La publication SPF du 9 juin 2026 : pourquoi cela concerne l'IDEC en EHPAD
Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de Santé publique France, publié le 9 juin 2026, consacre son numéro 14 au suivi des prescriptions antifongiques et des infections nosocomiales à champignons dans les établissements de santé français. L'analyse comparative porte sur les données des enquêtes nationales de prévalence (ENP) de 2017 et 2022, offrant pour la première fois un panorama longitudinal sur cinq ans. Pour les professionnels de santé en EHPAD, cette publication confirme une tendance préoccupante que la veille institutionnelle avait amorcée et qui justifie une révision des pratiques de surveillance infirmière sur ce type d'infections souvent méconnues.
Si l'ENP porte principalement sur les hôpitaux et cliniques, les tendances qu'elle révèle — notamment la hausse des prescriptions antifongiques et des infections à champignons — interrogent directement les pratiques de surveillance en EHPAD. En effet, les résidents de ces établissements cumulent plusieurs facteurs de risque d'infections fongiques invasives : immunosénescence liée à l'âge, polypathologies, antibiothérapies fréquentes, présence de dispositifs invasifs et dénutrition sous-jacente.
Le contexte général confirme l'ampleur du défi infectieux : selon la même source, un patient hospitalisé sur 18 présentait au moins une infection nosocomiale en 2022, avec une prévalence globale de 5,71% des patients infectés, en hausse de (+14,7%) par rapport à 2017. Pour l'IDEC, ces données renforcent l'importance des pratiques d'hygiène et de la détection précoce des signes infectieux atypiques. Notre protocole sur les précautions standard et l'hygiène des mains constitue la première ligne de défense contre ces infections.
Infections fongiques nosocomiales : une hausse de 64% en cinq ans
Le chiffre le plus marquant de la publication SPF : la prévalence des patients présentant au moins une infection nosocomiale à champignons (INC) a connu une hausse de 64% entre 2017 et 2022, passant de 0,14 à 0,23 pour 100 patients. L'ENP 2022 a inclus 151 676 patients en 2022 versus 80 898 en 2017, soit près du double de la population étudiée, ce qui renforce la robustesse statistique de cette tendance. Les prescriptions d'antifongiques systémiques ont suivi la même courbe ascendante, atteignant 1,05 [0,93-1,16] pour 100 patients en 2022, contre (0,78 [0,64-0,92]) en 2017, une augmentation statistiquement significative.
Sur le plan microbiologique, Candida albicans est l'espèce la plus représentée parmi les levures identifiées, et Aspergillus fumigatus est le champignon filamenteux le plus représenté dans les infections à moisissures. Les localisations les plus fréquentes pour les infections à Candida sont : des fongémies (29,69%), des infections urinaires (16,66%) et des infections du site opératoire (14,03%). Les aspergilloses, quant à elles, causent principalement des pneumonies (75,60%) et concernent essentiellement les patients sévèrement immunodéprimés.
Facteurs de risque : les résidents les plus vulnérables en EHPAD
Même si les données du BEH concernent les établissements hospitaliers, les facteurs de risque identifiés s'appliquent directement à la population résidant en EHPAD. La publication signale que la prévalence des INC est plus élevée si un dispositif invasif, une sonde urinaire, une sonde d'intubation ou un cathéter (excepté sous-cutané), est présent. En EHPAD, les sondes urinaires à demeure et les cathéters veineux périphériques représentent des points de vigilance prioritaires que l'IDEC doit intégrer dans les évaluations pluridisciplinaires régulières.
Parmi les autres facteurs de risque documentés : l'immunodépression, l'existence d'une hémopathie ou une tumeur solide représentent des conditions associées à la présence d'une INC. En pratique en EHPAD, cela concerne les résidents sous corticothérapie prolongée, traités pour une hémopathie active, présentant un cancer en cours de traitement ou fragilisés par l'immunosénescence liée à l'âge. Ces résidents nécessitent une attention particulière lors de la prescription d'antibiotiques à large spectre, qui favorisent la colonisation par les champignons opportunistes.
L'IDEC est en première ligne pour signaler à l'équipe médicale les signes d'alerte d'une infection fongique invasive : fièvre persistante sous antibiothérapie, candidose oro-pharyngée récidivante, détérioration inexpliquée de l'état général. Ces signaux cliniques doivent déclencher une réévaluation médicale rapide et, si nécessaire, des prélèvements mycologiques. Notre protocole de signalement des événements indésirables graves vous guidera sur les démarches à suivre en cas d'épisode infectieux inhabituel.
Données IAS en EHPAD : le tableau dressé par l'ENP 2024
Pour contextualiser ces données dans le secteur médico-social, l'ENP 2024 EHPAD de Santé publique France apporte un éclairage complémentaire. Portant sur 1 288 Ehpad incluant 102 166 résidents, elle révèle que la prévalence des résidents infectés par au moins une IAS en 2024 est estimée à 2,35 %, en baisse par rapport à la prévalence de (2,93 %) mesurée en 2016. Cette amélioration traduit les progrès réalisés grâce aux programmes de prévention des IAS.
Les infections les plus fréquentes sont respiratoires (36,2 %), urinaires (31,7 %) et cutanées (25,8 %). Sur le volet des traitements anti-infectieux, en 2024, 2,87 % des résidents ont été traités par au moins un antibiotique un jour donné, et les prescriptions à visée préventive (prophylaxie) sont en hausse : 22 % en 2024 contre 13,6 % en 2016. Cette hausse de la prophylaxie anti-infectieuse, si elle répond à des indications médicales légitimes, doit faire l'objet d'une réévaluation régulière pour éviter la sélection de souches résistantes, qu'elles soient bactériennes ou fongiques.
Bon usage des antifongiques et rôle concret de l'IDEC
La durée de traitement antifongique observée dans l'ENP 2022 est de 11,61 jours [10,32-12,91] en moyenne. En traitement curatif, le classement des antifongiques les plus prescrits est le suivant : fluconazole (N=412, soit 37,19%), l'amphotéricine B (218, soit 23,17%), la caspofungine (214, soit 20,98%). En prophylaxie antifongique, l'ordre diffère : posaconazole (169, soit 33,08%), l'amphotéricine B (104, soit 23,39%), fluconazole (114, soit 21,55%).
La conclusion de la publication SPF est explicite : il est essentiel de poursuivre les efforts en matière de bon usage et de coordonner les actions menées sur ce sujet à un niveau régional en lien avec les CPias. Par ailleurs, la prescription hors AMM des antifongiques est un axe de travail prioritaire. Ces enjeux dépassent les murs des hôpitaux : en EHPAD, l'IDEC contribue directement à la vigilance sur les prescriptions anti-infectieuses en s'assurant que chaque traitement est réévalué à 72 heures et que les résidents à risque font l'objet d'une surveillance clinique rapprochée.
Points clés à retenir pour l'IDEC
Les données SPF 2026 et les résultats ENP 2024 EHPAD se traduisent concrètement par plusieurs actions de coordination que l'IDEC peut mettre en place dès maintenant :
- Identifier les résidents à risque : dresser la liste des résidents porteurs de dispositifs invasifs, sous immunosuppresseurs ou ayant reçu une antibiothérapie à large spectre au cours des 30 derniers jours.
- Former l'équipe : sensibiliser les aides-soignantes aux signes cliniques évocateurs d'une infection fongique (muguet buccal récidivant, fièvre sans cause évidente, lésions cutanées atypiques).
- Tracer et signaler : documenter dans le dossier de soins toute suspicion d'IAS et activer le circuit de signalement interne et externe si un événement indésirable grave est confirmé.
- Participer à la réévaluation des traitements : en collaboration avec le médecin coordonnateur, s'assurer que les prescriptions antifongiques et antibiotiques sont revues à intervalles réguliers selon les protocoles en vigueur.
Pour renforcer les compétences globales de votre équipe sur la prévention des infections, notre guide métier complet de l'IDEC couvre l'ensemble des dimensions de la coordination des soins en EHPAD, y compris la gestion des risques infectieux.