Un rapport qui documente un décrochage vaccinal chez les personnes âgées

Dans sa synthèse rendue publique en septembre 2026, la Cour des comptes détaille l'ampleur du problème pour les personnes âgées. Pour les personnes âgées de 65 ans et plus notamment, l’OMS recommande une couverture vaccinale de 75 % que la France n’atteint pas (54 % des personnes âgées de plus de 65 ans en France entière en 2025-2026). L'enjeu n'a rien d'anecdotique : en moyenne environ 2,5 millions de consultations et 9 000 à 10 000 décès associés, dont 90 % sont des personnes de 65 ans et plus sont attribués chaque hiver aux épidémies de grippe.

En France, la politique de vaccination a représenté une dépense de 1,4 Md€ en 2024, dont près de la moitié est constituée des remboursements de vaccins par l’assurance maladie (617 M€), et cette dernière dépense a augmenté de près de 70 % entre 2018 et 2024, essentiellement sous l’effet d’un recours accru à des vaccins plus coûteux. La Cour illustre aussi, sur un exemple passé, le rapport entre coût de campagne et bénéfice attendu : en 2017-2018, la campagne a coûté 108 M€ mais aurait réduit les dépenses de soins de 155 M€ selon une étude de la CNAM, soit une économie nette de 46,5 M€. Un chiffre que l'IDEC peut mobiliser en interne pour argumenter le temps consacré à la campagne auprès de sa direction.

Un carnet de vaccination numérique encore sous-exploité

Depuis juin 2020, un carnet de vaccination électronique a été intégré au dossier médical partagé (DMP). L'outil existe donc, mais son taux de remplissage reste très faible : en octobre 2025, seuls 11 % des dossiers médicaux partagés (DMP) activés, consultables dans « Mon espace santé », comportaient une note de vaccination, principalement renseignée par les pharmaciens. Sur le terrain, cette faible alimentation se traduit souvent par l'absence de toute trace numérique partagée entre l'EHPAD et la médecine de ville pour les vaccinations réalisées en interne.

La Cour des comptes formule une recommandation précise pour corriger cette lacune : D’ici la fin 2028, le DMP et le système national des données de santé devront être alimentés par tous les vaccinateurs, ce qui suppose aussi une stratégie de reprise de l’historique de vaccinations. Le détail figure dans la synthèse complète du rapport. Pour l'IDEC, cette échéance dessine un horizon de travail concret : structurer dès maintenant la traçabilité des actes de prévention au sein de l'établissement facilite d'autant la bascule vers un DMP alimenté depuis l'EHPAD lui-même.

Mobiliser toute l'équipe soignante, pas seulement la pharmacie

Le rapport souligne un déséquilibre national dans qui vaccine aujourd'hui : Les pharmaciens réalisent désormais près de deux vaccinations contre la grippe sur trois mais les autres professionnels de santé et lieux de soins restent insuffisamment mobilisés. La Cour des comptes observe que la mobilisation des médecins, des sages-femmes et des infirmiers doit être intensifiée pour que la couverture vaccinale, qui est encore éloignée des objectifs fixés, augmente. Elle recommande également que la contribution des services de santé au travail et des services de santé destinés aux étudiants doit être renforcée et le potentiel des établissements de santé et des laboratoires de biologie médicale, largement inexploité, peut être mobilisé.

Ces constats nationaux prennent un relief particulier en EHPAD, où la situation des professionnels diverge nettement de celle des résidents. Une évaluation distincte de la Haute Autorité de Santé le confirme : la couverture vaccinale est élevée chez les résidents d’établissements d’hébergement pour personnes âgées, avec plus de 82 % de couverture vaccinale en EHPAD. À l'inverse, côté professionnels, la HAS constate qu'en EHPAD, la couverture vaccinale est en baisse. Elle est passée de 37,2 % en 2007-2008 à 24,2 % en 2024-2025. C'est précisément ce fossé entre résidents bien protégés et équipes insuffisamment vaccinées que le pilotage de l'IDEC doit contribuer à combler, en s'appuyant sur l'ensemble des métiers présents dans l'établissement plutôt que sur la seule pharmacie de ville.

Vers une obligation vaccinale pour les professionnels ? Ce qu'en dit la HAS

Un avis de la HAS, distinct du rapport de la Cour des comptes, alimente aussi le débat. Publié en juillet 2026, il porte sur l'opportunité d'une obligation vaccinale : la HAS recommande la mise en place d’une obligation vaccinale annuelle contre la grippe pour les professionnels et les élèves et étudiants énumérés ci-dessous pour lesquels cette vaccination est actuellement recommandée dans le calendrier vaccinal. Cette recommandation vise notamment les professionnels des établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées, en contact avec des personnes à risque de forme sévère de grippe. Il s'agit à ce stade d'une recommandation de la HAS et non d'un texte en vigueur : aucune obligation légale n'est aujourd'hui applicable à ce titre pour les équipes d'EHPAD.

La HAS complète ce tableau national des professionnels : chez les professionnels, la couverture vaccinale antigrippale demeure très insuffisante. Elle est stable entre 19 % et 22 % depuis 2021 en établissements de santé. De quoi nourrir, en interne, les temps de sensibilisation que l'IDEC organise avec l'équipe, par exemple à l'occasion des formations obligatoires déjà suivies par les soignants.

Le rapport pointe aussi une limite propre à l'organisation de la HAS elle-même : l’organisation actuelle de la Haute Autorité de santé, qui repose sur plusieurs commissions, ne permet pas d’évaluer simultanément le bénéfice médical, l’efficience et l’impact budgétaire de la stratégie vaccinale. Pour l'IDEC, ce constat rappelle que les recommandations disponibles sur le terrain proviennent de sources et de calendriers distincts, qu'il convient de croiser plutôt que de traiter isolément.

Ce que l'IDEC peut mettre en place dès cette saison

La Cour des comptes recommande enfin d'adapter la stratégie vaccinale 2025-2030 dans chaque région, en fixant des objectifs par territoire et par pathologie et en portant une attention accrue aux territoires où le taux de couverture vaccinale est le plus faible. Pour l'IDEC, cette régionalisation annoncée est un signal : les objectifs pourront varier localement, ce qui renforce l'intérêt de disposer d'indicateurs internes fiables plutôt que de s'en remettre aux seules moyennes nationales.

Sans attendre une éventuelle évolution réglementaire, plusieurs leviers relèvent directement du pilotage courant de l'IDEC :

  • Élargir, au sein de l'équipe, le cercle des professionnels en mesure d'informer et d'orienter vers la vaccination, au-delà du seul infirmier référent, en s'appuyant sur les compétences déjà acquises via les formations obligatoires ;
  • Tenir un registre interne systématique des actes de vaccination réalisés en établissement, pour limiter la perte d'information que pointe la Cour des comptes concernant le carnet numérique ;
  • Rappeler périodiquement, notamment à l'accueil de nouveaux soignants, les repères du métier d'IDEC en matière de coordination des campagnes de prévention, à mettre en regard des procédures de l'établissement ;
  • Documenter, à l'attention de la direction, le rapport entre l'investissement consenti pour la campagne et le bénéfice attendu en hospitalisations évitées ;
  • Anticiper, dès la préparation de la campagne, les échanges avec le médecin coordonnateur et les médecins traitants intervenant en établissement, pour élargir le cercle des vaccinateurs au-delà de la seule pharmacie de ville.

Au-delà de la seule saison en cours, ces pratiques préparent aussi l'établissement à l'échéance annoncée pour l'alimentation systématique du DMP par tous les vaccinateurs : plus la traçabilité interne est rigoureuse dès aujourd'hui, plus la bascule vers un carnet numérique partagé sera simple le moment venu.

Sources officielles