Un préavis de grève pour le 26 mai 2026 dans tout le médico-social
Une intersyndicale réunissant SUD Santé Sociaux et plusieurs collectifs du travail social en lutte a déposé un préavis de grève interprofessionnelle pour le 26 mai 2026, couvrant l'ensemble du secteur sanitaire, social et médico-social. L'appel à la mobilisation a été rendu public le 12 mai 2026 et concerne notamment les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), les services à domicile, les établissements psychiatriques et l'ensemble des structures du travail social.
Les revendications portées par les organisations appelantes
Les syndicats articulent leurs revendications autour de quatre axes principaux :
- Revalorisation salariale d'urgence : les négociations conventionnelles dans la branche sanitaire, sociale et médico-sociale privée sont dans l'impasse depuis plusieurs mois, le patronat (AXESS) ayant signalé un blocage des discussions jusqu'en 2027.
- Moyens humains suffisants : la question des effectifs et du ratio soignants/résidents reste au cœur des tensions, particulièrement dans les EHPAD publics et privés non lucratifs confrontés à une pression budgétaire persistante.
- Refus de la financiarisation : les organisations contestent les orientations favorisant les grands groupes commerciaux dans la gestion des établissements médico-sociaux.
- Opposition aux fermetures et regroupements forcés : plusieurs structures sont menacées dans un contexte budgétaire contraint, avec des projets de mutualisation imposés sans concertation locale.
Ces revendications s'inscrivent dans un contexte social particulièrement tendu pour le secteur, marqué par les alertes répétées de la Fédération Hospitalière de France (FHF) sur la fragilité financière des EHPAD publics et les positions exprimées par la FEHAP pour le secteur privé associatif.
Ce que la loi impose à l'IDEC en cas de grève
L'obligation de déclaration individuelle préalable (secteur public)
Depuis la loi n° 2021-953 du 21 juillet 2021, applicable aux établissements médico-sociaux relevant de la fonction publique hospitalière, les agents souhaitant participer à une grève doivent en informer leur responsable hiérarchique 48 heures à l'avance. Cette déclaration individuelle préalable est obligatoire et ne constitue pas une demande d'autorisation, mais un préalable administratif permettant à l'établissement d'organiser la continuité du service. L'IDEC, en tant que cadre de proximité, réceptionne souvent ces déclarations et les transmet à la direction ou à la DRH.
Pour les EHPAD du secteur privé (associatif ou commercial), les règles sont celles du Code du travail : le préavis est déposé par les syndicats représentatifs et aucune déclaration individuelle n'est formellement obligatoire, sauf accord d'entreprise ou de branche.
La continuité des soins : une obligation absolue
Les EHPAD ne sont pas soumis au régime légal strict du service minimum applicable à certains secteurs hospitaliers. Cependant, l'établissement conserve l'obligation d'assurer la continuité des soins indispensables à la sécurité des résidents. Cela signifie concrètement que :
- Les soins vitaux (alimentation, hydratation, administration des traitements, surveillance médicale) doivent être garantis quelle que soit la situation.
- L'employeur peut, en dernier recours et dans le cadre légal strict, procéder à des réquisitions individuelles (secteur public) pour assurer la sécurité des résidents.
- Le directeur de l'établissement a l'obligation de prendre toutes les mesures utiles pour pallier l'absence de personnels grévistes, y compris en recourant à des renforts extérieurs ou en adaptant l'organisation des soins.
Le Code de l'action sociale et des familles pose le cadre réglementaire de ces obligations pour les établissements accueillant des personnes vulnérables.
Le plan de continuité des soins : ce que l'IDEC doit préparer dès aujourd'hui
L'IDEC joue un rôle central dans la préparation et l'activation du plan de continuité des soins (PCS). Voici les étapes concrètes à engager avant le 26 mai.
1. Évaluer les effectifs disponibles
Sans contraindre les salariés à révéler leurs intentions — ce qui serait illégal et contre-productif — l'IDEC peut, avec le directeur et la DRH, recenser les déclarations préalables reçues (secteur public) pour estimer le nombre de personnels absents. Dans le privé, une communication interne transparente sur les droits de chacun et sur les impératifs de sécurité des résidents est recommandée, sans pression ni fichage.
2. Identifier les soins non reportables
En lien avec le médecin coordinateur, l'IDEC établit la liste des soins impérativement maintenus :
- Distributions et injections de médicaments vitaux (insuline, anticoagulants, antihypertenseurs, antiépileptiques, analgésiques…)
- Soins d'hygiène des résidents à très forte dépendance (GIR 1-2)
- Surveillance des résidents à risque de chutes, d'escarres ou de décompensation
- Nutrition parentérale ou entérale, hydratation artificielle
- Pansements de plaies chroniques à risque infectieux
Les soins de confort, animations thérapeutiques et consultations non urgentes peuvent être décalés si nécessaire, après avis médical et information des familles.
3. Organiser les effectifs et mobiliser les renforts
L'IDEC anticipe les solutions organisationnelles en explorant :
- Le rappel de personnels volontaires sur leurs jours de repos (avec accord écrit et respect strict de la durée légale de travail)
- La sollicitation d'intérimaires ou de personnels issus d'un pool mutualisé (GCSMS, groupement d'établissements)
- Le redéploiement temporaire de personnels administratifs ou logistiques sur des tâches non soignantes, libérant ainsi les IDE pour les soins techniques
- La mutualisation avec d'autres établissements du territoire, dans le cadre d'accords préexistants ou de la solidarité sectorielle
4. Communiquer avec les familles et les résidents
Sans alarmisme, l'IDEC veille à ce que les familles soient informées de la situation par une communication institutionnelle sobre et factuelle. Il est recommandé de rassurer sur le maintien des soins essentiels tout en respectant le droit de grève des professionnels. Aucune pression sur les résidents ou familles ne saurait être exercée pour faire pression sur les grévistes.
5. Assurer la traçabilité tout au long de la journée
Toutes les adaptations organisationnelles du jour de grève doivent être tracées : modifications de délégations, soins réalisés par des personnels en dehors de leur périmètre habituel, délais allongés documentés, signalements d'événements indésirables liés à la réduction d'effectifs. Cette traçabilité est essentielle en cas de contrôle ARS, d'audit qualité ou d'éventuelle procédure juridique.
La dimension managériale : l'IDEC entre deux légitimités
Un mouvement social place l'IDEC dans une position particulièrement délicate : cadre représentant l'institution d'un côté, professionnelle de santé partageant souvent les préoccupations de ses collègues de l'autre. Quelques principes guident cette position d'équilibre :
- Ne pas influencer le choix individuel : toute pression directe ou indirecte sur le droit de grève d'un agent est illégale et peut engager la responsabilité personnelle du cadre.
- Maintenir la cohésion d'équipe : après le mouvement, le retour au travail doit se faire sans stigmatisation des grévistes ni des non-grévistes. L'IDEC donne l'exemple d'un management équitable.
- Faire remonter les difficultés : si les moyens disponibles ne permettent pas d'assurer la sécurité des résidents, l'IDEC doit en informer immédiatement la direction et, si nécessaire, l'ARS. La remontée est un devoir, non une faiblesse.
- S'appuyer sur les instances représentatives : le CSE peut jouer un rôle de médiation et de dialogue pendant la période de conflit, allégeant la pression sur le cadre de proximité.
La gestion d'un mouvement social fait partie intégrante des compétences managériales de l'IDEC. Pour approfondir cette dimension, les ressources sur les compétences clés de l'IDEC et sur le rôle de l'IDEC en EHPAD fournissent un cadre utile.
Le calendrier opérationnel avant le 26 mai
- Dès aujourd'hui (19-23 mai) : revue du plan de continuité, identification des soins prioritaires, activation des contacts avec les intérimaires ou le pool de renforts.
- Avant le 24 mai (48 h avant, secteur public) : recensement des déclarations individuelles préalables reçues ; information de la direction sur les effectifs prévisionnels.
- 24-25 mai : finalisation des plannings adaptés, communication institutionnelle aux familles, briefing des équipes sur les priorités.
- Le 26 mai au matin : activation des mesures planifiées, traçabilité en temps réel, remontée immédiate de tout incident.
- Dès le 27 mai : bilan avec la direction, rédaction d'un rapport d'événements si nécessaire, retour à la normale dans un esprit de cohésion.
Les procédures opérationnelles SOS IDEC et les ressources disponibles sur les outils de l'IDEC constituent des appuis concrets pour préparer cette journée.