Un Tour de France numérique pour préparer la Semaine nationale de novembre 2026

En juin 2026, le Collectif de lutte contre la dénutrition dont la FHF est partenaire organise un Tour de France numérique destiné aux professionnels de santé. L'objectif : mobiliser les équipes soignantes de toutes les régions avant la 7e édition de la Semaine nationale de la dénutrition prévue à l'automne 2026. Cet événement de santé publique, prévu dans le Programme National Nutrition Santé (PNNS 4, 2019-2023) et piloté par le ministère chargé de la Santé, est organisé par le Collectif de lutte contre la Dénutrition.

Le calendrier s'étend sur tout le mois de juin avec des rendez-vous régionaux gratuits et accessibles en distanciel. En Auvergne-Rhône-Alpes, le webinaire ARS est prévu 23 juin 2026, de 13h à 14h. D'autres régions comme le Grand Est, la Normandie, les Pays de la Loire, l'Occitanie et Bourgogne-Franche-Comté ont également programmé leurs sessions. Ces webinaires visent à sensibiliser les professionnels et le grand public à la prévention et au dépistage de la dénutrition. Ils permettent aussi de découvrir comment s'engager dans la Semaine nationale de dénutrition 2026, d'accéder aux outils du Collectif directement applicables en établissement, et de poser toutes ses questions en direct aux experts. Pour l'IDEC, c'est l'occasion idéale de constituer un groupe de travail pluridisciplinaire avant la mobilisation de novembre et de faire le point sur les pratiques de son établissement grâce à notre bibliothèque d'outils IDEC.

Les données épidémiologiques que l'IDEC doit connaître

La dénutrition est un problème majeur de santé publique qui concerne plus de 2 millions de personnes en France, rappelle la Haute Autorité de Santé dans ses recommandations actualisées en 2021. La prévalence est particulièrement élevée en EHPAD : selon Santé publique France, entre 20 et 60 % des personnes âgées vivant en institution sont concernées selon les études. Sur le terrain, cela représente un enjeu quotidien : environ 700 000 vivent en institution, et la majorité d'entre elles présentent un risque nutritionnel élevé.

Face à ce constat, la surveillance infirmière est un levier incontournable. Conformément aux recommandations HAS 2021, le dépistage nutritionnel doit être réalisé au moins une fois par mois pour les personnes hébergées dans un EHPAD. L'IDEC est responsable de la traçabilité de ce dépistage et de sa régularité dans le dossier unique de l'usager (DUI). Un défaut de dépistage peut constituer un manquement lors des visites d'inspection ou des procédures de certification. La dénutrition non détectée expose le résident à un cercle vicieux : perte musculaire, risque de chute, perte d'autonomie, plaies chroniques. Pour approfondir votre compréhension du rôle attendu dans ce domaine, consultez notre dossier sur le rôle de l'IDEC en EHPAD.

Les critères diagnostiques HAS : fondamentaux à maîtriser

La HAS a profondément rénové le cadre diagnostique de la dénutrition en 2021. La règle de base est désormais la suivante : le diagnostic de dénutrition repose sur l'association d'un critère phénotypique et d'un critère étiologique. Il ne suffit pas d'observer un seul signe pour conclure à la dénutrition. L'IDEC doit s'assurer que les IDE de son équipe ont bien intégré cette double exigence dans leur pratique quotidienne.

Parmi les critères phénotypiques les plus facilement mesurables en EHPAD :

  • Une perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10% en 6 mois, ce qui justifie la pesée mensuelle systématique de chaque résident
  • Un IMC (indice de masse corporelle) < 22 kg/m ² chez la personne âgée de 70 ans et plus, seuil plus élevé que chez l'adulte jeune
  • Une sarcopénie confirmée par l'association d'une réduction de la force et de la masse musculaire, évaluable par des tests simples de force de préhension (handgrip)

Parmi les critères étiologiques à rechercher systématiquement lors des bilans d'entrée et des transmissions infirmières :

  • Une réduction de la prise alimentaire ≥ 50% pendant plus d'une semaine
  • Une pathologie inflammatoire chronique, une maladie neuro-évolutive ou un état postopératoire récent

Un point crucial sur la pratique quotidienne : l'albuminémie n'est pas un critère diagnostique ; c'est un critère de sévérité de la dénutrition. Un taux d'albumine dans la norme n'exclut pas la dénutrition. L'IDEC doit former ses équipes à ne plus s'appuyer exclusivement sur ce marqueur biologique pour exclure le diagnostic.

Prise en charge nutritionnelle : objectifs et outils pratiques

Une fois la dénutrition diagnostiquée, la prise en charge nutritionnelle suit une hiérarchie thérapeutique précise. La HAS pose un principe clair : L'alimentation par voie orale est recommandée en première intention sauf en cas de contre-indication. Enrichissement des plats, adaptation des textures, optimisation des conditions de repas (temps alloué, aide au repas, ambiance sonore) : ces leviers doivent être activés avant tout recours aux compléments nutritionnels oraux (CNO).

Les objectifs quantitatifs définis par la HAS pour la prise en charge de la dénutrition chez la personne âgée sont :

  • Apports énergétiques de 30 à 40 kcal/kg/j
  • Apports protéiques : 1,2 à 1,5 g/kg/j

Si des CNO sont prescrits, l'objectif est d'atteindre un apport alimentaire supplémentaire de 400 kcal/jour et/ou de 30 g/jour de protéines. Ces valeurs cibles doivent figurer dans le projet nutritionnel individualisé que l'IDEC coordonne et qui doit être réévalué régulièrement en lien avec le médecin coordonnateur et la diététicienne. La dénutrition étant un facteur de risque majeur d'escarres, consultez également notre protocole de prévention des escarres pour relier ces deux démarches de prévention.

Pour formaliser le dépistage, le dépistage peut être formalisé par un questionnaire tel que le Mini Nutritional Assessment® (MNA), outil validé pour la personne âgée de 70 ans et plus. L'IDEC veille à la bonne utilisation du MNA par les IDE, à la traçabilité des résultats dans le DUI et à la transmission aux intervenants libéraux (IDEL, médecin traitant) en cas de retour à domicile.

Comment l'IDEC peut mobiliser son équipe d'ici à novembre 2026

Les webinaires de juin 2026 ne sont pas une fin en soi : ils constituent le point de départ d'une mobilisation collective. La 6e édition de la Semaine nationale s'était tenue du 17 au 23 novembre en 2025. La 7e édition en novembre 2026 suivra le même format avec des actions coordonnées sur l'ensemble du territoire. La surveillance de l'état nutritionnel d'une personne de 70 ans et plus ne relève pas de sa seule responsabilité, elle doit impliquer les proches aidants, les professionnels de santé. Cette approche partenariale est au cœur de la Semaine nationale.

Concrètement, l'IDEC peut d'ores et déjà structurer sa préparation :

  • S'inscrire gratuitement au webinaire ARS de sa région (inscription en ligne, ouverte à tous les professionnels)
  • Planifier une réunion d'équipe dédiée en octobre ou novembre 2026 pour présenter les nouveaux outils du Collectif et les données épidémiologiques
  • Construire des indicateurs qualité internes : taux de pesées mensuelles réalisées, taux de dépistage MNA documenté, proportion de CNO prescrits et réévalués à un mois
  • Impliquer l'équipe hôtelière et la diététicienne dans la démarche, en cohérence avec les obligations du projet personnalisé de vie
  • Proposer à la direction l'inscription de l'établissement comme établissement partenaire de la Semaine nationale pour renforcer la visibilité de la démarche qualité

Pour aller plus loin dans la structuration de vos actions de formation continue, notre guide des formations obligatoires en EHPAD pour l'IDEC détaille le cadre réglementaire des obligations de formation de l'équipe soignante.

Sources officielles