifs. Pour aller plus loin, retrouvez l'ensemble de nos procédures et outils disponibles en ligne.
Sources officielles
Santé publique France — Chikungunya : notre action et surveillance 2026
HAS — Vimkunya : recommandation vaccinale pour les personnes de 65 ans et plus
Caducée — Chikungunya 2026 et dengue en France : diagnostic, signalement et moustique tigre