Parler du salaire de l'IDEC en EHPAD sans s'appuyer sur des textes officiels expose à beaucoup d'approximations : chaque établissement applique sa propre convention, publique ou privée, et les chiffres qui circulent en ligne mélangent souvent des situations différentes. Ce guide part uniquement de textes réglementaires et d'études statistiques publiées par des institutions identifiées — Légifrance, la fonction publique, la DREES, France Travail — pour poser un cadre solide plutôt que des moyennes trompeuses.
La fonction d'infirmier coordonnateur a par ailleurs connu une évolution réglementaire majeure récemment, avec une reconnaissance inédite dans le droit applicable aux établissements. Cette bascule change la manière de comprendre le positionnement — et donc la rémunération — de l'IDEC. Nous détaillons ici la mécanique du point d'indice, le complément de traitement issu du Ségur, les repères statistiques du secteur hospitalier et médico-social, ainsi que les leviers d'évolution de carrière, avant de répondre aux questions fréquentes des infirmières coordinatrices.
📋 Sommaire de l'article
- Salaire de base : ce que disent (et ne disent pas) les sources officielles
- La mécanique du point d'indice et le positionnement de l'IDEC
- Le complément de traitement indiciaire (Ségur)
- Primes et compléments : ce qui reste à vérifier établissement par établissement
- IDEC ou cadre de santé : deux fonctions, deux trajectoires
- Faire évoluer sa rémunération
Salaire de base : ce que disent (et ne disent pas) les sources officielles
Sur la fiche métier consacrée à l'infirmier coordonnateur, France Travail indique que 2000€ / 3365€ brut par mois constitue la fourchette observée sur la majorité des offres d'emploi publiées pour ce poste en France. Cet écart important reflète la diversité des statuts d'employeurs — établissement public, privé non lucratif ou privé lucratif — et des niveaux d'expérience recherchés, sans qu'aucun chiffre unique ne puisse résumer la réalité du poste.
Pour situer ces montants, il faut se tourner vers les données agrégées de la DREES sur les rémunérations des établissements de santé. En 2022, le salaire mensuel net d’un équivalent temps plein dans le secteur hospitalier s’élève en moyenne à 2 743 euros. Ce chiffre masque toutefois de fortes disparités selon le type d'employeur : En 2022, le salaire mensuel net en EQTP s’établit en moyenne à 2 816 euros dans le secteur public, à 2 661 euros dans le secteur privé à but non lucratif et à 2 345 euros dans le secteur privé à but lucratif. De façon générale, en équivalent temps plein, le salaire mensuel net moyen est plus élevé dans le secteur public que dans le secteur privé, à but lucratif ou non.
Un repère plus récent, publié par la DREES sur les salaires dans la fonction publique hospitalière, indique que : En 2024, un agent de la fonction publique hospitalière (FPH) perçoit en moyenne 2 896 euros nets par mois en équivalent temps plein. Cette moyenne concerne l'ensemble des agents de la FPH, tous métiers et tous grades confondus, et ne doit donc pas être lue comme un salaire spécifique à la fonction d'IDEC. Il faut également noter le décalage de millésime entre les différentes études citées ici : les chiffres de la fiche établissements de santé portent sur 2022, tandis que le communiqué le plus récent de la DREES porte sur 2024. Aucune source officielle whitelistée ne fournit à ce jour de grille indiciaire complète, échelon par échelon, spécifique au poste d'infirmier coordonnateur — ce niveau de détail reste donc hors du champ de ce guide, par honnêteté vis-à-vis des lecteurs.
La mécanique du point d'indice et le positionnement de l'IDEC
Il n'existe pas, à ce jour, de grille indiciaire propre et dédiée au poste d'infirmier coordonnateur : dans la fonction publique hospitalière, la rémunération de base d'un IDEC s'adosse à la grille du corps infirmier, revalorisée par la valeur du point d'indice. Or, la fiche officielle de la DGAFP sur le point d'indice précise : Depuis le 1er juillet 2023, la valeur mensuelle du point d'indice s'élève à 4,92 €, une valeur qui s'applique à l'ensemble des agents titulaires, quel que soit leur grade.
Ce qui a changé plus récemment, ce n'est pas la mécanique du point d'indice mais le positionnement hiérarchique et statutaire de la fonction elle-même. Le décret relatif aux missions des infirmiers coordonnateurs en EHPAD précise désormais que l'infirmier coordonnateur exerce ceci : Sous la responsabilité et l'autorité administratives du responsable de l'établissement, et sous l'autorité du cadre de santé le cas échéant. Ce même texte détaille un périmètre de missions élargi : l'IDEC participe à la coordination de l'équipe paramédicale, à l'organisation et à la qualité des soins paramédicaux réalisés par l'équipe soignante, et concourt à l'exercice des missions des médecins coordonnateurs mentionnées aux 1°, 2°, 4°, 5° et 8° à 10°. L'exercice de la fonction reste conditionné à la détention du diplôme d'État, puisque le décret vise un infirmier coordonnateur, titulaire du diplôme d'Etat d'infirmier, dans les conditions prévues à l'article D. 312-158-1.
Au-delà du décret réglementaire, c'est la loi elle-même qui a acté cette reconnaissance : Le personnel des établissements mentionnés aux I et IV bis peut comprendre un infirmier coordonnateur exerçant en collaboration avec le médecin coordonnateur et en lien avec l'encadrement administratif et soignant de l'établissement. Sur ce point, l'Ordre national des infirmiers souligne : L'article 2 introduit, pour la première fois, une référence à l'infirmier coordonnateur (IDEC) dans le Code de l'action sociale et des familles. Un positionnement statutaire plus clair, même s'il ne se traduit pas mécaniquement par une grille salariale dédiée, pèse dans les négociations locales de rémunération et dans la reconnaissance de la fonction au sein de l'établissement — voir notre guide complet du métier d'infirmier coordonnateur et notre page sur le rôle de l'IDEC en EHPAD.
Le complément de traitement indiciaire (Ségur)
Issu des accords du Ségur de la santé, le complément de traitement indiciaire (CTI) constitue l'un des éléments de rémunération les mieux documentés pour les personnels de la fonction publique hospitalière. Le décret fondateur du Ségur de la santé dispose qu'Un complément de traitement indiciaire est instauré pour les fonctionnaires de la fonction publique hospitalière exerçant leurs fonctions au sein des établissements concernés. Sur le plan technique, la fiche officielle de la DGAFP sur le CTI précise que Le CTI est mensuel et est calculé en points d'indice majoré, à savoir 49 points, ce qui se traduisait, à la date de référence de cette fiche, par un montant précis : Au 1er janvier 2023, le CTI correspond à 237,65 € bruts, soit 188,62 € nets.
Le champ des bénéficiaires est large : Dans les hôpitaux, les EHPAD, les établissements sociaux ou médico-sociaux qui y sont rattachés, ainsi que dans certaines structures de coopération (G.I.P, groupements de coopération sanitaire…), tous les agents – hors personnels médicaux – sont bénéficiaires du CTI. Un infirmier coordonnateur exerçant en EHPAD public entre donc, sur le principe, dans ce périmètre. La fiche DREES sur les établissements de santé rappelle également l'origine de cette mesure : La revalorisation de la rémunération des soignants, actée lors du Ségur de la santé en juillet 2020, a été versée sous forme de complément de traitement indiciaire d’un montant net mensuel de 183 euros pour les secteurs public et privé à but non lucratif, tandis qu'un montant différent s'appliquait ailleurs : et de 160 euros pour le secteur privé à but lucratif, à partir de décembre 2020. Pour un état des lieux plus large des réformes récentes touchant les rémunérations en EHPAD public, consultez notre actualité sur les évolutions du cadre statutaire en EHPAD public et sur les nouvelles règles applicables aux agents de la fonction publique hospitalière.
Notre page dédiée détaille plus largement le fonctionnement du complément Ségur pour les IDEC, y compris les questions fréquentes sur son application selon le statut de l'employeur.
Primes et compléments : ce qui reste à vérifier établissement par établissement
Au-delà du complément Ségur, un(e) IDEC peut percevoir d'autres éléments accessoires — indemnités liées à des sujétions particulières, primes propres à certaines conventions collectives privées, ou dispositifs négociés localement. Faute de verbatim chiffré et daté sur une source officielle whitelistée pour ces éléments en 2026, ce guide ne peut avancer de montants précis : les figures qui circulent en ligne sur les primes de nuit, de dimanche ou de jours fériés proviennent de sites non institutionnels et ne sont pas vérifiables à la source à ce jour.
Ce qu'il est possible d'affirmer, c'est que la composition de la rémunération varie fortement selon que l'établissement relève du secteur public, du privé non lucratif ou du privé lucratif, chacun appliquant ses propres règles conventionnelles. La meilleure démarche reste de demander à son employeur le détail exact des éléments accessoires applicables à son contrat. L'actualité sur les missions rémunérées confiées aux infirmiers illustre la tendance à élargir les sources de rémunération accessoire pour les professionnels infirmiers.
IDEC ou cadre de santé : deux fonctions, deux trajectoires
La comparaison entre le salaire d'un(e) IDEC et celui d'un cadre de santé revient souvent, mais elle ne peut pas, en l'état des sources disponibles, être chiffrée avec précision : aucune source officielle whitelistée ne fournit de grille indiciaire comparée par échelon pour ces deux fonctions. Ce qui distingue clairement les deux postes, en revanche, c'est leur inscription statutaire : le décret sur les infirmiers coordonnateurs place l'IDEC, le cas échéant, sous l'autorité du cadre de santé au sein de l'organigramme de l'établissement, ce qui traduit une différence de niveau de responsabilité hiérarchique plutôt qu'une simple différence de rémunération.
Un repère utile pour situer les deux trajectoires est la progression salariale liée à l'ancienneté, documentée par la DREES pour l'ensemble du personnel hospitalier public : En 2022, hors personnel médical et contrats aidés, un salarié du secteur hospitalier public perçoit un salaire mensuel net en EQTP allant en moyenne de 2 122 euros s’il est âgé de moins de 30 ans à 2 814 euros s’il est âgé de 60 ans ou plus. Cette progression avec l'âge et l'ancienneté concerne l'ensemble des personnels, IDEC comme cadres de santé, et rappelle qu'une comparaison instantanée entre deux fonctions occulte souvent l'effet de carrière. Pour approfondir les différences de missions entre ces deux postes, notre page devenir IDEC : parcours et conditions d'accès détaille les prérequis propres à chaque trajectoire.
Faire évoluer sa rémunération
Plusieurs leviers permettent à un(e) IDEC de faire progresser sa rémunération dans la durée. Le premier est la formation continue, qui permet de renforcer ses compétences de coordination et de management d'équipe — notre page sur le financement de la formation IDEC via le CPF détaille les dispositifs mobilisables. Le second est la mobilité, entre types d'établissements (public, privé non lucratif, privé lucratif) dont les niveaux de rémunération moyens diffèrent sensiblement, comme le montrent les données DREES citées plus haut.
Le contexte du marché du travail joue également en faveur des professionnels en poste : les tensions de recrutement dans le secteur médico-social restent structurelles. Selon les repères statistiques de la CNSA, Depuis 2018, le taux de rotation dans les ESMS a significativement augmenté, passant de 19,4 % à 24,4 %, un indicateur qui traduit des difficultés durables de fidélisation et peut renforcer le pouvoir de négociation des IDEC en poste ou en recherche de mobilité. Enfin, l'élargissement récent des missions de l'IDEC — qui concourt à l'exercice des missions des médecins coordonnateurs selon l'ANFH — constitue un argument supplémentaire à faire valoir lors d'un entretien de réévaluation salariale.
FAQ — Questions fréquentes sur le salaire IDEC
Existe-t-il une grille indiciaire spécifique pour l'IDEC en EHPAD ?
Non, il n'existe pas à ce jour de grille indiciaire propre au poste d'infirmier coordonnateur : la rémunération de base s'adosse, dans la fonction publique hospitalière, à la grille du corps infirmier, revalorisée par la valeur du point d'indice. Le positionnement statutaire de l'IDEC a en revanche été précisé récemment par décret, qui le place Sous la responsabilité et l'autorité administratives du responsable de l'établissement, et sous l'autorité du cadre de santé le cas échéant.
L'IDEC bénéficie-t-il du complément de traitement indiciaire (Ségur) ?
Dans le champ d'application défini par le décret fondateur, oui : le texte précise que Dans les hôpitaux, les EHPAD, les établissements sociaux ou médico-sociaux qui y sont rattachés, ainsi que dans certaines structures de coopération (G.I.P, groupements de coopération sanitaire…), tous les agents – hors personnels médicaux – sont bénéficiaires du CTI. Un(e) IDEC exerçant dans ce périmètre entre donc, sur le principe, dans le champ des bénéficiaires.
Le salaire de l'IDEC est-il le même selon le statut de l'établissement (public, privé lucratif, privé non lucratif) ?
Les données disponibles montrent des écarts significatifs entre statuts d'employeurs à l'échelle de l'ensemble du personnel hospitalier : En 2022, le salaire mensuel net en EQTP s’établit en moyenne à 2 816 euros dans le secteur public, à 2 661 euros dans le secteur privé à but non lucratif et à 2 345 euros dans le secteur privé à but lucratif. Ces moyennes ne portent pas spécifiquement sur la fonction d'IDEC, mais donnent un ordre de grandeur des écarts structurels entre statuts d'employeurs.
La récente reconnaissance légale de l'IDEC a-t-elle un impact direct sur son salaire ?
La loi qui a introduit l'infirmier coordonnateur dans le Code de l'action sociale et des familles porte avant tout sur la reconnaissance de la fonction et de ses missions, pas sur un barème de rémunération : l'Ordre national des infirmiers relève que L'article 2 introduit, pour la première fois, une référence à l'infirmier coordonnateur (IDEC) dans le Code de l'action sociale et des familles. Cette reconnaissance statutaire renforce toutefois la légitimité de l'IDEC dans les discussions de rémunération avec son employeur, sans se traduire mécaniquement par un montant chiffré.
Conclusion
Le salaire d'un(e) IDEC en EHPAD en 2026 ne se résume pas à un chiffre unique : il dépend du statut de l'établissement employeur, de l'ancienneté, du complément de traitement indiciaire éventuellement applicable, et d'éléments accessoires propres à chaque structure. Les repères officiels disponibles — fourchette France Travail, moyennes DREES pour le secteur hospitalier, mécanique du point d'indice et du CTI — permettent de construire une vision réaliste, à condition de toujours vérifier le millésime et le périmètre exact de chaque donnée.
La reconnaissance réglementaire récente de la fonction d'infirmier coordonnateur, portée par la loi et son décret d'application, ouvre par ailleurs une nouvelle étape pour la profession. Pour aller plus loin sur le contenu du métier et les perspectives de carrière, consultez notre guide complet du métier d'IDEC et notre page sur le rôle de l'IDEC en EHPAD.
Sources officielles
- Décret sur les missions des infirmiers coordonnateurs en EHPAD — Légifrance
- Décret CTI Ségur de 2020 — Légifrance
- Le complément de traitement indiciaire — DGAFP
- Connaître le point d'indice — DGAFP
- Loi sur la profession d'infirmier — Légifrance
- Analyse de la loi infirmière — Ordre national des infirmiers
- Missions des infirmiers et médecins coordonnateurs — ANFH
- Les salaires dans la fonction publique hospitalière — DREES
- Tensions RH dans le secteur médico-social — CNSA
- Article du Code de l'action sociale et des familles — Légifrance
- Fiche métier infirmier coordonnateur — France Travail
- Les salaires dans les établissements de santé — DREES
