PERIMED : la première cartographie des médicaments gaspillés
L'Assurance Maladie, l'Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM) et Cyclamed ont conduit une étude inédite appelée PERIMED. Son intérêt : elle dresse pour la première fois une cartographie détaillée et représentative des médicaments non utilisés collectés par les pharmacies françaises. Pour l'IDEC qui pilote le circuit du médicament au quotidien, c'est une grille de lecture concrète des gisements de gaspillage — et des points où agir.
Les ordres de grandeur donnent le vertige : plus de 7 500 tonnes de médicaments non utilisés sont rapportées en pharmacie sur une année. L'étude repose sur une base solide, puisqu'elle s'appuie sur l'analyse de plus de 32 000 unités de médicaments collectées en pharmacie représentant 1 125 spécialités pharmaceutiques différentes. C'est cette représentativité qui rend les enseignements directement exploitables sur le terrain.
Qui sont les médicaments du gaspillage ?
Le gaspillage n'est pas réparti au hasard. Près de 80 % des médicaments rapportés appartiennent à 4 grandes classes thérapeutiques — celles des voies respiratoires, du système digestif et du métabolisme, du système nerveux et de l'appareil cardiovasculaire. Ce sont précisément les traitements les plus fréquents chez les résidents d'EHPAD et les patients chroniques suivis à domicile, ceux que l'équipe infirmière manipule chaque jour.
Dans le détail, les antalgiques (paracétamol, tramadol), les laxatifs (macrogol, lactulose) et les antibiotiques (amoxicilline, amoxicilline/acide clavulanique) figurent parmi les plus retrouvés. Côté péremption, c'est le cas du paracétamol, de l'ibuprofène ou encore d'antidiarrhéiques (le lopéramide et le racécadotril) qui font partie des médicaments qui sont le plus souvent collectés déjà périmés. Des noms qui parlent à toute IDEC : ce sont les classiques de l'armoire à pharmacie et du chariot de soins.
Deux chiffres résument l'enjeu de sécurité. Environ 60 % des médicaments collectés sont périmés au moment de leur retour en pharmacie. Et près de 70 % des médicaments collectés étaient soumis à prescription obligatoire : on ne parle donc pas de médication familiale d'appoint, mais bien de traitements prescrits, dispensés, remboursés… puis perdus.
Un coût qui dépasse le seul gaspillage
L'addition est lourde pour la collectivité. L'étude estime par ailleurs à 517 millions d'euros par an le montant des médicaments remboursés puis finalement non utilisés, dont 278 millions d'euros estimés pour des médicaments non périmés — c'est-à-dire potentiellement encore utilisables au moment où ils ont été jetés. Au-delà de l'enjeu financier, ce stock dormant au domicile ou dans les établissements représente un risque iatrogène réel : confusion de boîtes, automédication, erreurs de réintroduction de traitements arrêtés.
Pourquoi ce gaspillage ? L'étude pointe des causes très opérationnelles. L'arrêt prématuré d'un traitement en raison d'effets indésirables, d'une efficacité jugée insuffisante ou d'une amélioration des symptômes laisse des boîtes entamées sans suite. Et des boîtes contenant plus de comprimés que nécessaire pour la durée réelle du traitement contribuent mécaniquement au non-usage. Autant de situations que l'IDEC observe dans les étapes de préparation et d'administration du circuit du médicament.
Les leviers d'action concrets pour l'équipe soignante
C'est tout l'intérêt de l'étude : elle ne se contente pas de constater. Les professionnels de santé disposent de plusieurs leviers pour contribuer à la sobriété médicamenteuse. L'Assurance Maladie en détaille une liste directement transposable au pilotage d'une équipe : prescrire au plus juste, privilégier les alternatives non médicamenteuses lorsqu'elles sont pertinentes, réévaluer régulièrement les traitements, accompagner la déprescription lorsque cela est nécessaire et vérifier, avant tout renouvellement, que le patient ne dispose pas déjà du traitement à son domicile.
Pour l'IDEC, plusieurs de ces leviers relèvent directement du rôle infirmier et de la coordination. La vérification des stocks au domicile ou dans le pilulier avant tout réapprovisionnement est un geste simple, souvent négligé faute de temps, qui évite l'empilement des boîtes. La réévaluation régulière des traitements s'inscrit dans le dialogue avec le médecin coordonnateur et le médecin traitant, où l'infirmière apporte une observation de terrain irremplaçable. Ce rôle de vigie s'articule pleinement avec les missions de coordination de l'IDEC en EHPAD.
Le dernier levier est éducatif et il est au cœur du métier infirmier. L'accompagnement des patients sur le bon usage, l'observance et le stockage des médicaments constitue également un levier important pour limiter le gaspillage. Expliquer pourquoi un traitement doit être poursuivi jusqu'au bout, comment conserver ses médicaments, quand rapporter les boîtes inutilisées : ces messages, portés par l'IDE au lit du patient ou par l'IDEC auprès des familles, transforment une donnée statistique en sobriété réelle.
Sécuriser le circuit, prévenir l'erreur
Réduire le gaspillage, c'est aussi sécuriser le circuit. La Haute Autorité de santé met à disposition des outils dédiés : son guide cible tous les professionnels (administratifs, pharmaciens, prescripteurs, infirmier(ère)s, aides-soignants...) impliqués dans la gestion du médicament. Il propose une adaptation au contexte français d'outils d'autoévaluation et d'amélioration de la sécurité d'administration, des outils pour les aider dans leurs démarches de gestion des risques associés aux soins. Un stock maîtrisé, des traitements réévalués et des piluliers à jour réduisent mécaniquement les risques d'erreur d'administration — et donc les événements indésirables liés aux soins.
Pour l'IDEC, l'étude PERIMED n'est pas un énième rapport : c'est un argumentaire chiffré pour réinscrire la sobriété médicamenteuse à l'ordre du jour des réunions d'équipe, des transmissions et du dialogue avec la pharmacie à usage intérieur. Chaque boîte vérifiée avant renouvellement, chaque traitement réévalué, chaque patient mieux informé pèse — modestement mais réellement — dans ces 7 500 tonnes annuelles.
Sources officielles
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Gaspillage de médicaments : une étude inédite propose des pistes pour agir
- Assurance Maladie (ameli.fr) — étude PERIMED, version pharmacien (détails par classe et observance)
- Haute Autorité de santé — Outils de sécurisation et d'auto-évaluation de l'administration des médicaments