Début juillet 2026, les effectifs de pharmaciens, chirurgiens-dentistes, sages-femmes et pédicures-podologues continuent de progresser entre début 2025 et début 2026, selon la DREES — mais rien de tel n'est publié pour les infirmières. Une étude méthodologique de la DREES explique pourquoi le RPPS ne permet toujours pas de compter la profession infirmière en temps réel, un angle mort statistique que l'IDEC doit connaître pour anticiper ses recrutements en EHPAD.
Ce que la DREES a publié début juillet 2026, et ce qu'elle n'a pas publié
La photographie démographique des professions de santé au 1er janvier 2026 avance à des vitesses différentes selon les métiers. Du côté des médecins, 242 200 médecins sont en activité en France au 1er janvier 2026, soit 5 000 de plus qu'un an auparavant, et la moitié des médecins sont aujourd'hui des femmes. Chez les pharmaciens, plus des deux tiers des pharmaciens en activité sont des femmes, tandis que 111 400 kinésithérapeutes sont en activité en France à la même date.
Pour les infirmières, en revanche, la donnée la plus récente que la DREES met à disposition n'est pas datée du 1er janvier 2026 : 508 800 infirmières sont salariées au 31 décembre 2023 (+1,6 % en un an) et 98 900 infirmières ont exercé une activité libérale au cours de l'année 2023. Deux ans et demi de décalage, pendant que cinq autres professions à ordre reçoivent leur mise à jour annuelle.
Pourquoi le RPPS ne sait pas compter les infirmières
La raison de ce décalage est documentée noir sur blanc dans une étude méthodologique de la DREES. Depuis octobre 2021, les infirmières ne se voient plus attribuer de numéro ADELI, mais un numéro RPPS, unique et pérenne. Ce changement de répertoire devait, à terme, fiabiliser le comptage. Problème : malgré le caractère obligatoire de l'inscription à l'Ordre national des infirmiers, de nombreuses professionnelles, quasiment exclusivement salariées, ne sont pas enregistrées dans le RPPS. Conséquence directe pour la statistique publique : le RPPS pourrait devenir à terme une source exhaustive pour comptabiliser les effectifs d'infirmières, mais il reste pour l'instant peu exploitable.
Pour l'IDEC qui pilote ses tableaux de bord RH, ce constat a une portée concrète : aucune source nationale ne permet aujourd'hui de connaître, avec la même fraîcheur que pour les médecins ou les pharmaciens, le nombre réel d'infirmières en exercice. Le pilotage territorial du recrutement s'appuie donc mécaniquement sur des données vieilles de plusieurs années, un point à intégrer dans le travail de définition des fiches de poste IDEC.
Ce que l'ancien répertoire ADELI cachait
Avant le RPPS, l'ancien répertoire ADELI n'était pas seulement lent : il surestimait franchement les effectifs. La DREES a mis au jour l'ampleur du problème : au 1er janvier 2021, ADELI recense 82 600 infirmières actives de 65 ans ou plus, alors que l'âge légal minimum de départ à la retraite des infirmières était à cette date compris entre 57 et 62 ans selon leur statut. Autrement dit, des dizaines de milliers d'infirmières officiellement « actives » avaient en réalité cessé d'exercer depuis longtemps. En corrigeant ce biais, l'effectif révisé au 1er janvier 2021 conduit à comptabiliser 126 500 infirmières de moins (-17 %) pour un effectif total de 636 900 en France hors Mayotte.
Avec la méthode consolidée que la DREES privilégie désormais (base tous salariés croisée au système national des données de santé), en 2021, 500 300 infirmières exercent une activité salariée et 98 600 infirmières exercent une activité libérale en France hors Mayotte. Ce sont ces chiffres, et non ceux d'ADELI, qui doivent servir de référence pour tout raisonnement RH en EHPAD.
Une profession qui vieillit plus vite qu'elle ne se renouvelle
Au-delà du problème de fraîcheur des données, la tendance de fond documentée par la DREES est celle d'un ralentissement structurel. Le nombre d'infirmières en activité libérale a progressé de 3,2 % par an en moyenne entre 2013 et 2021, mais cette progression ne cesse de ralentir depuis 2015 (+4,6 % d'infirmières libérales en 2015, contre +1,3 % en 2021). Côté salariat, le tableau est plus préoccupant encore : le nombre d'infirmières en activité salariée a augmenté plus lentement, de 1,0 % par an en moyenne entre 2013 et 2020, et recule légèrement en 2021 (-0,3 %). Une fois ramené aux besoins de soins réels de la population, la densité standardisée d'infirmières salariées a diminué de 0,8 % par an en moyenne entre 2013 et 2021.
Le renouvellement générationnel se grippe en miroir. En 2021, les infirmières de moins de 30 ans représentent 21 % des infirmières salariées (contre 23 % en 2013) et 4 % des infirmières libérales (contre 5 % en 2013), tandis que le nombre d'infirmières de plus de 60 ans a fortement progressé (25 700 salariées et 8 800 libérales en 2021, après respectivement 14 600 et 5 100 en 2013). Sur la période 2013-2021, le nombre d'infirmières et d'aides-soignantes âgées de 60 ans ou plus a fortement progressé (+ 71,0 % pour les infirmières salariées et + 160,7 % pour les aides-soignantes), quand le nombre d'infirmières salariées et d'aides-soignantes âgées de moins de 30 ans a diminué (- 0,6 % pour les infirmières salariées et - 4,4 % pour les aides-soignantes). La DREES elle-même relie ce vieillissement des équipes à la pression démographique à venir : dans les années à venir, le vieillissement de la population va renforcer le besoin en infirmières et aides-soignantes, alors même que la pyramide des âges de la profession se resserre par le haut.
Pour l'IDEC, cette double dynamique — moins de jeunes recrues, plus de départs à la retraite proches — rend d'autant plus stratégique le travail sur l'attractivité et les compétences de l'équipe infirmière, notamment via le financement de formation par le CPF pour fidéliser les profils en poste.
Où sont les infirmières, et où manquent-elles
La répartition par mode d'exercice éclaire aussi le poids relatif de l'EHPAD dans la profession : en 2021, 76 % des infirmières salariées ont pour poste principal un emploi à l'hôpital (dont 57 % en hôpital public et 19 % en hôpital privé), et 11 % un emploi dans un établissement ou service social ou médico-social. Par spécialité, 79 % des infirmières salariées dénombrées sont infirmières en soins généraux ou en psychiatrie, 10 % sont infirmières spécialisées hors psychiatrie et 11 % sont cadres.
Les disparités territoriales, enfin, restent marquées. Dans les régions les plus denses, elle dépasse 200 infirmières libérales pour 100 000 habitants. La densité est la plus faible en Île-de-France (65 infirmières libérales pour 100 000 habitants). Côté salariat, la Guyane, l'Île-de-France, la Réunion et le Centre-Val de Loire sont les régions où la densité d'infirmières salariées est la plus faible (inférieure à 700 infirmières salariées pour 100 000 habitants), tandis que la Bretagne, la Guadeloupe et la Martinique sont les régions où la densité d'infirmières salariées est la plus élevée (supérieure à 800 infirmières salariées pour 100 000 habitants). Malgré ces tensions localisées, la profession reste, en volume, la première force de soins du pays : avec près de 600 000 infirmières et 425 000 aides-soignantes en activité en 2021, ces professions sont les plus importantes en termes d'effectifs, devant les médecins (228 000), les kinésithérapeutes (91 000) et les pharmaciennes (74 000).
Ce que l'IDEC doit en retenir
Ce trou statistique n'est pas anodin pour le pilotage RH d'un EHPAD. La DREES documente d'ailleurs elle-même son propre calendrier de retard structurel : elle s'engage à mettre à disposition les données de l'année N sur les infirmières libérales en fin d'année N+1, et les données au 31 décembre de l'année N sur les infirmières et aides-soignantes salariées en fin d'année N+2. Concrètement, les chiffres 2026 sur les infirmières ne seront donc pas disponibles avant fin 2027 ou fin 2028 selon le mode d'exercice. En attendant, l'IDEC ne peut pas s'appuyer sur une photographie nationale actualisée pour objectiver ses difficultés de recrutement local : le diagnostic doit rester local et qualitatif, appuyé sur les tableaux de bord internes de l'établissement plutôt que sur une démographie nationale qui aura, au mieux, deux ans de retard. C'est aussi un argument à faire valoir auprès de sa direction et de son positionnement de rôle IDEC lors des arbitrages de campagne budgétaire : la pénurie ressentie sur le terrain précède toujours sa reconnaissance statistique nationale.