Depuis le Ségur de la santé, l'infirmière coordinatrice — IDEC — perçoit, comme la grande majorité des personnels non médicaux des établissements de santé et des EHPAD, un complément de traitement indiciaire. Ce complément n'est ni une prime ponctuelle ni un avantage négociable établissement par établissement : il découle d'un texte réglementaire précis, avec un périmètre, un montant et des règles de cumul définis nationalement.

Cet article rassemble ce que les textes officiels permettent d'affirmer sur le sujet en 2026 : l'origine du dispositif, son montant tel que la dernière source institutionnelle disponible le documente, les conditions d'éligibilité de l'IDEC, l'impact concret sur le bulletin de salaire, les règles de non-cumul avec d'autres revalorisations, et la prise en compte de ce complément dans le calcul de la retraite. Là où aucune source officielle récente ne permet d'avancer un chiffre, nous le disons clairement plutôt que de l'inventer.

Qu'est-ce que le complément de traitement indiciaire issu du Ségur ?

Le dispositif trouve son origine dans un texte réglementaire pris au sortir des accords du Ségur de la santé de l'été 2020. Un complément de traitement indiciaire est instauré pour les fonctionnaires de la fonction publique hospitalière exerçant leurs fonctions au sein d'un ensemble d'établissements listés par le texte. Ce périmètre initial couvre, d'une part, des établissements publics de santé, ainsi que des groupements de coopération sanitaire, et d'autre part des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, y compris rattachés aux établissements publics de santé, ce qui inclut d'emblée une large part des EHPAD publics où exercent les infirmières coordinatrices.

Le texte fondateur du dispositif est consultable dans son intégralité sur le site officiel de diffusion du droit français. Il a ensuite été modifié pour élargir le périmètre des bénéficiaires : Décret n° 2022-1497 du 30 novembre 2022 modifiant le décret n° 2020-1152 du 19 septembre 2020 relatif au versement d'un complément de traitement indiciaire à certains agents publics, un texte que l'on peut également consulter en ligne via la même plateforme officielle.

Quel est le montant du CTI aujourd'hui ?

Il faut être honnête sur ce point : aucune source institutionnelle whitelistée postérieure à 2023 ne documente, verbatim à l'appui, une revalorisation du CTI appliquée en 2026. Ce que les textes permettent d'affirmer, c'est la montée en charge du dispositif jusqu'à son dernier montant officiellement confirmé. À l'origine, le montant du complément de traitement indiciaire institué par l'article 1er du décret du 19 septembre 2020 susvisé est fixé à 24 points d'indices majorés. Cette base a rapidement été revue à la hausse : au 1er mars 2021, ce montant est augmenté de 25 points d'indices majorés supplémentaires, portant l'ensemble à un total que la fiche officielle de la fonction publique confirme aujourd'hui encore : le CTI est mensuel et est calculé en points d'indice majoré, à savoir 49 points.

Traduit en euros, ce nombre de points correspond, à la dernière date officiellement documentée, au montant suivant : au 1 er janvier 2023, le CTI correspond à 237,65 € bruts, soit 188,62 € nets. C'est ce chiffre, et uniquement celui-ci, que cet article retient comme référence, faute de verbatim officiel plus récent. Une éventuelle revalorisation liée à l'évolution du point d'indice depuis cette date n'est confirmée par aucune source primaire consultable à ce jour, et ne sera donc pas avancée ici sous forme de montant 2026.

Un élément mérite d'être souligné : le montant du CTI est le même pour tous les agents qui le perçoivent, indépendamment de leur statut. Une infirmière coordinatrice bénéficiaire du dispositif touche donc le même complément qu'un autre agent éligible du même établissement, quel que soit son grade.

Secteur public, privé non lucratif, privé lucratif : qui perçoit quoi ?

Le complément de traitement indiciaire, à proprement parler, concerne la fonction publique hospitalière. Mais la revalorisation issue du Ségur de la santé a également été transposée, sous une forme équivalente, aux secteurs privés. Selon la DREES, la revalorisation de la rémunération des soignants, actée lors du Ségur de la santé en juillet 2020, a été versée sous forme de complément de traitement indiciaire d’un montant net mensuel de 183 euros pour les secteurs public et privé à but non lucratif. Le secteur privé à but lucratif a suivi avec un léger décalage : et de 160 euros pour le secteur privé à but lucratif, à partir de décembre 2020.

L'ampleur de cette revalorisation a été précisée par une réponse ministérielle récente : cette mesure a bénéficié à près de 700 000 salariés, dont environ 500 000 dans le cadre des dispositifs issus du Ségur de la santé et de la mission Laforcade, avec une revalorisation mensuelle nette de 183 euros. Ces chiffres, issus d'une réponse à une question parlementaire, donnent une idée de l'ampleur nationale du dispositif, sans pour autant permettre de reconstituer un montant individuel 2026 pour un poste donné.

Pour les employeurs du secteur privé non lucratif qui souhaitent le détail des règles d'application, la fédération Nexem a publié une foire aux questions disponible sur le site de la branche employeurs concernée.

L'IDEC est-elle éligible au complément de traitement indiciaire ?

Oui, sous réserve du type d'établissement et du statut. La fiche officielle de la fonction publique est explicite sur le champ d'application : dans les hôpitaux, les EHPAD, les établissements sociaux ou médico-sociaux qui y sont rattachés, ainsi que dans certaines structures de coopération (G.I.P, groupements de coopération sanitaire…), tous les agents – hors personnels médicaux – sont bénéficiaires du CTI. L'infirmière coordinatrice, personnel non médical au sens de cette définition, entre donc dans le périmètre des bénéficiaires dès lors qu'elle exerce dans l'un de ces établissements.

Ce périmètre n'a pas toujours été aussi large. D'abord versé aux seuls agents des hôpitaux et des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), il a été progressivement étendu et rendu obligatoire à d'autres catégories d'établissement, si bien que le CTI couvre aujourd'hui, selon la même source, les hôpitaux (civils et des armées), les établissements sociaux et médico-sociaux (dont font partie les EHPAD), les services de protection maternelle et infantile.

Sur le plan statutaire, la fonction d'infirmier coordonnateur bénéficie par ailleurs d'une reconnaissance légale récente et distincte du CTI lui-même. L'article 2 introduit, pour la première fois, une référence à l'infirmier coordonnateur (IDEC) dans le Code de l'action sociale et des familles, selon l'analyse publiée par l'Ordre national des infirmiers. Le texte réglementaire d'application précise en outre les conditions d'exercice : un EHPAD doit disposer d'un infirmier coordonnateur, titulaire du diplôme d'Etat d'infirmier, dans les conditions prévues à l'article D. 312-158-1. La loi elle-même prévoit que le personnel des établissements mentionnés aux I et IV bis peut comprendre un infirmier coordonnateur exerçant en collaboration avec le médecin coordonnateur et en lien avec l'encadrement administratif et soignant de l'établissement. Cette reconnaissance légale de la fonction n'emporte pas, en tant que telle, de conséquence chiffrée sur le montant du CTI, qui reste fixé par les textes présentés plus haut.

Pour une vision complète du métier et de ses missions, notre guide dédié au métier d'infirmière coordinatrice détaille le cadre d'exercice au quotidien.

Quel impact réel sur le salaire de l'IDEC ?

Concrètement, pour une IDEC éligible, le CTI s'ajoute au traitement indiciaire de base sous forme d'une ligne distincte sur le bulletin de paie, calculée sur la base fixe de points d'indice majoré évoquée plus haut plutôt qu'en pourcentage du salaire. Le CTI est mensuel et est calculé en points d'indice majoré, à savoir 49 points, ce qui correspond, à la dernière valeur officiellement documentée, au montant présenté dans la section précédente. Le fait que le montant du CTI est le même pour tous les agents qui le perçoivent, indépendamment de leur statut a une conséquence directe pour l'IDEC : son ancienneté, son grade ou sa quotité de temps de travail n'augmentent pas mécaniquement le montant en points du complément, celui-ci restant fixé de façon uniforme par le texte réglementaire.

Ce complément vient s'ajouter à l'ensemble des autres éléments de rémunération propres à la fonction d'infirmière coordinatrice — indemnités de fonction, primes de sujétion éventuelles, régime indemnitaire propre à l'établissement. Pour une vision d'ensemble de la construction de la rémunération de l'IDEC, notre article sur le salaire de l'infirmière coordinatrice détaille les différentes composantes du bulletin de paie.

Le CTI se cumule-t-il avec d'autres primes ?

La question du cumul se pose surtout pour les dispositifs plus récents, comme la prime dite « Ségur pour tous », destinée à des catégories de personnels qui n'avaient pas bénéficié des revalorisations antérieures. La règle posée par la foire aux questions de la branche employeurs Nexem est celle d'un non-cumul avec les dispositifs déjà perçus : sont exclus du bénéfice de cette nouvelle mesure les salariés déjà bénéficiaires d'une des précédentes revalorisations salariales intervenues ces dernières années (Ségur 1 et 2, Laforcade, Métiers socio-éducatifs et Médecins). Autrement dit, une IDEC qui perçoit déjà le CTI issu du Ségur 1 ou 2, ou une revalorisation issue de la mission Laforcade, n'a pas vocation à percevoir en plus la prime « Ségur pour tous » : les dispositifs se succèdent sans s'additionner pour un même agent.

Aucune source officielle whitelistée ne permet en revanche de chiffrer un montant combiné pour un cas individuel d'IDEC en 2026 : la règle de non-cumul, elle, est documentée ; le montant total qui en résulterait établissement par établissement ne l'est pas et ne doit donc pas être avancé comme un chiffre certain.

Le CTI compte-t-il pour la retraite ?

Oui, et c'est un point souvent mal connu des agents concernés. Contrairement à certaines primes qui restent hors assiette de cotisation retraite, le CTI est traité comme un élément du traitement lui-même. La fiche officielle de la fonction publique est claire sur ce point : le CTI est soumis aux mêmes règles de cotisations que le traitement et est pris en compte pour le calcul de la retraite. Pour une IDEC fonctionnaire hospitalière, cela signifie que le complément perçu chaque mois participe, au même titre que le traitement indiciaire de base, à la constitution de ses droits à pension, et non comme un simple complément de rémunération sans effet sur la retraite.

Questions fréquentes

L'IDEC en EHPAD public perçoit-elle automatiquement le complément de traitement indiciaire ?

Dès lors qu'elle exerce comme agent non médical dans un établissement entrant dans le périmètre du dispositif, oui. Le texte officiel précise que dans les hôpitaux, les EHPAD, les établissements sociaux ou médico-sociaux qui y sont rattachés, ainsi que dans certaines structures de coopération (G.I.P, groupements de coopération sanitaire…), tous les agents – hors personnels médicaux – sont bénéficiaires du CTI, ce qui couvre la fonction d'infirmière coordinatrice.

Le montant du complément dépend-il du grade ou de l'ancienneté de l'IDEC ?

Non. Le texte est explicite sur l'uniformité du montant : le montant du CTI est le même pour tous les agents qui le perçoivent, indépendamment de leur statut. Grade, échelon ou ancienneté n'entrent donc pas en jeu dans le calcul du nombre de points attribués.

Le complément de traitement indiciaire est-il identique dans le secteur public et le secteur privé ?

Non, les montants diffèrent selon le statut de l'employeur. Le secteur public et le secteur privé à but non lucratif ont vu leur revalorisation versée sous forme de complément de traitement indiciaire d’un montant net mensuel de 183 euros, tandis que le secteur privé à but lucratif a bénéficié d'un montant distinct, de 160 euros pour le secteur privé à but lucratif, à partir de décembre 2020.

Une IDEC qui perçoit déjà le CTI peut-elle prétendre à la prime « Ségur pour tous » ?

En principe non, si elle a déjà bénéficié d'une revalorisation antérieure de ce type. La règle de non-cumul exclut les salariés déjà bénéficiaires d'une des précédentes revalorisations salariales intervenues ces dernières années (Ségur 1 et 2, Laforcade, Métiers socio-éducatifs et Médecins) du bénéfice de la nouvelle mesure.

Conclusion

Le complément de traitement indiciaire reste, pour l'infirmière coordinatrice éligible, un élément stable et documenté de sa rémunération : un montant uniforme, une prise en compte confirmée dans le calcul de la retraite, et un périmètre d'éligibilité aujourd'hui bien établi par les textes. Ce que les sources officielles ne permettent pas, en revanche, c'est d'avancer un montant 2026 recalculé ou un chiffre de cumul individuel : sur ces points, la prudence documentaire prime sur l'approximation.

Pour aller plus loin sur la construction complète de la rémunération de l'IDEC, notre article sur le salaire de l'infirmière coordinatrice et notre guide du métier d'IDEC complètent utilement cette lecture. Les infirmières coordinatrices qui envisagent une évolution de compétences peuvent également consulter notre dossier sur le financement de la formation IDEC. Deux actualités récentes complètent ce panorama réglementaire : celle consacrée aux congés maladie dans la fonction publique hospitalière et celle sur la rupture conventionnelle en EHPAD public.

Sources officielles