Un avis très attendu vient de trancher un débat vieux de plusieurs années. Dans un texte publié cet été, la Haute Autorité de santé recommande une nouvelle obligation vaccinale pour une partie des professionnels intervenant auprès des personnes âgées, tout en refusant d'étendre cette contrainte aux résidents eux-mêmes. Pour l'IDEC, ce document fixe d'ores et déjà le cadre dans lequel devra s'organiser la campagne antigrippale 2026-2027.
Une saisine ministérielle qui remonte à plusieurs mois
L'avis ne sort pas de nulle part. Le Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) pour évaluer la pertinence d'une obligation vaccinale contre la grippe saisonnière pour les professionnels de santé libéraux, les personnels des établissements de santé et médico-sociaux. Cette saisine s'inscrivait dans un travail d'évaluation mobilisant un groupe d'experts externes, de mener des auditions d'experts et/ou d'institutions (notamment en éthique, ainsi que des fédérations hospitalières, et des organismes du champs médico-social), et de mener une consultation publique, dont la note de cadrage avait posé les termes dès l'automne 2025.
Le sujet n'était pas neuf pour la HAS. Dans un rapport antérieur, l'autorité justifiait encore le maintien d'une simple recommandation par l'efficacité inconstante selon les années de la vaccination antigrippale ; et l'insuffisance des données disponibles à ce jour sur le fardeau de la grippe nosocomiale, tout en reconnaissant que la HAS regrette en premier lieu la faible couverture vaccinale des professionnels, de l'ordre de 22 à 25,9% en 2021-2022.
Ce que change concrètement le nouvel avis
La bascule est nette. La HAS recommande le déploiement prioritaire de cette obligation dans les Ehpad et dans les unités de soins de longue durée (USLD), avec un périmètre professionnel large : l'ensemble des professionnels de santé (salariés et/ou libéraux), d'autre part, pour les autres professionnels des établissements de santé et des établissements médico-sociaux hébergeant des personnes âgées, en contact avec des personnes à risque. Le champ inclut également les élèves et étudiants des filières médicales et paramédicales, ce qui concerne directement les stagiaires accueillis en EHPAD.
À l'inverse, pour les résidents, la position reste inchangée dans son principe : la HAS ne recommande pas la mise en place d'une obligation vaccinale antigrippale annuelle chez les personnes âgées de 65 ans et plus résidant en collectivité. La justification n'est pas seulement sanitaire, elle est aussi éthique : les exigences éthiques encadrant le recours à une obligation vaccinale, lorsque celle-ci concerne des résidents en Ehpad, établissements constituant de véritables lieux de vie, ont aussi été prises en considération. Un choix facilité, il est vrai, par le terrain : le taux de couverture vaccinale déjà élevé des personnes de 65 ans et plus résidant en collectivité (82,7 %) pèse dans la balance. Reste que la vaccination des professionnels contribue à protéger les résidents, en réduisant les infections respiratoires et la mortalité — c'est bien cet effet indirect qui fonde l'obligation côté personnel.
Point de vigilance pour les équipes d'encadrement : à la date de cet article, aucun décret d'application ni calendrier réglementaire n'a été identifié dans les textes publiés par la HAS. L'avis relève de la recommandation ; sa traduction en obligation opposable suppose un texte réglementaire du gouvernement, dont ni la date ni le contenu ne sont encore connus.
Un fardeau épidémiologique que la HAS chiffre précisément
Pour étayer sa position, l'avis s'appuie sur des données lourdes. 92 000 hospitalisations et d'un excès de mortalité d'environ 17 000 décès en 2024-2025 ont été recensés, une saison particulièrement marquée. La saison précédente n'était pas anodine non plus : 53 000 hospitalisations dont 26 500 chez les 65 ans et plus en 2023-2024. Les données de Santé publique France confirment la surexposition des aînés : 4 546 (92%) des personnes âgées de 65 ans ou plus figurent parmi les décès liés à la grippe en 2024-2025, et 1 861 (1,2%) l'ont été avec une mention de grippe comme affection morbide ayant directement provoqué ou contribué au décès la saison précédente. Plus largement, un enjeu de santé publique du fait des épidémies saisonnières annuelles qui touchent chaque année de deux à six millions de personnes en France, avec une surmortalité importante chez les sujets âgés de 65 ans et plus justifie, selon la HAS, cette vigilance renforcée. Et neuf décès sur dix concernent des personnes de 65 ans et plus, et principalement celles de 75 ans et plus — soit très précisément le public accueilli en EHPAD.
Une couverture professionnelle en berne, malgré les alertes répétées
C'est sans doute l'argument le plus difficile à contester pour les équipes de coordination : la vaccination des professionnels reste très minoritaire. La couverture vaccinale des professionnels exerçant en Ehpad, insuffisante depuis de nombreuses années (21 % en 2024-25), reste le point noir de l'avis. L'étude de Santé publique France sur les couvertures en établissements sociaux et médico-sociaux confirme la tendance : 21,0 % [20,4 – 21,7] des professionnels exerçant en Ehpad étaient vaccinés au niveau national, et chez les professionnels, les couvertures vaccinales demeurent faibles et en baisse, constate l'agence. Deux saisons plus tôt, les chiffres n'étaient guère meilleurs : la couverture vaccinale moyenne contre la grippe des résidents dans les Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) cette saison était de 83,3% et celle des professionnels exerçant en Ehpad de 22,4%, et l'Assurance Maladie mesurait 24,7 % chez les professionnels des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) deux ans plus tôt. Un écart que la HAS documentait déjà, rappelant que la vaccination contre la grippe est recommandée pour tout professionnel de santé et tout professionnel en contact régulier avec des personnes à risque de grippe grave, sans que cela suffise à faire décoller les taux.
Des leviers organisationnels déjà identifiés pour la campagne 2026-2027
Pour l'IDEC qui devra structurer la prochaine campagne, la bonne nouvelle est que des leviers concrets existent et sont documentés. Une revue HAS antérieure a chiffré l'effet de plusieurs mesures organisationnelles simples : une analyse des freins organisationnels et un plan d'action : + 44 % ; un soutien du cadre infirmier ou chef de service : + 42 % ; une vaccination gratuite au sein des services : + 39 %. Mieux encore, dans les établissements où ces différentes mesures ont été associées, les couvertures vaccinales antigrippales dépassent 50 %. Certaines agences régionales de santé ont déjà traduit cette logique en objectif chiffré : l'ARS Bretagne vise à faire progresser le taux de couverture vaccinale (≥ 50 %) des professionnels via un appel à manifestation d'intérêt dédié.
Concrètement, pour une IDEC en EHPAD, cet avis invite à anticiper trois chantiers avant l'automne : intégrer la vaccination des professionnels dans le pilotage de la fiche de poste et des priorités de l'année, organiser une séance de vaccination gratuite et facilement accessible sur site plutôt que de renvoyer les équipes vers la médecine du travail, et documenter l'argumentaire auprès des équipes réticentes en s'appuyant sur les chiffres de mortalité chez les résidents plutôt que sur le seul argument de l'obligation à venir. Ce travail s'articule naturellement avec les précautions standards d'hygiène déjà en vigueur dans l'établissement, et gagne à être intégré aux outils de suivi habituels du rôle de coordination de l'IDEC en EHPAD.
Sources officielles
- HAS — La HAS se prononce sur l'obligation vaccinale contre la grippe (juillet 2026)
- HAS — Note de cadrage, évaluation de la pertinence d'une obligation vaccinale
- HAS — Obligations vaccinales des professionnels, 2nd volet
- Santé publique France — Bulletin épidémiologique hebdomadaire, grippe 2023-2024
- Santé publique France — Bulletin épidémiologique hebdomadaire, grippe 2024-2025
- Assurance Maladie — Vaccination grippe saisonnière
- ARS Bretagne — AMI vaccination antigrippale des professionnels
