L’épidémie vue par la surveillance en établissements médico-sociaux

Le bulletin épidémiologique hebdomadaire consacré à l’épidémie de grippe en France hexagonale décrit l’épidémie dans son ensemble. Un seul de ses chapitres traite des établissements médico-sociaux (EMS), et donc des Ehpad. Le titre de la publication emploie le mot « établissements » de façon générale : cet article ne le lit pas comme visant les EMS.

Selon le bulletin, la surveillance est complétée par les données des épisodes d’IRA provenant des établissements médico-sociaux (EMS), dont les collectivités de personnes âgées. Le sigle IRA désigne les infections respiratoires aiguës. Le résumé du bulletin emploie la formule « fort impact en EMS », et le bulletin retient que cette épidémie se distingue par une intensité plus marquée à l’hôpital et en EMS qu’en médecine de ville.

Pour une IDEC, ces éléments sont un repère de surveillance extérieur à l’établissement. Ils se lisent à côté du rôle de coordination de l’IDEC en Ehpad, sans se substituer aux données propres à la structure : le nombre d’épisodes survenus chez les résidents et chez les professionnels de sa propre maison reste la première information à suivre.

Les signalements d’épisodes, le pic et la comparaison entre saisons

Pour les EMS, le bulletin chiffre ainsi la saison : 3 346 épisodes d’IRA ont été signalés par des EMS. Sur le détail, le bulletin indique que, parmi eux, 1 596 (48%) épisodes étaient attribués à la grippe, seule étiologie identifiée dans 72% des cas et en co-infection dans 28% des cas. Il ajoute qu’une grande majorité de ces épisodes est survenue pendant la période épidémique (86%) et en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) (91%).

Ces épisodes sont ceux des EMS qui ont signalé. Cet article n’en tire ni taux d’attaque ni extrapolation à l’ensemble des Ehpad : la part des Ehpad se lit parmi les épisodes signalés, pas parmi tous les établissements.

Pour le pic, le bulletin précise que le pic des signalements d’épisodes de cas groupés attribués à la grippe a été atteint en S01-2026, avec 278 épisodes (vs 328 au pic de 2024-2025 et 94 en 2023-2024). Sur la méthode, il indique que, pour les signalements de cas groupés d’IRA en EMS, la comparaison se limite aux saisons 2023-2024 et 2024-2025, durant lesquelles les données ont été collectées de façon identique. Cet article s’en tient donc à ces deux saisons et ne les rapproche d’aucune autre.

Décès avec mention de grippe et limites de la surveillance

Le bulletin donne aussi un ordre de grandeur national, sur l’ensemble de l’épidémie : surmortalité (environ 12 140 décès, toutes causes confondues). Ce chiffre est national. Il n’est pas rapporté aux Ehpad dans les éléments retenus ici, et cet article ne l’attribue ni aux Ehpad ni aux EMS.

Pour les décès signalés avec mention de grippe, le bulletin rapporte que les décès avec mention de grippe comme cause du décès ont été très majoritairement signalés par des établissements de santé (74%) et dans une moindre mesure par des Ehpad (22%). À propos du dispositif de certification électronique, il précise qu’il ne permet pas de comptabiliser de manière exhaustive les décès liés à la grippe.

La part d’origine des signalements décrit qui a signalé. Elle ne mesure pas la mortalité dans les Ehpad. Lecture propre à cet article : pour une IDEC, ces décès signalés sont un élément de contexte, à relier à la gestion des événements indésirables de l’établissement plutôt qu’à un indicateur à comparer tel quel.

Le circuit de déclaration unique et son caractère non exhaustif

Sur le dispositif lui-même, le bulletin indique qu’un circuit de déclaration unique des épisodes de cas groupés d’IRA dans les EMS, incluant les épisodes liés à la grippe, à la Covid-19 et à une infection par le VRS, a été mis en place depuis juin 2023.

Le bulletin précise aussi que ce dispositif de surveillance n’est pas exhaustif et la participation des EMS est variable d’une année à l’autre. Cette limite pèse sur toute lecture des chiffres précédents : ils décrivent les signalements reçus, pas l’ensemble des épisodes survenus.

Une piste, propre à cet article : tenir à jour, dans l’Ehpad, un document qui indique qui déclare un épisode de cas groupés, à quel moment et par quel circuit, afin que la déclaration ne dépende pas d’une seule personne présente ce jour-là.

Couvertures vaccinales en Ehpad et mesures de prévention

Le contexte vaccinal vient d’une autre publication, le bulletin sur l’évolution des couvertures vaccinales contre la grippe. La couverture vaccinale y est abrégée CV. Pour la dernière saison étudiée, le bulletin indique : « En 2024-2025, les CV étaient notamment de 53,7% pour les personnes de 65 ans et plus, de 82,7% pour les résidents en Ehpad, de 25,3% pour les personnes à risque de moins de 65 ans ». Pour les résidents d’Ehpad, il ajoute que les CV chez les résidents en Ehpad qui étaient très élevées et supérieures à 90% en 2007-2008 et en 2020-2021 ont diminué et sont, depuis la saison 2023-2024, inférieures à 85%.

Pour les professionnels, le bulletin décrit des couvertures particulièrement basses pour les aides-soignants exerçant en Ehpad (19,3% [18,4-20,2]). Il relève aussi que, pour les professionnels de santé des Ehpad, il a été mis en évidence une baisse de la fréquence de mise en place des mesures visant à soutenir la campagne de vaccination depuis la crise liée à la Covid‑19.

Ces valeurs se rapportent à des saisons précises. Cet article ne les met pas en rapport avec les épisodes signalés en EMS : les deux publications ne les relient pas dans les éléments retenus.

Sur la prévention, le bulletin sur l’épidémie rappelle que l’application des mesures de prévention est importante pour protéger les personnes à risque, à savoir leur vaccination et celle des professionnels de santé. Selon la publication, ces mesures incluent la généralisation des gestes barrières, l’optimisation du recours à la vaccination, y compris dans l’entourage des personnes à risque, l’amélioration de la qualité de l’air dans les collectivités et espaces partagés (entreprise, milieu de soins, écoles, etc.).

Pistes d’organisation pour l’IDEC avant l’hiver

Ce qui suit relève d’une lecture propre à cet article. Ces pistes ne sont pas des consignes de la publication et ne remplacent ni le protocole de l’établissement ni l’avis du médecin coordonnateur.

  • Revoir le circuit de signalement des cas groupés : une piste, propre à cet article, consiste à vérifier que chaque professionnel sait qui prévenir et que le document de référence est accessible dans chaque unité.
  • Coordonner la vaccination des résidents et des professionnels : une piste est de dresser, avant la campagne, la liste des personnes à informer, avec le médecin coordonnateur et les équipes, et de garder une trace des refus. Le travail d’animation d’équipe qui fait partie des compétences de l’IDEC trouve ici un terrain concret.
  • Rappeler les gestes barrières : une piste consiste à reprendre en équipe la procédure sur les précautions standards et l’hygiène des mains, en observant les pratiques réelles plutôt qu’en redistribuant un texte.
  • Traiter l’aération et la qualité de l’air : une piste est d’inscrire dans les tâches quotidiennes un temps d’aération des espaces partagés, avec une personne désignée par service, et d’en noter la réalisation.

Ces quatre pistes supposent une répartition claire des rôles. Un point en équipe, programmé avant la reprise des épisodes respiratoires, permet de les tester sur le terrain et de les ajuster à la taille et à l’organisation de l’Ehpad.

Sources officielles