808 LISP dans le Grand Est : une avancée structurante pour l'accompagnement palliatif
Le 10 avril 2026, l'Agence Régionale de Santé Grand Est a officialisé la labellisation de 808 Lits Identifiés de Soins Palliatifs (LISP) sur l'ensemble de son territoire, dans le cadre de la Stratégie nationale décennale soins palliatifs, prise en charge de la douleur et accompagnement de la fin de vie.
Ce bilan est significatif : 242 lits sont des créations nettes, représentant 30 % du total, et 566 lits ont été relabellisés, traduisant une montée en qualité de l'offre existante. Dans les seuls Vosges, 70 lits sont désormais identifiés et labellisés. Au-delà des seuls lits, l'ARS Grand Est renforce également les équipes mobiles de soins palliatifs (EMSP) et soutient la création d'unités dédiées dans les territoires jusqu'ici dépourvus de tels dispositifs, afin de garantir une offre graduée, qualitative et cohérente sur l'ensemble de la région.
Pour l'IDEC en EHPAD, cette actualité n'est pas une question de géographie régionale : elle engage directement sa fonction de coordinatrice de l'accompagnement fin de vie, partout en France.
Pourquoi les EHPAD sont au cœur de l'enjeu palliatif
La fin de vie en France se joue de plus en plus en établissement médico-social. Selon les données publiées par la plateforme nationale Parlons Fin de Vie, une part croissante des décès survient en EHPAD — où les résidents cumulent polypathologies, fragilité avancée et isolement familial, et nécessitent souvent une approche palliative bien avant le stade terminal.
Or, historiquement, les EHPAD ont été peu dotés en LISP. Ces lits permettent pourtant aux établissements médico-sociaux d'organiser une prise en charge palliative formalisée, avec un financement dédié et un encadrement qualité renforcé. La dynamique nationale vise à corriger ce déséquilibre. Un signe fort est venu en Vendée : depuis le 1er janvier 2026, un EHPAD public accueille les premiers lits de soins palliatifs ouverts dans un établissement médico-social en France, dans le cadre d'une expérimentation de trois ans soutenue par l'ARS des Pays de la Loire.
Le contexte national : une ambition chiffrée
La labellisation Grand Est s'inscrit dans un effort national documenté. Selon l'Atlas national des soins palliatifs (3e édition), la France compte désormais plus de 7 500 LISP à l'hôpital (hausse de 6 % depuis 2021) et 180 Unités de Soins Palliatifs, contre 166 en 2022.
La Stratégie nationale décennale soins palliatifs 2024-2034 fixe trois axes prioritaires :
- Développer l'offre palliative dans tous les milieux — domicile, EHPAD, établissements de santé — via des LISP, des USP et des EMSP ;
- Former les professionnels de santé à l'approche palliative, y compris les soignants non spécialisés, ce qui concerne directement les IDE et IDEC en EHPAD ;
- Garantir l'accès territorial aux soins palliatifs, en priorité dans les zones rurales ou sous-dotées.
L'annonce de l'ARS Grand Est relayée par les médias locaux vosgiens s'inscrit précisément dans ce cadre. Elle illustre que les ARS s'emparent concrètement des objectifs nationaux et que les territoires, y compris ruraux, bénéficient d'une montée en charge effective.
Le rôle central de l'IDEC dans la coordination palliative
L'IDEC n'est pas simplement l'interlocutrice administrative de l'équipe de soins palliatifs. Elle est, selon les études qualitatives menées dans les EHPAD, le point central de l'équipe qui gravite autour du résident en fin de vie. Ses missions en matière palliative sont à la fois cliniques, relationnelles et organisationnelles :
- Coordination multi-acteurs : assurer la liaison entre le médecin coordonnateur, les médecins prescripteurs, les IDE, les aides-soignants et les équipes mobiles de soins palliatifs intervenant en externe ;
- Gestion des directives anticipées : identifier si elles ont été rédigées à l'entrée en EHPAD, s'assurer qu'elles figurent dans le dossier de soins, les transmettre sans délai en cas d'urgence ;
- Accompagnement des familles : informer, accompagner, gérer les situations d'annonce en lien avec l'équipe médicale ;
- Soutien émotionnel des équipes soignantes : les soignants exposés répétitivement à la mort sans accompagnement psychologique structuré développent des signes de deuil professionnel non résolu, facteur majeur d'épuisement et de départ.
Ces missions sont désormais encadrées réglementairement. Le décret 2025-897 définit explicitement les 4 missions propres de l'IDEC et 7 missions concourant au médecin coordonnateur, parmi lesquelles la coordination de la prise en charge de la douleur et l'organisation des soins en fin de vie.
La formation, levier indispensable pour l'IDEC
La stratégie nationale décennale identifie la formation comme condition nécessaire au développement d'une culture palliative dans tous les établissements. Pour l'IDEC, plusieurs dispositifs sont mobilisables dès 2026 :
Le DPC soins palliatifs
Des actions éligibles au Développement Professionnel Continu portent spécifiquement sur l'accompagnement de fin de vie, la prise en charge de la douleur et la communication avec les familles. Ces formations sont financées à 100 % par l'ANDPC pour les infirmiers libéraux, et par l'ANFH pour les EHPAD publics. La rubrique formations SOS IDEC recense les DPC les plus pertinents pour les coordinatrices.
Les formations collectives via l'ANFH
Pour les EHPAD relevant de la fonction publique hospitalière, l'ANFH finance des formations spécifiques à l'accompagnement de fin de vie dans le cadre du plan de formation collectif. L'IDEC a un rôle actif dans l'identification des besoins et la construction du plan de formation annuel.
Les ressources de la SFAP
La Société Française d'Accompagnement et de Soins Palliatifs propose des cursus spécialisés, des recommandations de bonnes pratiques et des outils pédagogiques libres d'accès pour les équipes soignantes. Ces ressources peuvent être intégrées dans des actions de formation interne.
Ce que l'IDEC peut faire concrètement dans son établissement
- Vérifier si un LISP est activable dans l'établissement ou dans le territoire de santé : si oui, quelles sont les conditions d'activation ? Si non, est-il possible d'initier une démarche de candidature auprès de l'ARS régionale ?
- Évaluer le niveau de formation palliative de l'équipe : un minimum de 20 % des IDE formés à l'approche palliative est généralement requis pour l'activation d'un LISP ;
- S'assurer que les directives anticipées sont systématiquement recherchées à l'entrée en EHPAD et tracées dans le dossier de soins ;
- Établir ou renforcer le partenariat avec l'EMSP locale : une convention d'intervention rapide permet de disposer d'un appui spécialisé en situation palliative complexe sans transfert hospitalier ;
- Organiser des temps de parole réguliers pour les équipes exposées à des décès répétés, en lien avec les procédures de bientraitance et de gestion des événements indésirables.
Une reconnaissance institutionnelle qui engage l'IDEC
La labellisation massive de LISP dans le Grand Est envoie un signal fort : les pouvoirs publics reconnaissent que mourir dignement nécessite une organisation coordonnée, et que cette organisation repose largement sur les épaules des coordinatrices en établissement.
L'IDEC n'est pas seulement un exécutant de cette politique : elle en est un acteur clé. Sa capacité à structurer un parcours palliatif cohérent, à soutenir ses équipes, à garantir le respect des volontés des résidents et à nouer des partenariats avec les acteurs spécialisés définit concrètement la qualité de fin de vie dans son établissement.
Pour approfondir le cadre de ces missions, le guide complet du rôle de l'IDEC en EHPAD et les procédures cliniques disponibles sur SOS IDEC constituent des bases solides. L'accompagnement de fin de vie est l'une des missions les plus exigeantes et les plus invisibles de l'IDEC — la stratégie nationale est en train de lui donner la visibilité qu'elle mérite.