Ce que disent les soignants de leur charge de travail
Le premier texte mobilisé est une enquête de la DREES, que l’on peut consulter sur la page de la publication consacrée aux conditions de travail en Ehpad. Avant d’en tirer quoi que ce soit, il faut en rappeler la nature : l’enquête a été menée de façon qualitative, au moyen d’entretiens individuels et collectifs, avec des soignants travaillant dans 30 EHPAD différents. Au total, 340 personnes, dont environ 90% de femmes, ont été rencontrées entre les mois de septembre 2015 et de février 2016.
Cette méthode fixe la portée des constats qui suivent. Ils restituent le ressenti de soignants, recueilli lors d’une enquête de terrain menée à la période indiquée ci-dessus. Ce ne sont ni des taux mesurés, ni des données qui vaudraient pour tous les Ehpad : chaque phrase doit se lire comme « dans cette enquête, des soignants disent que… ».
Sur la charge de travail, le texte rapporte que les personnels soignants soulignent un alourdissement de leur charge de travail. Il évoque aussi la dimension physique : les gestes répétés et les efforts de manutention entraînent une pénibilité physique prononcée.
La charge est aussi mentale. Le texte relie l’évolution des profils des résidents accueillis à un accroissement de la charge mentale subie par les professionnels soignants, à plus forte raison lorsque ces spécificités ne sont pas prises en compte dans l’organisation de l’établissement ou la formation des personnels. Pour le cadre général du poste, voir le rôle de l’IDEC en Ehpad.
D’autres éléments touchent à la relation avec les résidents. Selon l’enquête, les interruptions, couplées à l’augmentation de la charge de travail globale par soignant, alimentent le sentiment d’être insuffisamment disponible pour les résidents. Et les situations de stress rencontrées par les équipes sont, aux dires des soignants rencontrés, de plus en plus récurrentes. Le texte ajoute : « La violence, verbale comme physique, est également un risque présent à l’esprit des professionnels ».
Fatigue, rythmes et crainte d’être rappelé
Dans l’enquête, les métiers soignants sont unanimement décrits par les professionnels comme générateurs d’une fatigue à la fois physique et psychologique. Les rythmes de travail sont cités comme un facteur : à propos des plannings en horaires longs, la troisième journée consécutive travaillée en 12 heures est alors marquée par la fatigue, l’irritabilité et la difficulté à maintenir son attention, d’où un risque d’erreur accru.
L’absentéisme est aussi abordé : il est perçu comme relativement important au regard d’autres secteurs, que ce soit du fait d’accidents du travail ou pour raisons de santé. Le texte ajoute : « Certains professionnels mentionnent notamment la crainte permanente d’être « rappelés » pour remplacer les collègues, notamment le week-end ».
Plannings et remplacements font l’objet des pistes proposées plus bas. Le même texte note que les mécanismes de solidarité collective au sein des équipes présentent le risque de s’amoindrir en cas d’absentéisme récurrent d’un collègue.
Ce que l’IGAS constate sur les risques professionnels et les arrêts
Le second texte est un rapport de l’IGAS sur les métiers de l’autonomie, disponible sur la page du rapport consacré à la réduction des risques professionnels. Son périmètre est plus large que les seuls Ehpad : il porte sur le secteur de l’autonomie (grand âge et handicap), et chaque chiffre ci-dessous doit se lire avec le périmètre et l’année qui l’accompagnent. Les deux textes n’ont pas le même périmètre : on ne les compare pas.
Le rapport indique que les salariées sont surexposées à certains risques, telles les manutentions manuelles et les agressions.
Pour situer ce rôle dans l’ensemble du métier, voir aussi le guide du métier d’IDEC.
Le rapport indique : « Améliorer ses conditions de travail et préserver sa santé comptent parmi les principales motivations des salariées qui envisagent une mobilité professionnelle, devant la rémunération ». Il ajoute : « L’amélioration des conditions de travail et de la santé au travail est donc un levier important pour favoriser le recrutement, la fidélisation et le maintien en emploi des salariés. »
Collectif, cadre de proximité et reconnaissance
L’enquête DREES consacre des développements au collectif de travail. Selon les professionnels rencontrés, la force du collectif de travail est pour beaucoup une variable importante dans la qualité du service rendu au résident, qui est elle-même directement reliée aux conditions de travail. Autre point : le rôle de la hiérarchie, et notamment du cadre de proximité, est à cet égard souligné par les professionnels.
La solidarité n’est pas acquise. Une diminution des pratiques de solidarité est observée, le texte écrit : « La cause en est imputée à la dégradation des conditions de travail et aux cadences, trop importantes pour dégager du temps et venir en soutien aux collègues, les professionnels eux-mêmes en difficulté ayant tendance à se protéger ». Il s’agit de l’explication des soignants rencontrés.
Le texte relève une difficulté qui concerne les infirmiers : le positionnement de hiérarchie fonctionnelle des IDE vis-à-vis des équipes soignantes apparaît parfois contesté par ces dernières, notamment lorsque des écarts d’âge, d’ancienneté et par conséquent d’expérience sont à l’œuvre. Le texte parle ici des IDE ; il n’en tire pas de constat sur les IDEC. Pour réfléchir aux compétences de management, voir les compétences de l’IDEC.
Sur ce qui fait la qualité des conditions de travail, le texte ajoute que la reconnaissance du travail réalisé, le soutien face aux difficultés ou aux critiques, l’association aux projets transversaux et la responsabilisation des équipes sont des déterminants majeurs de la qualité des conditions de travail aux yeux des professionnels. Il note enfin que des fiches de poste sont parfois élaborées par les structures afin de formaliser la nature des tâches confiées à chaque professionnel et les modalités de réalisation de ces tâches.
Pistes d’organisation pour une IDEC (lecture propre à cet article)
Ces pistes sont propres à cet article, à adapter à chaque service.
- Transmissions. Prévoir, dans les transmissions, un moment pour nommer les situations qui ont pesé dans la journée (résident très demandeur, interruption répétée, tension avec une famille), afin que la charge ne reste pas dans la tête d’une seule personne.
- Répartition de la charge. Rendre visible qui fait quoi et à quel moment, par exemple à partir des fiches de poste existantes, et revoir ce partage lorsque le profil des résidents change.
- Temps collectifs. Inscrire au planning un temps d’échange régulier, même bref, ouvert aux différentes fonctions, et laisser une place aux échanges informels.
- Remplacements. Chercher à anticiper les absences connues et à annoncer les modifications de planning le plus tôt possible, pour limiter les rappels de dernière minute.
- Soutien après un événement difficile. Le texte DREES note que les fins de vie et les décès demeurent difficiles à vivre. Une piste est de proposer, après un décès ou un épisode de violence, un temps d’échange collectif ou un entretien individuel avec le cadre.
- Reconnaissance. Dire explicitement à l’équipe ce qui a été bien réalisé, et associer des soignants à un projet du service.
Ces pistes s’inscrivent dans le travail quotidien d’encadrement ; voir aussi les formations proposées sur le site.
Points de vigilance
- Les constats de l’enquête DREES sont des ressentis recueillis lors d’une enquête de terrain menée à la période indiquée dans la première section ; ils ne se transposent pas comme des taux à l’ensemble des Ehpad.
- Les chiffres de l’IGAS portent sur le secteur de l’autonomie ; un chiffre propre aux Ehpad est signalé comme tel et daté de son année.
- Les deux textes n’ont pas le même millésime ni le même périmètre : on évite de les mettre en regard, et l’on cite chaque chiffre avec son année.
- Les pistes de la section précédente sont une lecture propre à cet article, pas des recommandations des sources.
- La violence est un sujet sensible : le texte DREES note qu’un mauvais réflexe en réponse à une situation de violence peut être assimilé à une forme de maltraitance. En cas de doute sur une situation, voir la procédure sur les signaux de maltraitance.
