Un kit régional pour préparer la campagne de vaccination
Chaque année, l'automne rime avec la même question dans les couloirs des établissements : comment organiser la vaccination des résidents et des équipes sans que cela ne vire au casse-tête logistique. l'ARS Île-de-France déploie un kit pratique dédié à la vaccination en établissement sanitaire et médico-social, avec l'ambition affichée d'en simplifier l'organisation.
Le contexte sanitaire justifie cette mobilisation régionale : l'épidémie de grippe a été particulièrement marquée en France par un fort impact hospitalier et une hausse importante de la mortalité en début d'année, selon Santé publique France. Face à ce constat, l'ARS Île-de-France met à disposition son kit régional de prévention des infections respiratoires hivernales, destiné à accompagner concrètement les équipes sur le terrain.
Une couverture vaccinale encore loin de l'objectif fixé
Le constat chiffré qui motive cette initiative régionale est sans détour : une couverture vaccinale estimée à 49,6 % chez les personnes à risque ciblées par la vaccination, la marge de progression reste importante pour atteindre l'objectif de 75 % fixé par l'OMS. C'est précisément cet écart que le kit régional entend combler, en donnant aux équipes des outils directement mobilisables plutôt que de simples recommandations théoriques.
L'ARS Île-de-France présente d'ailleurs son support ainsi : Un kit pratique, concret et facilement utilisable pour organiser les campagnes de vaccination, renforcer les mesures de prévention et mobiliser professionnels, résidents, familles et intervenants. Une formulation qui résume bien l'enjeu pour l'IDEC : passer d'une obligation de moyens diffuse à une méthode outillée, partagée par toute l'équipe.
Ce que contient concrètement le kit régional
Le kit se structure en plusieurs volets complémentaires, chacun correspondant à une étape ou à un public de la campagne. Sur le plan organisationnel, deux fiches distinctes couvrent les deux populations concernées :
- Fiche1. Organisation de la vaccination des résidents
- Fiche 2. Organisation de la vaccination des personnels
- Fiche 3. Recueil des indicateurs
- Fiche 4. Mesures barrières
- Fiche 5. Communication
À ces cinq fiches s'ajoutent des outils de suivi pensés pour le pilotage quotidien de la campagne, ainsi qu'un support destiné à tracer les refus :
- Annexe 1. Tableau de suivi des cas infections respiratoires aiguës
- Annexe 2. Tableau de suivi vaccination antigrippale
- Questionnaire refus de vaccination contre la grippe
Pour l'IDEC, cette architecture en fiches et annexes a le mérite de séparer clairement ce qui relève de l'organisation (résidents, personnels), du suivi épidémiologique et de la communication — trois registres souvent mélangés dans les circulaires internes des établissements. Le déploiement de ces outils peut d'ailleurs s'articuler avec les procédures déjà en place dans l'établissement, plutôt que de créer un document isolé de plus.
Vaccination des professionnels : la position de la HAS
Le kit régional intervient dans un contexte réglementaire mouvant. Un mois plus tôt, la Haute Autorité de Santé s'est prononcée sur l'obligation vaccinale contre la grippe : la HAS considère que la vaccination antigrippale pour les personnes de 65 ans et plus vivant en collectivité doit rester recommandée sans devenir obligatoire. Autrement dit, pour les résidents eux-mêmes, la vaccination demeure une démarche fondée sur l'adhésion et l'information, pas sur la contrainte — ce qui replace le questionnaire de refus du kit régional au cœur de la pratique de l'IDEC.
La position de la HAS est en revanche différente s'agissant des équipes. La HAS recommande la mise en place d'une obligation vaccinale annuelle contre la grippe, d'une part, pour l'ensemble des professionnels de santé (salariés et/ou libéraux), avec une extension aux autres professionnels d'ESMS en contact avec des personnes à risque. Cette recommandation s'appuie sur un constat de terrain préoccupant : les couvertures vaccinales antigrippales des professionnels n'augmentent pas et restent largement insuffisantes (20 % en établissement de santé et 21 % en Ehpad au cours de la saison 2024-2025).
C'est justement en Ehpad que l'enjeu est jugé le plus critique par la HAS : La HAS recommande le déploiement prioritaire de cette obligation dans les Ehpad et dans les unités de soins de longue durée (USLD) compte tenu de la vulnérabilité particulière des personnes hébergées en raison de leur âge (75% des résidents ont 75 ans et plus). Une priorisation qui replace directement l'IDEC en première ligne, puisque c'est souvent elle qui pilote le suivi vaccinal des équipes au quotidien, aux côtés du rôle d'encadrement infirmier propre à sa fonction.
Pourquoi la vaccination des équipes pèse autant
Les chiffres avancés par la HAS pour justifier sa position donnent la mesure de l'enjeu sanitaire. Elle a ainsi été à l'origine d'environ 53 000 hospitalisations dont 26 500 chez les 65 ans et plus en 2023-2024, et de 92 000 hospitalisations et d'un excès de mortalité d'environ 17 000 décès en 2024-2025. Un impact qui touche très majoritairement les personnes âgées : Neuf décès sur dix concernent des personnes de 65 ans et plus, et principalement celles de 75 ans et plus, soit très exactement le public accompagné au quotidien dans les établissements pour personnes âgées.
Dans ce contexte, la vaccination des professionnels n'est pas seulement une protection individuelle : elle constitue un rempart contre la transmission aux résidents les plus fragiles, ce que rappellent d'ailleurs les fiches « mesures barrières » et « communication » du kit régional.
Le cadre légal existant pour les professionnels
Au-delà des recommandations de la HAS, une obligation vaccinale préexiste déjà pour une partie des professionnels exerçant auprès des personnes âgées. Le code de la santé publique définit ainsi le professionnel concerné : Une personne qui, dans un établissement ou organisme public ou privé de prévention de soins ou hébergeant des personnes âgées, exerce une activité professionnelle l'exposant ou exposant les personnes dont elle est chargée à des risques de contamination. Ce même texte précise que cette personne doit être immunisée contre l'hépatite B, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la grippe.
Ce socle légal donne tout son sens aux recommandations récentes de la HAS : il ne s'agit pas de créer une obligation ex nihilo, mais d'en clarifier le périmètre et la fréquence annuelle pour la grippe, en priorité dans les structures accueillant les publics les plus âgés. Pour l'IDEC, cela signifie vérifier que les obligations de formation et de mise à jour vaccinale des équipes sont bien intégrées au parcours d'intégration des nouveaux professionnels, et pas seulement rappelées une fois par an au moment de la campagne.
Calendrier de la campagne et suivi national
Sur le plan calendaire, la dernière campagne donne une idée du rythme à anticiper : Lors de la saison hivernale 2025-2026, les campagnes de vaccination contre la grippe et contre la Covid-19 ont de nouveau été menées de manière conjointe, comme il en a été acté dans le DGS Urgent n° 2025_26, et Les campagnes de vaccination contre ces virus ont débuté le 14 octobre 2025 pour toutes les personnes ciblées par les recommandations. De quoi caler, dès la rentrée, le rétroplanning de commande des vaccins, d'information des familles et de recueil des consentements.
Le pilotage de cette politique vaccinale s'appuie également sur une enquête nationale de couverture vaccinale menée par Santé publique France : Cette enquête a lieu du 2 au 22 mars 2026, et Les données de l'enquête de couverture vaccinale contre la grippe et contre la Covid-19 en ESMS seront disponibles sur cette page en début d'automne 2026. Ces résultats permettront de mesurer, établissement par établissement, l'effet réel du déploiement du kit régional sur le terrain.
Ce que l'IDEC peut mettre en place dès maintenant
Concrètement, l'appropriation de ce kit régional peut suivre une logique en trois temps pour l'IDEC.
Organiser la campagne en interne
La première étape consiste à répartir les rôles entre les fiches « résidents » et « personnels » du kit, en s'appuyant sur les circuits déjà connus de l'équipe : recueil du consentement, planification des créneaux avec le médecin coordonnateur, information des familles. C'est l'occasion de revoir, si besoin, les outils pratiques déjà utilisés par l'équipe soignante pour ne pas multiplier les supports.
Tracer les indicateurs et les refus
Les deux tableaux de suivi du kit (cas d'infections respiratoires et vaccination antigrippale) offrent une base commune de traçabilité, utile en cas de contrôle comme pour le pilotage interne. Le questionnaire de refus, de son côté, permet de documenter les motifs de non-vaccination des résidents sans jamais transformer une recommandation en obligation déguisée — un point de vigilance direct à intégrer aux transmissions.
Mobiliser les équipes autour de la communication
La fiche « communication » du kit régional cible un public souvent oublié dans les plans de vaccination classiques : les professionnels eux-mêmes. Compte tenu des recommandations de la HAS sur l'obligation vaccinale des équipes, il est utile d'anticiper les temps d'information et d'échange, plutôt que de découvrir la question lors du lancement de la campagne. Ce travail de sensibilisation s'inscrit naturellement dans le rôle d'encadrement de l'IDEC.
Sources officielles
- Kit pratique vaccination en établissement (ARS Île-de-France)
- Position sur l'obligation vaccinale contre la grippe (Haute Autorité de Santé)
- Étude de couverture vaccinale grippe et Covid-19 en établissements sociaux et médico-sociaux (Santé publique France)
- Article du code de la santé publique sur l'obligation vaccinale des professionnels (Légifrance)
