Un épisode de chaleur précoce, déjà meurtrier pour les plus âgés

L'alerte de cette semaine 22 (la dernière de mai) n'arrive pas par hasard. Elle suit un coup de chaud que les autorités sanitaires qualifient d'historique : cet épisode est inédit, historique et exceptionnel pour un mois de mai. Au plus fort de l'épisode, 17 départements ont été placés en vigilance orange canicule dans 5 régions, et 26 % de la population française résidante concernée par au moins un jour de vigilance orange. Vous pouvez retrouver le détail de cet épisode dans le bulletin national « Canicule et santé en France » publié début juin.

Les effets sur le recours aux soins ont été immédiats. Santé publique France relève un pic de recours aux soins le 26 mai (411 passages aux urgences et 253 consultations SOS médecins), puis un second pic hospitalier le 29 mai (231 hospitalisations). Parmi ces hospitalisations, 49 ont été en soins intensifs / réanimation, depuis le 22 mai. Le phénomène n'a pas épargné le territoire : une augmentation des recours aux soins pour iCanicule (hyperthermies, déshydratations et hyponatrémies) et malaises a été observée au niveau national pour toute la durée de l'épisode et toutes les classes d'âge.

Le profil des victimes confirme ce que tout cadre de santé en gériatrie pressent : les personnes âgées > 65 ans représentaient 83,4 % des décès survenus sur cette semaine de surmortalité. Et au sein des complications observées, les déshydratations et hyponatrémies concernent principalement les 75 ans et plus. Bonne nouvelle néanmoins, la décrue a été nette une fois l'épisode passé : le bulletin régional de surveillance d'Île-de-France relève que ce nombre était de 1 230 en S23, inférieur au nombre de décès attendu (n=1 291). Autrement dit, la surmortalité est étroitement corrélée au pic thermique, et non à une tendance de fond : c'est bien la fenêtre de quelques jours autour de l'alerte qui décide de l'issue, et c'est sur cette fenêtre que l'organisation soignante doit être irréprochable.

Cette temporalité a une conséquence directe pour le pilotage d'un EHPAD. Les renforts, les tournées d'hydratation et la réorganisation des chambres ne se décident pas le jour du pic : ils s'anticipent dès la veille saisonnière. L'IDEC a tout intérêt à figer, avant l'été, une liste nominative des résidents prioritaires (déments, dénutris, sous diurétiques ou psychotropes, porteurs d'insuffisance rénale ou cardiaque) et à définir qui fait quoi en cas de bascule en vigilance orange. Cette préparation conditionne la capacité de l'établissement à absorber un épisode aussi brutal que celui de mai sans saturer les urgences du secteur.

Arboviroses et veille estivale : un second front à ne pas oublier

La chaleur n'est pas le seul risque que la saison fait entrer dans les murs de l'établissement. Le même bulletin recense, en Île-de-France, des cas importés : 47 de dengue, 7 de chikungunya. Ces chiffres restent modestes, mais ils rappellent que la surveillance vectorielle (moustique tigre) est active tout l'été et que les voyageurs de retour de zones d'endémie peuvent introduire le virus localement. Côté épidémies respiratoires, la pression reste faible : le nombre d'actes SOS Médecins et de passages aux services des urgences pour suspicion de COVID-19 restaient stables à des effectifs faibles.

Pour l'IDEC, l'enjeu est de garder une lecture transversale de ces signaux. Savoir qui, dans l'établissement, est récemment rentré de voyage, surveiller l'apparition d'une fièvre inexpliquée, et maintenir les précautions standards d'hygiène en routine : ces réflexes de veille s'intègrent naturellement dans le rôle de coordination de l'IDEC en EHPAD.

Repérer, hydrater, surveiller : le triptyque de l'IDEC

Face à la chaleur, la doctrine de la Haute Autorité de santé tient en une phrase : en cas de vague de chaleur, il est essentiel de permettre aux personnes de rester au frais et de s'hydrater. Les personnes les plus vulnérables doivent faire l'objet d'une surveillance particulière. La première étape est le repérage. La HAS invite à repérer les personnes les plus vulnérables : jeunes enfants, personnes âgées, atteintes d'une maladie chronique (y compris psychiatrique) et/ou en situation de handicap — une démarche que l'on retrouve aussi sur le portail Service-public, qui place en tête des publics à risque les personnes âgées, les enfants en bas âge, les femmes enceintes, les personnes en situation de handicap ou souffrant de maladies chroniques.

La surveillance clinique, ensuite, repose sur des gestes simples et reproductibles par toute l'équipe soignante. La HAS rappelle qu'il faut détecter les signes précurseurs de déshydratation, de coup de chaleur et d'hyponatrémie et les prendre en charge rapidement. Suivre le poids des personnes est un élément simple de surveillance au long cours. Concrètement, pour les résidents les plus fragiles, l'hydratation doit être adaptée aux troubles de la déglutition : buvez de l'eau et privilégiez l'eau gélifiée ou l'eau pétillante pour les personnes qui font des fausses routes.

Point de vigilance souvent sous-estimé, la iatrogénie thermique. La HAS est explicite : ne pas donner par défaut d'aspirine ou de paracétamol, qui peuvent aggraver de potentielles atteintes rénales (déshydratation) ou hépatiques (coup de chaleur). C'est précisément le type d'arbitrage que l'IDEC doit anticiper avec le médecin coordonnateur, en lien avec le circuit du médicament de l'établissement.

Enfin, la chaleur ne s'arrête pas aux heures de bureau. Les nuits dites tropicales, où la température ne redescend pas, sont les plus à risque pour des organismes âgés qui récupèrent mal. L'IDEC doit donc s'assurer que l'équipe de nuit dispose exactement des mêmes consignes que l'équipe de jour : accès aux boissons fraîches, repérage des chambres les plus exposées, conduite à tenir devant un signe d'alerte et seuil clair de recours au médecin d'astreinte ou au 15. Cette continuité jour-nuit, souvent le maillon faible des dispositifs canicule, fait toute la différence sur le terrain et doit être vérifiée avant chaque période de forte chaleur.

Une obligation réglementaire qui structure votre été

Tout cela ne relève pas seulement des bonnes pratiques : c'est une obligation. Les établissements hébergeant des personnes âgées sont tenus d'intégrer dans le projet d'établissement mentionné à l'article L. 311-8 un plan détaillant les modalités d'organisation à mettre en œuvre en cas de crise sanitaire ou climatique. Ce Plan Bleu, l'IDEC en est souvent la cheville ouvrière : actualisation des protocoles, formation des équipes, vérification des pièces rafraîchies, mobilisation des renforts.

Un dernier levier mérite d'être activé auprès des familles, pour les résidents en accueil de jour ou en sortie temporaire : le registre communal des personnes vulnérables, accessible notamment aux personnes âgées de 65 ans et plus ; les personnes âgées de plus de 60 ans reconnues inaptes au travail. En articulant veille épidémiologique, surveillance clinique et obligations réglementaires, l'IDEC transforme un bulletin de Santé publique France en plan d'action concret. Pour outiller vos équipes, pensez à mettre à jour vos fiches de poste et vos protocoles via la fiche de poste IDEC 2026 et la boîte à outils de l'IDEC.

Sources officielles