Un nouveau service ouvert aux professionnels des EHPAD
Depuis juin dernier, un service de télé-expertise en gériatrie propose la télé expertise en gériatrie aux médecins, infirmiers coordinateurs ou infirmiers de pratiques avancées (IPA) des EHPAD de son secteur. Ce dispositif s'appuie sur la plateforme TELMI portée par l'Agence Régionale de Santé et le GRADeS, Groupement Régional d'Appui au Développement de la e-santé, en Bourgogne-Franche-Comté.
Cette nouvelle offre, qui vise à répondre à des besoins importants à l'échelle du territoire, est disponible sur la plateforme TELMI portée par l'ARS et le GRADeS, et garantissant aux professionnels intéressés des échanges sécurisés et tracés. Pour les infirmiers coordinateurs, c'est un outil de plus pour sécuriser une décision clinique sans attendre une consultation spécialisée en présentiel, en particulier dans les secteurs où l'accès à un avis gériatrique reste difficile. Le principe reste le même que pour toute télé-expertise : le professionnel présent auprès du résident décrit la situation, transmet les éléments cliniques utiles, puis reçoit l'avis d'un confrère spécialisé sans que ce dernier ne se déplace ni que le résident ne quitte l'établissement.
Les situations cliniques concernées par ce recours à distance
Le recours à cette télé-expertise gériatrique vise des situations fréquentes en EHPAD, au premier rang desquelles des troubles du comportement nécessitant un ajustement du traitement, des questions sur des thérapeutiques, des problématiques motrices ou encore de nutrition du sujet âgé. Ces sujets recoupent directement les enjeux du circuit du médicament et les questions de compétences infirmières régulièrement rencontrées par les IDEC au quotidien, notamment lorsqu'un ajustement thérapeutique doit être discuté sans délai avec un confrère. Dans bien des situations, l'infirmier coordinateur ou l'infirmier en pratique avancée est le premier interlocuteur capable de qualifier précisément la situation avant de solliciter l'avis à distance : décrire l'évolution du comportement du résident, la chronologie des symptômes, les traitements déjà tentés ou les habitudes alimentaires devenues problématiques. Cette capacité à formaliser une situation clinique complexe conditionne directement la qualité de la réponse obtenue par téléexpertise.
Une croissance mesurée à l'échelle régionale
Ce dispositif régional connaît une progression marquée — des chiffres qui ne concernent que la plateforme TELMI de Bourgogne-Franche-Comté et qui ne sauraient être extrapolés à l'ensemble du territoire national. Sur l'ensemble de la plateforme, environ 40 000 actes qui ont ainsi été réalisés, soit 45 % de plus qu'en 2024. La dynamique se poursuit dans cette même région : l'ARS observe une augmentation de plus de 30 % des usages en 2026 par rapport à la même période 2025, dans la continuité d'un nombre d'actes en hausse de 30 à 40% chaque année. Cette trajectoire illustre l'appropriation progressive de l'outil par les professionnels de ce secteur régional, bien au-delà du seul champ de la gériatrie.
De nombreuses spécialités désormais accessibles
Plus de trente spécialités sont désormais accessibles sur la plateforme régionale TELMI. Les spécialités médicales qui génèrent le plus d'activité sont la dermatologie, la cardiologie et la neurologie, l'endocrinologie, le dépistage de la rétinopathie diabétique et l'infectiologie. Ce développement s'inscrit dans une dynamique engagée de longue date par l'agence régionale, qui se mobilise depuis plusieurs années avec le relais opérationnel du Groupement régional d'appui au développement de la e-santé (GRADeS). De façon plus large, proposer la télé expertise sur l'ensemble des territoires de Bourgogne-Franche-Comté, aussi bien aux cabinets de ville, maisons de santé, EHPAD, structures pour personnes handicapées… fait partie des priorités de l'ARS, ce qui explique l'ouverture progressive à de nouveaux publics comme les IDEC et les IPA exerçant en EHPAD.
Un soutien financier ciblé sur les territoires fragiles
Au-delà de l'ouverture aux EHPAD, l'agence régionale met en avant un mécanisme de soutien spécifique aux zones les plus isolées : L'ARS apporte un soutien financier inédit en France pour accompagner le développement de la télésanté au bénéfice de la population des territoires les plus fragiles, avec un forfait complémentaire à la facturation par l'Assurance Maladie pour les experts qui rendent des avis concernant des patients résidant dans ces zones. Ce mécanisme, propre au dispositif régional bourguignon-franc-comtois, vise à inciter les experts à répondre plus volontiers aux sollicitations venues des zones sous-denses de la région, un enjeu qui concerne directement les EHPAD implantés en dehors des grands pôles hospitaliers.
Le cadre national de la HAS sur la téléexpertise en EHPAD
Indépendamment de ce dispositif régional, la Haute Autorité de santé a posé un cadre de bonnes pratiques applicable à tout établissement, dont les EHPAD. Elle cite explicitement la téléconsultation depuis une maison de santé ou un établissement d'hébergement pour personne âgée dépendante parmi les situations couvertes par ce cadre. Elle rappelle également que la présence d'un professionnel de santé auprès de votre patient permettra de lever certains freins liés à l'examen physique à distance, un point clé pour les infirmiers coordinateurs qui accompagnent le résident pendant l'échange à distance avec l'expert sollicité. La HAS définit la téléexpertise en ces termes : La téléexpertise vous permet de solliciter à distance un ou plusieurs confrères, en raison de leur formation ou de leurs compétences particulières. Elle précise enfin que le recueil du consentement éclairé du patient est obligatoire, une exigence à intégrer dans les procédures internes de l'établissement avant toute sollicitation d'un avis à distance. Pour le détail de ce cadre, consulter le guide de la Haute Autorité de santé sur la téléconsultation et la téléexpertise.
Les perspectives annoncées par l'ARS
En 2026, la Bourgogne-Franche-Comté poursuivra son ambition de renforcer et d'élargir l'offre régionale de télémédecine. Est notamment annoncée l'intégration de nouvelles spécialités médicales, en particulier pour des disciplines fortement sollicitées par les professionnels de ville et confrontées à des tensions d'accès aux soins, telles que l'hépato-gastro-entérologie et la néphrologie. Ces annonces confirment que l'extension de l'offre régionale de télé-expertise, y compris pour la gériatrie, reste un chantier en cours plutôt qu'un dispositif figé.
Ce que ce dispositif change pour les IDEC
Pour les infirmiers coordinateurs et les infirmiers en pratique avancée, ce type de dispositif régional illustre une tendance de fond : la télé-expertise devient un outil courant de sécurisation des décisions cliniques en EHPAD, en complément — et non en remplacement — du rôle de coordination. Elle ne dispense pas l'IDEC de son rôle auprès du résident et de l'équipe soignante, mais vient outiller son expertise clinique au quotidien, en particulier sur les troubles du comportement, les ajustements thérapeutiques ou les questions de nutrition du sujet âgé. Ces situations recoupent aussi les enjeux abordés dans nos formations dédiées et nos outils pratiques pour les équipes d'EHPAD, ainsi que dans nos contenus sur les compétences attendues d'un infirmier coordinateur. À mesure que ces plateformes régionales de télésanté se développent, la capacité de l'IDEC à orienter une situation clinique vers le bon canal — avis à distance, consultation spécialisée classique, ou hospitalisation — devient une compétence à part entière, au croisement du soin et de l'organisation. Elle suppose aussi une bonne connaissance des circuits internes : qui, dans l'équipe, peut solliciter la plateforme régionale, quelles informations doivent être préparées en amont, et comment tracer l'avis reçu dans le dossier du résident. Ce sont autant de points à intégrer dans les protocoles internes de l'établissement, au même titre que les autres procédures de sécurisation des soins.
