Ce que dit l'INRS : une baisse, un risque qui demeure

Dans son actualité sur les accidents exposant au sang et aux liquides biologiques, l'INRS écrit que les accidents exposant au sang et aux liquides biologiques (AES) ont fortement diminué chez les professionnels de santé grâce aux progrès de la prévention. Le texte précise que cette évolution s’explique notamment par la sécurisation des gestes à risque invasifs (respect des précautions standard d’hygiène et utilisation de matériels de sécurité).

Le rappel de fond est formulé ainsi : « Lorsqu’un agent infectieux est présent dans le sang, une exposition accidentelle peut entraîner une transmission à un soignant ». L'INRS ajoute que, si les contaminations professionnelles par le VIH et les virus des hépatites B et C sont devenues beaucoup plus rares, d’autres agents pathogènes peuvent être concernés dans le contexte de l’émergence de certaines maladies infectieuses (MIE).

Lecture propre à cet article : pour une IDEC, ce double constat invite à garder le sujet à l'ordre du jour des équipes, y compris lorsque les accidents déclarés dans l'établissement sont peu nombreux. Il ne s'agit pas d'une préconisation de l'INRS.

Les maladies infectieuses émergentes citées

L'actualité s'appuie sur une revue de la littérature. Selon l'INRS, celle-ci met notamment en évidence des cas de transmission après AES concernant des fièvres hémorragiques virales, comme la maladie à virus Ebola ou la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, ainsi que certaines arboviroses telles que la dengue, le zika ou le chikungunya.

Le texte mentionne également que des transmissions professionnelles de Mpox (autrefois appelé variole du singe) notamment après piqûre ont également été décrites. Il nuance aussitôt : ces situations restent rares, mais elles soulignent l’importance d’anticiper les risques liés à des agents infectieux parfois inhabituels.

Sur le contexte français, l'INRS indique que la prise en charge de patients contaminés dans une zone d’endémie, l’apparition de cas autochtones ou la survenue d’une épidémie peuvent notamment exposer les professionnels de santé.

Cet article ne détaille aucun protocole par agent infectieux. Lecture propre à cet article : l'IDEC n'a pas à devenir spécialiste de chaque agent cité ; son rôle d'organisation consiste plutôt à s'assurer que les équipes savent à qui s'adresser lorsqu'un accident survient.

La prévention d'abord

Les auteurs de la revue de la littérature soulignent, selon l'INRS, que de nombreux accidents décrits dans la littérature auraient pu être évités par l’application des recommandations de prévention. L'actualité en tire la conclusion suivante : les précautions standard, la sécurisation des gestes à risque et l’utilisation appropriée des équipements et dispositifs de sécurité constituent ainsi des mesures de prévention essentielles.

Trois mesures sont citées par la source : les précautions standard, la sécurisation des gestes à risque et l'usage approprié des dispositifs de sécurité. Dans un établissement, le premier se travaille notamment à partir de la procédure sur les précautions standard et l'hygiène des mains, que l'IDEC peut utiliser comme support de rappel lors des transmissions ou des réunions d'équipe.

Lecture propre à cet article : un audit de pratiques sur un geste à risque, par exemple la gestion des collecteurs d'objets piquants ou le recapuchonnage, peut servir de point d'entrée concret. La source ne l'impose pas ; c'est une piste d'organisation.

Les premiers gestes : la conduite à tenir de l'affiche INRS

L'actualité rappelle que la prise en charge doit être réalisée sans délai : arrêt sécurisé du geste, soins immédiats de la zone exposée et signalement de l’accident permettent d’évaluer rapidement le risque.

Pour le détail des gestes, l'INRS met à disposition une affiche consacrée à la conduite à tenir en cas d'accident avec exposition au sang. L'affiche distingue les gestes selon la nature de l'exposition et doit se consulter dans son intégralité ; on peut y relever les consignes suivantes, citées telles qu'elles y figurent :

  • pour la zone cutanée, l'affiche demande de « Nettoyer immédiatement la zone cutanée à l’eau et au savon puis rincer » ;
  • pour la désinfection, elle indique : « Désinfecter pendant au moins 5 minutes », la liste des produits figurant sur l'affiche elle-même.

Lecture propre à cet article : une IDEC peut juger utile de rendre ces consignes visibles là où les gestes à risque sont réalisés, plutôt que de compter sur la mémoire de chacun.

Traitement post-exposition, déclaration et suivi

L'actualité précise : « Selon l’agent infectieux en cause, une prise en charge spécialisée peut être nécessaire afin de déterminer l’indication d’un traitement ou d’une prophylaxie post-exposition et d’organiser le suivi du professionnel exposé ».

La question du délai figure sur l'affiche. Selon celle-ci, il s'agit de mettre en route si besoin un traitement post-exposition le plus tôt possible et au mieux dans les 4 heures pour une efficacité optimale.

Deux autres consignes de l'affiche concernent la suite de l'accident : « Suivre les recommandations du médecin pour votre suivi clinique et sérologique » et « Déclarer l’accident du travail ».

Lecture propre à cet article : le délai évoqué pour le traitement post-exposition plaide pour qu'un professionnel exposé sache, avant l'accident, vers quel interlocuteur se tourner et comment le joindre à toute heure. Cette organisation relève de l'établissement et de son médecin ; elle n'est pas décrite en détail par l'INRS.

Évaluation des risques, document unique et formation

La page réglementation de l'INRS rappelle que les dispositions réglementaires relatives à la prévention des risques biologiques relèvent des articles R. 4421-1 à R. 4427-5 du Code du travail. Elle indique aussi que les activités impliquant une exposition aux agents biologiques font l’objet d’une évaluation des risques et que les résultats de l’évaluation sont consignés dans le document unique d’évaluation des risques professionnels.

Sur la formation, la même page précise que la formation à la sécurité est dispensée avant que les travailleurs exercent une activité impliquant un contact avec les agents biologiques. Elle ajoute qu'elle est renouvelée régulièrement et adaptée à l’évolution des risques et aux modifications techniques (articles R. 4425-1 à R. 4425-7 du Code du travail).

Lecture propre à cet article : l'IDEC peut vérifier que le risque d'exposition au sang apparaît bien dans le document unique de son établissement et que le plan de formation prévoit ce thème. Le guide sur les formations à prévoir dans son établissement peut aider à situer cette thématique dans le plan annuel.

Pistes pour l'IDEC : une lecture propre à cet article

Les pistes suivantes sont des propositions d'organisation. Elles ne sont pas présentées comme des prescriptions de l'INRS et chaque établissement les adapte à son fonctionnement, avec son médecin coordonnateur et, le cas échéant, son service de santé au travail.

  • Afficher la conduite à tenir. Reprendre les gestes immédiats de l'affiche dans les lieux de soins, les postes de soins et les locaux de stockage du matériel, de façon lisible et à jour.
  • Désigner un point de contact. Prévoir une procédure interne qui indique, jour et nuit, qui appeler après un accident et comment organiser l'avis médical. Les coordonnées sont à vérifier régulièrement.
  • Former les équipes. Intégrer le sujet à l'accueil des nouveaux arrivants, aux remplaçants et aux rappels périodiques, en s'appuyant sur des mises en situation courtes.
  • Équiper les professionnels. Faire le point avec les équipes sur le matériel de sécurité disponible, sur son accessibilité et sur les difficultés d'usage remontées du terrain.
  • Relier l'AES à la déclaration d'événements indésirables. L'analyse de l'accident peut s'inscrire dans la démarche décrite par la procédure sur les événements indésirables, afin d'en tirer des actions correctives.

Ces supports gagnent à être regroupés avec les autres documents de l'établissement ; l'index des procédures permet de repérer ceux qui existent déjà et ceux qui restent à rédiger.

En résumé, le message de l'actualité tient dans l'association d'une prévention maintenue et d'une conduite à tenir connue de tous. Pour l'IDEC, l'enjeu est de traduire ce message en gestes, en affichages et en interlocuteurs identifiés dans son établissement.

Sources officielles