Ce que la DREES a réellement publié fin juillet 2026

La mise à jour est double. La fiche méthodologique de la base a été révisée le 24/07/2026, et le jeu de données lui-même est paru le 27/07/2026, couvrant les données 2019 à 2023. La datavisualisation associée porte la même date de dernière publication : le 27 juillet 2026.

BADIANE n'est pas une enquête déclarative de plus. La DREES la définit comme un fichier à vocation d'études et de recherches rassemblant des informations relatives au fonctionnement, à l'activité, au personnel et au public accueilli dans les structures médico-sociales, et ce au niveau établissement. C'est ce niveau de granularité qui en fait un outil de comparaison utilisable en établissement. Première limite à connaître avant de citer le moindre chiffre en réunion : La base ne couvre actuellement que le champ des Ehpad, sur les années d'exercice 2019 à 2023. Rien de postérieur à 2023 n'en sort.

Deuxième précaution : la révision de juillet 2026 n'a pas seulement ajouté une année. deux blocs de variables ont été modifiés, dont les données de personnels en équivalent temps plein, et sur le volet habilitation à l'aide sociale, de nombreux Ehpad en habilitation partielle ont été corrigés. Autrement dit, un chiffre BADIANE cité l'an dernier n'est pas nécessairement celui qui figure aujourd'hui dans la base. C'est le genre de détail qui décrédibilise un argumentaire en commission si l'on ne l'anticipe pas.

Effectifs : une rupture nette en 2023

Le chiffre central, c'est celui des effectifs. Après trois années de stabilité, la courbe casse : Le nombre d'équivalent temps-plein qui travaillent dans les Ehpad, après s'être stabilisé entre 2020 et 2022 (environ 411 000), baisse en 2023 pour s'établir à 396 500. La datavisualisation chiffre la marche : le volume a atteint 411 200 ETP en 2022 puis a chuté brutalement en 2023 (-14 800 ETP), avec une exception, sauf dans les Ehpad privés à but lucratif.

Cette baisse ne se lit pas isolément. Elle intervient dans un contexte de baisse d'activité des Ehpad (73 établissements et 2 800 places en moins entre 2022 et 2023). En 2023, 7 400 Ehpad du territoire accueillent 590 800 résidents — un effectif de résidents qui diminue à nouveau en 2023 pour atteindre 590 800 résidents, en raison d'une baisse dans les Ehpad publics. La lecture honnête est donc celle d'un double mouvement : moins de résidents accueillis, et une baisse d'ETP plus rapide encore. Présenter les 14 800 ETP perdus comme une pure dégradation du ratio d'encadrement serait un raccourci que la source ne permet pas.

Le point de comparaison le plus parlant pour une équipe reste le taux d'encadrement soignant. Attention au millésime : la donnée publiée est celle de 2022, et non de 2023. Ce ratio se situe en médiane à 33,8 ETP de personnels soignants pour 100 résidents sur la France entière. Il masque des disparités départementales, avec des ratios d'encadrement plus élevés en Bretagne et en Bourgogne-Franche-Comté et plus faibles dans les départements d'Île-de-France. Un établissement francilien qui se compare à la médiane nationale se compare donc à un contexte qui n'est pas le sien.

Trois indicateurs directement opposables en interne

Au-delà du volume global, BADIANE fournit trois indicateurs que l'IDEC peut confronter, un à un, à la réalité de son établissement.

Les postes durablement vacants

Le premier est le plus concret : Au total, 22 060 emplois en équivalent temps-plein (ETP) restent vacants depuis au moins six mois dans les Ehpad, soit 5,3 % des emplois. Le seuil des six mois compte : il ne s'agit pas de turnover, mais de postes que le secteur n'arrive pas à pourvoir. Rapporté à un effectif d'établissement, ce taux de référence permet de situer une difficulté de recrutement locale par rapport à la norme nationale — et de sortir du débat d'impression.

La présence infirmière de nuit

Le deuxième indicateur départage nettement les statuts. En 2023, plus de la moitié des Ehpad publics ont une infirmière présente la nuit (58 %), contre un tiers des autres Ehpad. C'est un écart massif, qui explique pourquoi les dispositifs d'astreinte mutualisée d'IDE de nuit portés par les ARS ciblent en priorité les établissements privés et les petites structures. Précision utile pour ne pas surinterpréter : la source distingue le public des « autres EHPAD », sans détailler le privé lucratif et le privé non lucratif séparément sur cet indicateur.

La conformité en médecins coordonnateurs

Le troisième est le plus inconfortable : En 2023, la moitié des Ehpad publics non hospitaliers emploient un effectif de médecins coordonnateurs conforme à la réglementation. Un sur deux, donc, ne l'est pas — un constat qui éclaire directement les assouplissements réglementaires récents autour de l'exercice à distance des missions de coordination médicale, et qui rejaillit sur la charge de coordination portée quotidiennement par l'IDEC. Le rôle de l'IDEC en EHPAD se construit largement dans cet espace laissé vacant.

Un public plus dépendant, un parc qui se contracte

Côté résidents, la tendance est sans ambiguïté. Sur l'ensemble de la période observée, Quel que soit le statut juridique de l'établissement, les résidents en GIR 1-2 représentent plus de la moitié des effectifs. Ce sont Les Ehpad privés à but lucratif qui affichent la part la plus élevée, à 58 %. Une publication distincte de la DREES, l'Études et Résultats n° 1351 paru en novembre 2025, chiffre au niveau national que Plus de la moitié des résidents en Ehpad (55 %) sont en forte perte d'autonomie (GIR 1 ou 2).

Cette lourdeur croissante se répercute sur la tarification. Les tarifs dépendance médians augmentaient de façon linéaire depuis 2019, l'augmentation s'accélère en 2023 quel que soit le niveau de GIR considéré. Ils atteignent 6,0 euros par jour pour les GIR 5 et 6, 14,1 euros pour les GIR 3 et 4 et 22,3 euros pour les GIR 1 et 2.

Le parc, lui, se resserre relativement à la population qu'il doit couvrir. En 2023, ce ratio se situe en France Métropolitaine à 87 places pour 1 000 habitants de 75 ans ou plus. Or Le taux d'équipement baisse depuis 2019 (98 places pour 1 000 habitants de 75 ans ou plus en 2019). Onze points perdus en quatre ans : c'est la traduction statistique de la pression que les équipes ressentent sur les admissions et les listes d'attente. Les données ouvertes de la datavisualisation BADIANE publiée par la DREES permettent de descendre au détail territorial de ces courbes.

Dernier bloc, souvent négligé et pourtant structurant pour le profil social des admissions : l'habilitation à l'aide sociale à l'hébergement. En 2023, 457 500 places d'Ehpad sont habilitées (soit 75 % des places). La progression est réelle puisqu'En 2019, il y avait 438 200 places habilitées (72 % des places). Le contraste par statut est extrême : C'est dans les Ehpad publics non hospitaliers qu'il y a le plus de places habilitées : 161 200, soit 97 % des places de ces établissements. Du côté hospitalier, 99 % des places le sont également. Géographiquement, La part de places habilitées à l'ASH est moins importante dans les départements de l'Île-de-France et dans le Sud-Est.

Comment une IDEC transforme ces chiffres en argumentaire

Ces données ne valent que par l'usage qu'on en fait. Trois réflexes tiennent la route en commission ou en dialogue de gestion.

Comparer à statut et à territoire équivalents. Un EHPAD public non hospitalier ne se compare pas à la moyenne toutes catégories confondues : sur l'habilitation ASH comme sur la présence infirmière de nuit, les écarts entre statuts dépassent souvent l'écart à la moyenne. C'est la première objection qu'une direction opposera à un tableau mal construit.

Dater chaque chiffre, systématiquement. Le taux d'encadrement médian de 33,8 ETP pour 100 résidents est un chiffre 2022 ; les effectifs, les postes vacants et le taux d'équipement sont des chiffres 2023. Mélanger les deux millésimes dans une même diapositive suffit à faire tomber l'ensemble de la démonstration.

Relier l'indicateur à une organisation. Un taux de postes vacants supérieur à 5,3 % n'est un argument que s'il est adossé à ce qu'il empêche concrètement : une transmission raccourcie, un temps de coordination rogné, une procédure qui n'est plus tenue. Les procédures qualité formalisées servent précisément à objectiver cet écart entre l'organisation prescrite et l'organisation réelle. Sur le volet compétences, la fiche de poste IDEC reste le support le plus efficace pour cadrer ce que la fonction absorbe déjà et ce qu'elle ne peut plus absorber. Pour aller plus loin sur la fonction elle-même, le guide du métier d'IDEC détaille le périmètre attendu et ses évolutions.

Enfin, un point de méthode : BADIANE s'arrête à l'exercice 2023. Aucune de ces valeurs ne décrit la situation de 2026. Elles donnent une base de comparaison solide et opposable, pas une photographie de l'instant.

Sources officielles