Des conditions de travail sous pression : ce que les données officielles confirment

L'usure professionnelle des soignants en EHPAD n'est pas un ressenti subjectif — c'est une réalité documentée par les travaux de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES). L'enquête a été menée de façon qualitative, au moyen d'entretiens individuels et collectifs, avec des soignants travaillant dans 30 EHPAD différents. Au total, 340 personnes, dont environ 90% de femmes, ont été rencontrées. Le diagnostic est sans détour : Aux dires des personnels soignants, travailler en EHPAD est difficile, aussi bien physiquement que psychiquement, et la charge mentale y est importante.

L'organisation elle-même est structurellement en tension. L'organisation du travail est souvent en tension et peut être source de dégradations des conditions de travail. La DREES identifie trois grandes évolutions qui ont alourdi cette réalité : amplification des tâches sanitaires au détriment du relationnel, renforcement des exigences de qualification des professionnels et du contrôle qualité, exigence accrue des résidents. Ces facteurs s'alimentent mutuellement : plus les actes soignants occupent les plannings, moins il reste de temps pour le lien humain qui donne du sens au travail.

Au cœur de cette pression, les soignants décrivent un faisceau de facteurs de risques psychosociaux : sentiment d'impuissance et de culpabilité, risques de violences verbales et physiques, surcharge de travail, demandes contradictoires, impossibilité de faire son travail dans le temps imparti, travail en effectif restreint. La charge mentale à laquelle sont soumis les professionnels en EHPAD est importante : on peut notamment souligner les enjeux en termes de stress, de relations conflictuelles avec les usagers et leurs proches.

Des indicateurs d'alerte objectifs

Au-delà des témoignages, les indicateurs quantitatifs confirment la fragilité du secteur. le taux d'absentéisme pour raisons de santé moyen en EHPAD serait 1,3 fois plus important que la moyenne constatée dans le secteur de la santé. l'indice de fréquence des accidents du travail serait deux fois supérieur à la moyenne nationale toutes activités confondues. Ces chiffres illustrent l'intensité physique d'un métier exercé majoritairement par des femmes, cohérent avec la composition des équipes soignantes EHPAD.

L'alourdissement de la charge résulte aussi de l'évolution du profil des résidents. 80 % des résidents ont 80 ans ou plus en 2011, entrant plus tardivement en institution (84 ans et 9 mois en 2011 contre 83 ans et 10 mois en 2007). Le niveau de dépendance a suivi la même trajectoire : la part des GIR 1-4 est passée de 84 % à 89 % entre 2007 et 2011, celle des GIR 1-2 de 51 % à 55 %. le GMP moyen s'établissant à 700 en 2011 contre 663 en 2007. À cette dépendance physique s'ajoute la charge cognitive : 42 % des résidents en EHPAD ont été diagnostiqués comme souffrant d'une pathologie démentielle, soit environ 240 000 personnes, selon les données de l'enquête EHPA 2007 de la DREES.

La principale conséquence des évolutions du public et des modes d'organisation durant la période récente est l'intensification des cadences qui apparaît, sans augmentation importante des moyens humains. La DREES précise encore : La durée de séjour moyenne, stable entre 2007 et 2011, est de 2 ans et demi — ce qui signifie un renouvellement régulier des résidents, autant de situations de fin de vie à accompagner et d'adaptations relationnelles à reconstruire.

Ce contexte n'empêche pas l'engagement : Les professionnels restent toutefois le plus souvent fortement engagés dans leur travail, tant professionnellement que personnellement. Des mécanismes de solidarité sont notamment mis en oeuvre pour pallier certaines difficultés, mais restent fragiles. C'est précisément cette solidarité qui risque de s'effondrer si aucun mécanisme institutionnel ne vient la soutenir.

Le CREP : qu'est-ce que ce dispositif ANFH ?

C'est dans ce contexte que l'ANFH a développé le CREP. le dispositif CREP (Construire et réussir son évolution professionnelle), initié il y a 4 ans en Pays de la Loire, se renouvelle afin de mieux répondre aux besoins des établissements et des agents. Son positionnement est explicite : l'accompagnement des parcours d'évolution professionnelle des agents au sein de la fonction publique hospitalière est un réel enjeu de prévention de l'usure professionnelle.

La philosophie du CREP repose sur une idée simple : un soignant qui souffre dans son poste actuel, mais qui peut réfléchir à une évolution professionnelle construite et soutenue, reprend de la perspective. Ce n'est pas un dispositif de traitement psychologique — c'est un outil d'accompagnement de parcours, qui part du principe que l'usure se prévient aussi par la mobilité et le développement des compétences.

Sur le plan financier, Le dispositif est entièrement financé sur les fonds mutualisés de l'ANFH, ce qui signifie qu'il n'engage aucun budget spécifique de l'établissement ni de l'agent. Pour un secteur sous contrainte budgétaire forte, c'est un argument non négligeable.

La nouvelle formule 2026 : ce qui change et comment y accéder

La nouvelle formule du CREP fait l'objet d'une présentation officielle. Les objectifs du dispositif CREP revisité — La présentation des modules — Les modalités de déploiement sur les territoires — Temps d'échanges dédié à vos questions seront au programme lors d'une visioconférence qui se tient mardi 9 juin de 14h à 16h.

Pour l'IDEC qui souhaite se positionner, cette visioconférence est une première étape concrète : elle permet de comprendre les modules proposés et d'évaluer comment les proposer aux agents qui en auraient le plus besoin — IDE en souffrance, aides-soignants en fin de carrière, agents évoquant une reconversion. Consulter l'annonce ANFH Pays de la Loire pour les modalités d'inscription.

À noter : le CREP est pour l'instant déployé en Pays de la Loire. Sa diffusion vers d'autres régions dépendra des dynamiques régionales ANFH — certaines délégations régionales développent des dispositifs analogues sous d'autres intitulés.

Ce que l'IDEC peut mobiliser pour ses équipes

Le rôle de l'IDEC dans la prévention de l'usure professionnelle est à la fois managérial et institutionnel. Il ne se limite pas à identifier les soignants en difficulté — il consiste à connaître les dispositifs disponibles et à les activer au bon moment. Voici ce qui est mobilisable dans la FPH :

  • Le CREP (Pays de la Loire) : pour les agents en questionnement sur leur parcours ou présentant des signes d'épuisement, le CREP offre un accompagnement structuré vers une évolution professionnelle choisie. Contact : délégation ANFH régionale.
  • Le bilan de compétences : Plus de 5 159 bilans de compétences financés par l'ANFH en 2025. Outil plus individuel que le CREP, il permet à un agent de faire le point sur ses compétences et son projet professionnel, en dehors d'une situation d'urgence.
  • Les études promotionnelles : Plus de 22 194 dossiers Études Promotionnelles sont en cours de réalisation en 2025, permettant à des aides-soignants de préparer le DE infirmier ou à des IDE de s'engager vers un master.
  • Le plan de formation : 83 % des départs en formation en 2025 concernent des femmes, ce qui reflète la composition majoritairement féminine des équipes soignantes EHPAD. Avec un taux d'accès de 55,8 % dans la FPH en 2025 et 1 112 000 (+4,3%) départs en formation au titre de l'agrément Plan, l'ANFH offre un levier important pour proposer des formations revitalisantes — nouvelles compétences, prise en charge de pathologies spécifiques, techniques de soin innovantes.

Ces dispositifs ciblent les équipes soignantes que la DREES décrit comme étant au cœur des enjeux EHPAD : Quatre métiers soignants sont placés au cœur de cette étude : infirmiers, aides-soignants, aides médico-psychologiques et auxiliaire de vie sociale, soit précisément les équipes que l'IDEC coordonne au quotidien.

Intégrer la prévention de l'usure dans la politique RH de l'établissement

Au-delà des outils individuels, la prévention de l'usure professionnelle relève d'une politique d'établissement que l'IDEC peut contribuer à structurer. Plusieurs leviers sont à la portée d'un cadre de proximité :

  • Actualiser le DUERP : le Document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) doit intégrer les risques psychosociaux. L'IDEC peut alimenter cette évaluation avec les remontées d'équipe et les indicateurs d'absentéisme.
  • Mettre en place des temps de régulation d'équipe : les analyses de pratiques, les debriefings après décès difficiles ou situations de crise, les espaces de parole encadrés réduisent la charge émotionnelle non traitée.
  • Détecter précocement : absentéisme répété, irritabilité, isolement, erreurs inhabituelles — ces signaux précèdent souvent l'épuisement déclaré. L'IDEC qui les repère et qui connaît les dispositifs disponibles peut orienter rapidement vers le bon interlocuteur.

Les formations obligatoires en EHPAD incluent désormais des modules sur la prévention des RPS et la gestion du stress. Les intégrer au plan de formation est une première étape concrète, complémentaire aux dispositifs ANFH. Retrouvez également nos outils pratiques pour l'IDEC pour structurer vos démarches de prévention.

Sources officielles