Un rapport Cnam qui remet la prévention vaccinale au centre du jeu

Pour l'IDEC, le calendrier vaccinal des résidents fait partie des dossiers qui reviennent chaque automne, entre la campagne grippe et les rattrapages ponctuels. Le rapport annuel de la Cnam vient rebattre ces cartes en y ajoutant explicitement le pneumocoque, un pathogène moins spontanément identifié par les équipes que la grippe ou le Covid, mais dont le poids sanitaire chez les personnes âgées reste considérable. Chaque été, la Caisse nationale de l'Assurance Maladie (Cnam) présente son rapport « Charges et produits », qui dresse un état des lieux des dépenses de santé et formule des pistes d'évolution pour l'année suivante. Ce rapport a été présenté le 02 juillet 2026 et il sera soumis le 9 juillet au vote du Conseil de la Cnam. Il s'articule autour de trois priorités : la prévention, le parcours de soin et le juste soin au juste prix, dans un contexte où l'Assurance Maladie formule des pistes d'économies d'un montant de 3,9 milliards d'euros pour l'année 2027.

Parmi les mesures de prévention mises en avant, le rapport propose de déployer une campagne de vaccination contre les pneumocoques chez les personnes âgées, mais aussi de rendre la vaccination contre la grippe obligatoire en EHPAD et pour les professionnels de santé en établissement de santé, et d'engager une extension du nombre de professionnels de santé et d'établissements de santé en capacité de vacciner. Retrouvez le détail de ces propositions dans les 40 propositions de l'Assurance Maladie pour l'avenir du système de santé.

Un constat chiffré qui justifie l'alerte

Le choix de cibler le pneumocoque n'a rien d'anodin. Selon la Cnam, les infections à pneumocoque provoquent environ 250 000 hospitalisations et plusieurs milliers de décès par an chez les personnes âgées, pour un coût estimé entre 2,7 et 3,4 milliards d'euros chaque année. Un poids sanitaire et financier d'autant plus préoccupant que la population des EHPAD est structurellement fragile : plus de la moitié des résidents (55 %) sont en forte perte d'autonomie (GIR 1 ou 2), ce qui les expose davantage aux complications infectieuses.

Les données de la Haute Autorité de santé confirment ce constat. Les complications cardio-pulmonaires sont la deuxième cause d'hospitalisation des résidents en EHPAD après les chutes, avec environ un tiers des hospitalisations non programmées, et une plus grande dépendance du résident ou une vaccination antipneumococcique sont associées à moins d'hospitalisations. Un argument de poids pour l'IDEC qui pilote les protocoles de prévention déjà déployés en EHPAD.

Un cadre juridique déjà renforcé pour l'infirmier vaccinateur

La proposition de la Cnam ne part pas de rien : depuis le lendemain de la publication de l'arrêté pris en application du I de l'article L. 4311-1 du code de la santé publique, et au plus tard le 30 juin 2026, un nouveau texte a considérablement élargi les compétences vaccinales des infirmiers. L'arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des actes et soins pouvant être réalisés par les infirmiers diplômés d'État autorise désormais l'IDE à procéder à l'administration de l'ensemble des vaccins mentionnés dans le calendrier des vaccinations en vigueur aux personnes âgées de onze ans et plus — une liste qui inclut de fait le pneumocoque. Le même texte confirme l'administration des vaccins contre la grippe saisonnière aux personnes âgées de onze ans et plus et l'administration des vaccins contre la covid-19 aux personnes âgées de cinq ans et plus.

Point important pour l'organisation en établissement : ces consultations peuvent être réalisées en établissement de santé, en établissement médico-social, en cabinet libéral, au domicile du patient ou dans toute autre structure autorisée à dispenser des soins infirmiers, ce qui couvre le périmètre des EHPAD.

Ce que recommande la HAS sur le pneumocoque, au-delà de l'annonce de la Cnam

Contrairement à d'autres pays, il n'y a pas de recommandation pour une vaccination systématique chez les plus de 65 ans et plus, elle est recommandée dans un certain nombre de pathologies chroniques dont l'insuffisance respiratoire, l'insuffisance cardiaque, fréquentes chez les résidents. La HAS précise d'ailleurs que la vaccination antipneumococcique n'est pas efficace sur les infections non systémiques et ne diminue pas le portage rhinopharyngé : sa protection reste individuelle, ce qui justifie une approche ciblée plutôt qu'une généralisation aveugle. Sur le plan organisationnel, elle devrait être proposée lors de l'admission d'un résident en EHPAD — un jalon que l'IDEC peut d'ores et déjà intégrer au parcours d'entrée, aux côtés du bilan de santé initial que pilote l'infirmier coordinateur.

Sur la grippe, dont le circuit vaccinal est proche, la HAS rappelle que la couverture vaccinale des personnes à risque en France reste toujours éloignée de l'objectif de 75 % fixé par l'Organisation Mondiale de la santé, alors que la couverture vaccinale des résidents est très hétérogène mais apparaît élevée (74 % en 2009-2010) en collectivités de personnes âgées. Cet écart entre professionnels et résidents illustre l'intérêt du référent vaccination, personnel médical ou paramédical susceptible de fournir des informations sur la vaccination, y compris la vaccination antigrippale — une fonction que l'IDEC peut endosser ou confier en interne.

Ce que l'IDEC peut préparer dès maintenant

La proposition de la Cnam n'est pas encore une mesure opposable : elle devra être arbitrée par les pouvoirs publics avant tout déploiement financé. Mais elle s'inscrit dans une tendance déjà engagée par l'arrêté du 26 juin 2026, et rien n'empêche l'IDEC d'anticiper. Trois chantiers concrets se dégagent :

  • Recenser le statut vaccinal antipneumococcique des résidents à l'admission, en lien avec le médecin coordonnateur, pour identifier les profils à risque (insuffisance respiratoire, cardiaque, antécédents de pneumopathie) ;
  • Vérifier que les habilitations et formations des infirmiers de l'équipe sont à jour au regard du nouveau périmètre de prescription et d'administration vaccinale issu de l'arrêté du 26 juin 2026 ;
  • Formaliser, avec l'appui d'outils de traçabilité vaccinale, un protocole écrit associant campagne grippe et rattrapage pneumocoque, pour ne pas dépendre d'une seule fenêtre de vaccination annuelle.

La couverture vaccinale des résidents reste un indicateur suivi de près par les autorités sanitaires, dans un contexte où le pneumocoque provoque environ 250 000 hospitalisations et plusieurs milliers de décès par an chez les personnes âgées en France. Anticiper cette proposition, c'est aussi se donner une longueur d'avance si elle devait être confirmée par les textes réglementaires en 2027.

Pour l'IDEC, l'enjeu n'est pas seulement médical : c'est aussi un enjeu d'organisation. Une campagne de vaccination antipneumococcique bien construite suppose de synchroniser plusieurs acteurs — médecin coordonnateur, médecin traitant, pharmacie à usage intérieur ou officine de ville, équipe infirmière — autour d'un même calendrier. En s'appuyant dès maintenant sur le cadre élargi de prescription et d'administration ouvert aux infirmiers, l'établissement peut construire un circuit plus fluide, sans attendre qu'une éventuelle obligation réglementaire ne l'impose dans l'urgence. C'est aussi l'occasion de documenter, dans le dossier de chaque résident, le statut vaccinal antipneumococcique au même titre que le statut vaccinal grippal, pour objectiver le travail de prévention déjà mené par les équipes.

Sources officielles