Chutes et iatrogénie médicamenteuse : un lien documenté par les autorités sanitaires
Chez les personnes âgées, les autorités sanitaires associent régulièrement les chutes à la prise de médicaments. Selon l'Agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes, « L’iatrogénie médicamenteuse est une cause importante de chutes chez les personnes âgées ». La Haute Autorité de santé (HAS) va dans le même sens : dans ses recommandations sur l'amélioration de la qualité et de la sécurité des prescriptions chez la personne âgée, elle rappelle que « L’âge et la polypathologie majorent les risques de sous-traitement, de iatrogénie médicamenteuse et de faible observance ». Parmi les facteurs de risque de chute qu'elle a identifiés de longue date figure la « Polymédication (au-delà de 4), psychotropes », deux éléments qui reviennent en tête des vigilances demandées aux équipes soignantes comme aux prescripteurs.
En Auvergne-Rhône-Alpes, l'ampleur du phénomène
Dans sa région, l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes rappelle que les chutes sont responsables chaque année d’environ 22 000 hospitalisations et de près de 3 000 décès. Un constat qui rejoint celui de la HAS sur le poids des chutes dans les parcours de soins des résidents en établissement. C'est pour agir sur ce levier qu'un groupe de travail régional a construit une réponse opérationnelle destinée aux prescripteurs plutôt qu'aux seules équipes de terrain.
Une boîte à outils conçue par et pour les médecins et pharmaciens
Sur son site, l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes présente une nouvelle boîte à outils dédiée à la prévention de l'iatrogénie médicamenteuse : une boite à outils pratiques est à votre disposition pour accompagner la réévaluation des traitements et favoriser la juste prescription chez ces personnes. Concrètement, le groupe de travail "Prévention de l’iatrogénie médicamenteuse" met à disposition des médecins et pharmaciens une série de ressources qui n'ont pas été pensées depuis un bureau : Ces ressources ont été conçues par et pour des médecins et pharmaciens, en lien avec l'Agence régionale de santé (ARS), l'OMEDIT, le Gérontopôle Auvergne-Rhône-Alpes. Le public visé est large : Médecins généralistes, médecins coordonnateurs, pharmaciens d'officine ou autres professionnels impliqués dans le parcours de soins des personnes âgées peuvent s'en emparer, ce qui inclut directement les médecins coordonnateurs avec lesquels l'IDEC travaille au quotidien sur les procédures du circuit du médicament en EHPAD.
Quatre rubriques pour structurer la réévaluation des traitements
La boîte à outils s'organise autour de quatre entrées complémentaires, pensées comme un cheminement pour le prescripteur. La première consiste à analyser le contexte iatrogène : identifier le lien entre les symptômes, les médicaments prescrits et certains contextes favorisant l'iatrogénie, comme le mésusage ou les cascades médicamenteuses. La deuxième invite à réévaluer les médicaments : selon cinq grands thèmes thérapeutiques, afin de favoriser la juste prescription chez les patients âgés chuteurs ou à risque de chute. La troisième cible la prévention des complications, notamment par la réévaluation de la balance bénéfice-risque des traitements à risque hémorragique et par la juste prescription des traitements de l'ostéoporose. La dernière rubrique consiste à former pour mieux soigner : grâce à une sélection de supports pédagogiques destinés aux équipes médicales et paramédicales. Prises ensemble, ces quatre entrées couvrent tout le cycle de la prescription, du repérage du symptôme jusqu'à la formation continue des équipes.
Flyer, webinaire et podcasts : la déclinaison pédagogique
Le flyer « Chute et médicaments » constitue le document de référence de la démarche. Son rôle est concret : il guide les professionnels dans la réévaluation des ordonnances et facilite le repérage des situations pouvant favoriser une chute chez les personnes âgées. Pour aller plus loin dans la formation, Un webinaire de formation est disponible en replay (durée : 1h24). Un cycle de podcasts vient compléter le dispositif : 8 podcasts intitulés « Faire chuter la chute en développant le réflexe iatrogénique » détaillent chacun une thématique, à savoir psychotropes, hypotension orthostatique, antalgiques, diabète, anticholinergiques, ostéoporose, anticoagulants, analyse de contexte, un format court directement utilisable en pratique quotidienne pour repérer les situations à risque de chute chez la personne âgée.
Ce que documente la HAS sur les événements indésirables médicamenteux
Au niveau national, la HAS définit précisément le phénomène : Les événements indésirables liés aux médicaments (EIM) renvoient à toute situation où un effet délétère est associé à l’utilisation d’un médicament. Elle pointe des classes thérapeutiques particulièrement concernées : Les médicaments usuels et souvent indispensables (anticoagulants, diurétiques, antiagrégants, antihypertenseurs, psychotropes) sont responsables de la majorité des EIM. D'où une recommandation simple à retenir pour toute équipe soignante : Tout nouveau symptôme chez un patient âgé doit conduire à évoquer la possibilité d’un EIM (reflexe iatrogénique). La HAS insiste aussi sur un moment charnière du parcours : Une attention particulière doit être portée aux sorties d’hospitalisation, moments de majoration du risque iatrogène, un point de vigilance qui rejoint directement le travail de traçabilité mené autour des événements indésirables graves associés aux soins en établissement.
Dans son analyse des déclarations d'événements indésirables graves associés à la prescription médicamenteuse, la Haute Autorité de santé note que Les patients âgés de 60 à 80 ans et de 80 à 100 ans sont les plus touchés par les EIGS. Elle précise même que Les patients âgés de 60 à 100 ans totalisent 158 évènements indésirables (n = 158/213), soit la majorité des situations analysées. Cette répartition met en évidence la vulnérabilité accrue des patients âgés aux erreurs liées à la prescription médicamenteuse. Ce rapport porte toutefois sur l'ensemble des déclarations tous secteurs confondus — sanitaire, médico-social et ville — et ne permet pas d'isoler les seules données propres à l'EHPAD.
Des chutes qui restent une cause majeure d'hospitalisations non programmées
Ce constat n'est pas propre à l'Auvergne-Rhône-Alpes. Dès ses travaux sur la prise en charge des personnes âgées fragiles en ambulatoire, la HAS soulignait que « L'évaluation et le suivi pluriprofessionnels des personnes âgées fragiles peuvent réduire leurs risques de dépendance, d'hospitalisation et d'admission en EHPAD lorsqu'ils sont réalisés dans certaines conditions ». Un raisonnement que confirme son travail plus récent sur les personnes âgées en institution et la réduction des hospitalisations non programmées, où l'agence rappelle que « Les chutes et la iatrogénie liée aux médicaments sont les causes les plus fréquentes d'hospitalisations non programmées ». Une hospitalisation évitée, c'est aussi un résident qui échappe à la rupture de repères que représente un passage aux urgences.
Une vigilance qui rejoint le quotidien de l'IDEC en EHPAD
Ni le flyer, ni les podcasts, ni le webinaire ne remplacent le travail de terrain. Mais ils donnent un langage commun aux prescripteurs et aux équipes qui les entourent au quotidien. En EHPAD, c'est souvent l'infirmier coordinateur qui centralise les alertes autour de la polymédication, qui suit les renouvellements d'ordonnance et qui relaie aux médecins traitants ou au médecin coordonnateur les situations méritant une réévaluation — un positionnement détaillé dans la fiche sur le rôle de l'IDEC en EHPAD. La vigilance sur les traitements à risque, déjà au cœur des procédures de circuit du médicament, trouve ici un relais outillé du côté des prescripteurs eux-mêmes : médecins traitants, médecins coordonnateurs et pharmaciens d'officine partagent désormais des repères communs pour questionner une ordonnance avant qu'une chute ne survienne.
Sans se substituer à l'expertise médicale, cette convergence de langage facilite les échanges lors des réunions de concertation pluriprofessionnelle, des transmissions ou des visites du médecin coordonnateur. Elle rappelle aussi que la prévention des chutes ne se limite pas aux aides techniques et à l'aménagement des espaces de vie : elle passe aussi, en amont, par le regard porté sur chaque traitement prescrit.
Sources officielles
- ARS Auvergne-Rhône-Alpes — présentation de la boîte à outils de prévention de l'iatrogénie médicamenteuse
- HAS — amélioration de la qualité et de la sécurité des prescriptions chez la personne âgée
- HAS — analyse des événements indésirables graves associés à la prescription médicamenteuse
- HAS — prévention des chutes accidentelles chez la personne âgée
- HAS — réduire les hospitalisations non programmées des personnes âgées en institution
- HAS — prise en charge des personnes âgées fragiles en ambulatoire
