Une pathologie longtemps sans parcours de soins organisé
Le constat que dresse la HAS est sévère : il n'existe actuellement ni traitement ni parcours de soins coordonné pour les personnes souffrant d'acouphènes, et le recours à un médecin spécialiste est souvent tardif. ces troubles concernent une personne sur cinq en population générale et entraînent des troubles du sommeil, des difficultés de concentration, de l'isolement ou de l'anxiété — des retentissements que l'équipe de coordination observe quotidiennement chez les résidents, sans toujours les relier à un trouble auditif sous-jacent. Cette recommandation s'inscrit dans la continuité des travaux d'évaluation des atteintes auditives et des dispositifs d'aides auditives publiés par la HAS en 2018.
La démarche diagnostique que décrit la HAS
La HAS structure désormais un parcours en plusieurs étapes. La première consultation, généralement menée par le médecin généraliste, vise à retracer l'historique d'apparition des acouphènes, avant que des tests fonctionnels réalisés par un médecin ORL soient recommandés. Pour objectiver la gêne ressentie, le niveau de gêne et d'impact sur la vie du patient peut être estimé grâce à un score obtenu en répondant au questionnaire Tinnitus Handicap Inventory (THI). Des examens complémentaires d'imagerie, notamment une IRM, sont préconisés dans la plupart des cas, selon le type d'acouphène.
La prise en charge est ensuite coordonnée par le médecin généraliste ou le médecin ORL, avec une approche pluridisciplinaire mobilisant différents professionnels — médecins, psychologues, audioprothésistes — notamment pour les patients présentant des vulnérabilités psychologiques, sociales ou médicales, et une décision médicale partagée, fondée sur l'information éclairée du patient et sur les bénéfices et limites des options thérapeutiques possibles.
Ce qui marche, ce que la HAS écarte
Sur le plan thérapeutique, la HAS recommande notamment les thérapies comportementales et cognitives (TCC), seules à avoir démontré à ce jour une efficacité sur les acouphènes. À l'inverse, plusieurs approches largement proposées sont explicitement déconseillées : C'est notamment le cas des techniques de neuromodulation (neurostimulation, stimulation magnétique transcrânienne répétitive), de l'acupuncture, de la thérapie par laser ainsi que des traitements médicamenteux et des compléments alimentaires, non recommandés faute de preuve d'efficacité suffisante. Une information utile pour l'IDEC sollicité par des familles en quête de solutions rapides pour un résident gêné par des sifflements ou bourdonnements persistants.
Le repérage au quotidien, un rôle déjà décrit pour l'EHPAD
La recommandation HAS 2026 ne cible pas nommément l'EHPAD, mais un guide HAS de repérage des déficiences sensorielles en établissement pour personnes âgées détaille déjà les signes d'alerte observables par l'équipe : le résident « me fait répéter de plus en plus souvent lors de nos échanges », il met le son de la télévision ou de la radio de plus en plus fort, ou encore il ne participe plus à des activités de groupe. Face à ces signaux, la conduite à tenir est documentée : rechercher la présence d'un bouchon de cérumen ou d'un corps étranger bloquant le canal auditif, vérifier l'usage de médicaments ototoxiques — certains antibiotiques, diurétiques, antipaludéens —, puis programmer une consultation avec le médecin traitant et, selon les besoins, avec un spécialiste de l'audition (ORL, audioprothésiste). Ce même guide recommande qu'au moment de l'admission, l'ensemble des nouveaux résidents bénéficie d'une évaluation des fonctions auditives — une pratique qui, couplée au nouveau parcours HAS sur les acouphènes, mérite d'être vérifiée dans le protocole d'accueil de l'établissement.
Sur le plan de la communication avec un résident malentendant, le même guide conseille de s'exprimer distinctement et en articulant, en évitant les mots à consonance identique en cas de presbyacousie — un réflexe simple à intégrer aux temps de formation continue de l'équipe.
Le lien avec la presbyacousie, à ne pas négliger
Selon l'Assurance Maladie, la presbyacousie est une baisse de l'audition ou hypoacousie liée à l'âge, et les acouphènes et l'hyperacousie peuvent être présents voire révélateurs d'une presbyacousie. Sa progression est documentée sur la fiche ameli.fr consacrée à la presbyacousie : la perte auditive est de 0,5 décibel en moyenne par an à partir de 65 ans, un décibel par an à partir de 75 ans, deux décibels par an à partir de 85 ans — une progression qui touche donc la quasi-totalité des résidents en EHPAD. Des outils à utiliser en autotest ou avec l'aide d'une personne existent, comme le questionnaire Hearing Handicap Inventory for the Elderly Screening (HHIE-S), qui peut compléter les grilles de repérage déjà utilisées par l'équipe.
Un repère utile à diffuser à l'équipe et aux familles : Consultez le jour même un médecin si les acouphènes surviennent brutalement et sont accompagnés de fièvre et frissons, d'une perte brutale de l'audition, de nausées et/ou vomissements, ou de troubles de la conscience, précise l'Assurance Maladie sur sa fiche dédiée à la conduite à tenir face aux acouphènes.
Ce que l'IDEC peut mettre en place dès maintenant
- Vérifier que le protocole d'admission prévoit bien une évaluation des fonctions auditives, comme le recommande le guide HAS EHPAD.
- Sensibiliser l'équipe aux signes d'alerte simples : répétitions fréquentes demandées, volume sonore excessif de la télévision, retrait des activités collectives.
- Documenter dans le dossier de liaison les traitements ototoxiques en cours et les antécédents de bouchon de cérumen.
- Orienter vers le médecin traitant ou un ORL dès qu'une gêne durable est identifiée, plutôt que de la banaliser comme un simple effet du grand âge.
- Rappeler à l'équipe que la HAS écarte les solutions médicamenteuses ou les dispositifs de neuromodulation contre les acouphènes, pour éviter des attentes mal calibrées côté familles.
Ce travail de repérage s'inscrit pleinement dans les missions cliniques que l'IDEC exerce en EHPAD et gagne à être formalisé dans les procédures de soins de l'établissement, aux côtés des protocoles déjà en place sur la prévention des chutes ou la iatrogénie.
Un signal souvent confondu avec « le grand âge »
Dans le quotidien d'un EHPAD, un résident qui monte le son de la télévision ou qui se replie sur lui-même pendant les animations est facilement rattaché au vieillissement en général, sans qu'un lien systématique soit fait avec une possible atteinte auditive ou des acouphènes associés. Cette confusion a un coût : un résident qui s'isole faute d'entendre correctement les conversations autour de lui peut être orienté à tort vers une évaluation cognitive ou thymique, alors qu'un simple contrôle du cérumen ou un ajustement de l'appareillage auditif suffirait à rétablir le lien social. La publication de cette recommandation HAS est l'occasion, pour l'équipe de coordination, de remettre le repérage auditif au même niveau de vigilance que la prévention des chutes ou de la dénutrition, plutôt que de le traiter comme un sujet secondaire.
Ce travail de vigilance repose largement sur l'observation quotidienne des aides-soignants et des IDE, à qui il revient de faire remonter les signaux d'alerte à l'IDEC ou au cadre de santé pour déclencher l'orientation médicale appropriée.
Sources officielles
- HAS — Acouphènes invalidants : des clés pour améliorer le diagnostic et la prise en charge des adultes
- HAS — Repérage des déficiences sensorielles en établissement pour personnes âgées (volet EHPAD)
- Ameli.fr — Presbyacousie
- Ameli.fr — Définition, causes, conséquences des acouphènes
- Ameli.fr — Acouphènes : que faire, quand consulter
