Le périmètre de l’enquête et ce qu’elle ne permet pas de dire
La Fédération hospitalière de France (FHF) met en ligne les résultats de son enquête nationale sur la situation financière des EHPAD publics, ainsi que le document détaillé au format PDF. Ce sont des résultats d’enquête publiés par une fédération : les chiffres cités ci-dessous sont ceux de la FHF, et les demandes relayées en fin d’article sont des positions de la FHF.
À propos de son enquête, la FHF écrit : « Menée pour la 4ème année consécutive, cette démarche vise à objectiver les situations budgétaires des EHPAD publics, établir les ordres de grandeur et les conséquences de la crise financière qui touche le secteur depuis 2022. » Le PDF précise que l’enquête, conduite du 5 mars au 26 avril 2026, présente la situation financière des EHPAD publics de la fonction publique hospitalière (FPH) sur la base des résultats consolidés 2025.
Il s’agit d’un échantillon d’EHPAD publics adhérents de la FHF, et non de tous les EHPAD. Parmi les répondants figurent 339 EHPAD publics autonomes (46 % des répondants, représentant 35 565 places). Le PDF rapproche cet échantillon de l’offre d’hébergement permanent : 17 % du total de places d’hébergement permanent d’EHPAD, tous secteurs confondus (public, PNL, privé commercial). Par prudence, cet article ne transpose pas ces constats aux établissements privés non lucratifs, aux établissements privés commerciaux ni à la fonction publique territoriale, et il ne reprend ni les résultats régionaux ni le détail par section en montants.
Le PDF distingue des EHPAD « autonomes » et des EHPAD « rattachés » ; cet article ne rapproche pas ces deux catégories au-delà de ce que le PDF écrit. Pour le rôle de l’IDEC dans ce type de pilotage, voir le rôle de l’IDEC en Ehpad.
Activité, occupation et tarifs
Pour l’échantillon des répondants, le PDF fait état d’un taux d’occupation moyen des EHPAD publics de 94,5 %, en stabilité par rapport à 2024.
Pour situer les niveaux de tarifs, le PDF indique : « Le prix de journée hébergement 2025 (tarif aide sociale) moyen des EHPAD de l’échantillon est de 66,10 € ». Il précise ensuite : « Ce prix de journée moyen est légèrement supérieur dans les EHPAD publics autonomes (67,60 €) que dans les EHPAD publics rattachés (64,90 €) ».
La part d’EHPAD en déficit, et par section
La FHF résume son enquête ainsi : elle confirme globalement la poursuite des difficultés et des déséquilibres budgétaires en 2025, en particulier sur les sections hébergement et dépendance.
Dans l’échantillon, 6 EHPAD publics sur 10 sont en déficit en 2025 (contre 7 sur 10 en 2024 et 8 sur 10 en 2023), après prise en compte des aides exceptionnelles reçues. La FHF ajoute : « Hors aides exceptionnelles, 7 EHPAD publics sur 10 seraient en déficit en 2025 ». Sur le recours aux aides, le PDF note que 33 % des répondants (près de 250 EHPAD) ont indiqué avoir reçu une aide exceptionnelle en 2025 (crédits du fonds d’urgence et/ou CNR).
Sur le lien avec l’activité, le PDF écrit : « Ces déficits concernent aussi les EHPAD qui n’ont pas de difficultés d’activité : 54 % des EHPAD qui ont un taux d’occupation égal ou supérieur à 97 % sont déficitaires ».
Dans l’échantillon, la lecture par section est la suivante, selon le PDF : 65 % des EHPAD sont déficitaires sur la section hébergement et 83 % sur la section dépendance. A l’inverse, 1 EHPAD sur 4 seulement est déficitaire sur la section soins.
Sur le résultat, la FHF écrit que l’enquête met en évidence une légère amélioration du taux moyen de résultat qui reste cependant négatif : - 1,6 % en moyenne en 2025, contre – 3,1 % en 2024 et – 3,4 % en 2023. Le PDF précise : « Ces résultats tiennent compte des aides exceptionnelles allouées dont la pérennité n’est pas assurée. »
Déficit à la place et trésorerie
Le PDF donne plusieurs repères de déficit rapportés à la place. Il écrit : « Globalement, pour les EHPAD déficitaires, le déficit moyen par place se situe à 2 952 € en 2025 (contre 3 104 € en 2024 et 3 520 € en 2023) ». Il distingue ensuite deux séries. D’une part : « Pour les EHPAD autonomes déficitaires, le déficit moyen 2025 par place est de 2 217 € (contre 2 550 € en 2024 et 2 496 € en 2023) ». D’autre part : « Pour les EHPAD rattachés déficitaires, le déficit moyen 2025 par place est de 3 232 € (contre 3 369 € en 2024 et 4 049 € en 2023) ».
La FHF propose aussi des ordres de grandeur, dont une extrapolation à l’ensemble des EHPAD publics de la FPH. Elle écrit : « Extrapolés à l’ensemble des EHPAD publics de la FPH, les déficits constatés dans l’échantillon conduisent à estimer le déficit global pour 2025 à environ 400 M€, dont la majeure partie concernerait les EHPAD rattachés. » Elle estime aussi que le montant cumulé des déficits des seuls EHPAD publics de la FPH pour les quatre derniers exercices (2022-2025) pourrait dépasser les 2 Mds€. Ce sont des estimations de la FHF, présentées comme telles.
Sur la trésorerie, le PDF relève, pour l’échantillon, que plus d’un EHPAD sur trois a rencontré des difficultés de trésorerie en 2025, une proportion stable par rapport à 2024. Il indique aussi : « Un EHPAD sur trois a différé le paiement de certaines charges, contre 29 % en 2024 ». Une note du PDF précise : « Sur la trésorerie, la situation des EHPAD rattachés ne peut être analysée qu’à l’échelle de la situation globale de l’établissement public de santé ». Pour les EHPAD autonomes, il écrit : « Au 31/12/2025, la moitié des EHPAD autonomes disposent de moins de 74 jours de trésorerie d’avance (médiane pour les EHPAD autonomes), contre 75 jours en 2024 et 77 jours en 2023 ».
Tarification, gel de crédits et positions de la FHF
Pour l’exercice suivant, la FHF écrit : « Pour l’exercice 2026 la FHF identifie plusieurs difficultés dont le cumul devrait contribuer à une aggravation « mécanique » de la situation financière des EHPAD publics ». Parmi ces difficultés, elle range : « Une plus faible évolution des tarifs hébergement et dépendance en 2026 qu’en 2025 : évolution moyenne de 1 % des tarifs hébergement et de 0,5 % des tarifs dépendance ».
Elle range aussi dans cette liste : « Le gel de 215 M€ au titre du mécanisme de mise en réserve prudentielle qui revient à priver les ESMS de crédits votés par le législateur. » Cette formulation est celle de la FHF dans son PDF ; elle n’est pas reprise ici comme un constat d’une autre institution.
Enfin, la FHF formule des demandes, qui sont ses positions. Le PDF les place à la suite d’un développement sur les différences de régime socio-fiscal entre opérateurs, dont il écrit : « A salaire équivalent, ces différences de régime socio-fiscal induisent des écarts de coût global de 15 à 20 % au détriment des EHPAD publics de la FPH par rapport aux autres opérateurs et peuvent contribuer à expliquer les déséquilibres budgétaires plus importants constatés pour les EHPAD publics. » Plus loin, il ajoute : « Il est plus urgent que jamais de rétablir une équité socio-fiscale ou de compenser dans les mécanismes de tarification ces surcoûts objectifs pour les ESMS publics. » La FHF précise que ce sujet constitue une priorité absolue pour la FHF qui demande depuis plusieurs années le lancement d’une mission IGAS-IGF pour objectiver ces écarts et identifier les modalités de leur correction.
Pistes pour l’IDEC : une lecture propre à cet article
Les pistes qui suivent sont une lecture propre à cet article, à adapter à la situation de chaque établissement et à la répartition des rôles avec la direction.
- Nourrir le dialogue de gestion. Une IDEC peut préparer, avant un échange budgétaire avec la direction ou le gestionnaire, quelques éléments concrets de son périmètre : mouvements de résidents, charge de travail de l’équipe soignante, situations de soins qui mobilisent beaucoup de temps.
- Documenter l’activité. Tenir à jour des repères simples et datés (taux d’occupation, entrées et sorties, absences non remplacées) donne une base de discussion partagée.
- Repérer les arbitrages qui touchent le soin. Lorsque la direction évoque des économies ou un étalement de dépenses, l’IDEC peut demander lesquelles concernent l’équipement, les remplacements ou la formation, et noter ce qui relève de la qualité des soins.
- S’appuyer sur ses outils de pilotage. Des tableaux de suivi, des trames de transmission et des repères de planification aident à objectiver ces échanges ; les outils pour l’IDEC en proposent plusieurs.
- Replacer la lecture dans le métier. Le guide métier IDEC détaille les missions de coordination qui servent de point d’appui à ce type de dialogue.
Ces pistes sont des suggestions de lecture, pas des conclusions de l’enquête. Elles ne présument ni de la situation financière de votre établissement, ni de son appartenance à l’échantillon étudié.
