La formation continue n'est plus un « à-côté » de la vie de l'EHPAD : elle est devenue un axe central de la démarche qualité, au même titre que la sécurité des soins ou la bientraitance. Pour l'infirmier coordonnateur, l'enjeu n'est pas seulement d'inscrire les professionnels à des sessions ponctuelles, mais de construire un plan cohérent, adossé à des obligations légales précises, et de conserver les preuves de sa mise en œuvre.
Ce guide reprend, texte par texte, ce que l'IDEC doit connaître pour organiser les formations obligatoires en EHPAD : le cadre légal qui fonde sa mission, les thèmes qui reviennent systématiquement dans les contrôles, la méthode pour bâtir un plan de formation, la façon d'animer ces temps collectifs, les outils de pilotage disponibles et, enfin, les bons réflexes de traçabilité.
📋 Sommaire de l'article
Cadre légal
Le cadre d'exercice de l'infirmier coordonnateur en EHPAD a été profondément renouvelé par un texte publié à l'été 2025. Le Décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025 relatif aux missions et conditions d'exercice des infirmiers et médecins coordonnateurs en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) fixe, pour la première fois, un socle réglementaire propre à la fonction — vous pouvez en consulter le texte intégral sur Légifrance.
Ce texte situe d'emblée l'IDEC dans la chaîne hiérarchique de l'établissement : il exerce Sous la responsabilité et l'autorité administratives du responsable de l'établissement, et sous l'autorité du cadre de santé le cas échéant. Il précise également que la fonction est confiée à un infirmier coordonnateur, titulaire du diplôme d'Etat d'infirmier, dans les conditions prévues à l'article D. 312-158-1.
Sur le fond, l'infirmier coordonnateur participe à la coordination de l'équipe paramédicale, à l'organisation et à la qualité des soins paramédicaux réalisés par l'équipe soignante et contribue aux projets d'amélioration continue. Le décret ajoute qu'il concourt à l'exercice des missions des médecins coordonnateurs mentionnées aux 1°, 2°, 4°, 5° et 8° à 10° — un périmètre large qui légitime pleinement son rôle de pilote de la politique de formation au sein de l'équipe soignante. Ce socle de mission éclaire directement la fiche de poste de l'IDEC et les compétences attendues pour tenir la fonction.
Deux autres obligations, plus générales, structurent la politique de formation que l'IDEC doit organiser. D'une part, Créé par la loi HPST en 2009, inscrit dans le Code de la santé publique, le développement professionnel continu est obligatoire pour les professionnels de santé. D'autre part, Le plan de développement des compétences (PDC) est le cadre qui permet à un employeur de définir sa politique de formation. C'est ce plan qui donne à l'employeur — et par délégation à l'IDEC — la main sur la programmation des actions destinées à l'équipe soignante.
Thèmes obligatoires
Certains thèmes de formation reviennent systématiquement dans le plan d'un EHPAD, parce qu'ils répondent à une obligation réglementaire directe ou à une exigence du référentiel qualité. Le premier est la sécurité incendie. La réglementation applicable aux lieux de travail poursuit plusieurs objectifs : évacuer rapidement la totalité des personnes présentes ou différer leur évacuation dans des conditions de sécurité maximale, limiter la propagation de l'incendie à l'intérieur et à l'extérieur des bâtiments, et favoriser l'accès et l'intervention des services de secours et de lutte contre l'incendie. Le détail de ces obligations est consultable dans la réglementation incendie publiée par l'INRS.
Concrètement, l'employeur — et l'IDEC lorsqu'il en reçoit la délégation — doit organiser des formations qui couvrent les dégagements, l'éclairage de sécurité, le chauffage des locaux, le stockage et la manipulation des matières inflammables, les moyens d'extinction, les systèmes d'alarme, les consignes de sécurité incendie. La périodicité exacte des exercices d'évacuation en EHPAD n'est pas fixée par un chiffre unique et univoque dans les textes de référence consultés : mieux vaut, sur ce point précis, se reporter directement au document unique d'évaluation des risques et à l'avis du bureau de contrôle de l'établissement. En tout état de cause, Il appartient à l'employeur de retenir des solutions lui permettant de respecter l'ensemble des textes auxquels il est soumis.
Le deuxième thème incontournable est l'hygiène et la prévention du risque infectieux. Le référentiel d'évaluation de la qualité des ESSMS de la Haute Autorité de santé recense Toutes observations permettant de confirmer le respect des règles d'hygiène, de prévention et de gestion du risque infectieux, quelle que soit l'activité concernée. Exemples : hygiène des mains, locaux, DASRI, linge, alimentation. Ce point figure explicitement dans le référentiel HAS d'évaluation des ESSMS, que l'IDEC a tout intérêt à connaître dans le détail.
Le troisième thème est la sécurisation du circuit du médicament. Le même référentiel exige que Les professionnels sont régulièrement sensibilisés et/ou formés à la prévention et à la gestion du risque médica- menteux. C'est un point de vigilance particulier pour l'IDEC, qui pilote généralement l'organisation du circuit du médicament aux côtés du médecin coordonnateur.
Enfin, les gestes et soins d'urgence occupent une place particulière parmi les thèmes obligatoires, sans que la périodicité de renouvellement de l'attestation ne fasse consensus dans les textes consultés pour ce guide — un point à vérifier auprès de l'organisme formateur retenu. Cette sensibilisation commence d'ailleurs dès les parcours qualifiants du secteur : à titre d'illustration, la formation menant au diplôme d'État d'accompagnant éducatif et social réserve un module dédié aux gestes et soins d'urgence au sein de son volume global. Elle comprend un total de 1 407 heures de formation dont 546 heures de formation théorique, 21 heures consacrées à l'attestation de formations aux gestes et soins d'urgences de niveaux 2 et de 840 heures de formation pratique.
Plan de formation
Construire un plan de formation ne consiste pas à empiler des sessions au fil de l'année : c'est un exercice de programmation qui s'appuie sur des orientations nationales, sur les besoins identifiés dans l'établissement et sur le calendrier réglementaire. Au niveau national, Arrêté du 3 juin 2026 prorogeant l'arrêté du 7 septembre 2022 définissant les orientations pluriannuelles prioritaires de développement professionnel continu. Concrètement, sont prorogées pour l'année 2027 les orientations existantes, et Les dispositions du présent arrêté sont applicables aux actions de développement professionnel continu à compter du 1er janvier 2027. L'IDEC qui bâtit son plan de formation pour l'année à venir a donc intérêt à s'appuyer sur ce texte, disponible sur le site de l'ANFH.
Ce plan doit également anticiper le nouveau parcours de certification périodique des infirmiers, dont le principe est désormais acquis : Les actions effectuées dans le cadre du développement professionnel continu et de la formation continue, seront prises en compte pour la certification, selon l'Ordre national des infirmiers. Autrement dit, le plan de formation piloté par l'IDEC n'est pas seulement une obligation vis-à-vis de l'employeur : il alimente directement le parcours individuel de certification de chaque infirmier de l'équipe. Pour construire ce plan sans grever le budget de l'établissement, l'IDEC peut s'appuyer sur les leviers présentés dans notre page dédiée au financement de la formation via le CPF, ainsi que sur les évolutions récentes détaillées dans notre article sur le nouveau référentiel qualité des organismes de formation pour 2027.
Animer la formation
Une fois le plan arrêté, l'IDEC n'est pas systématiquement l'animateur direct de chaque module : son rôle est d'abord celui d'un chef d'orchestre. Il identifie les intervenants les plus pertinents — organismes de formation externes pour les thèmes techniques (incendie, gestes d'urgence), ressources internes pour les temps de sensibilisation courts (hygiène des mains, bonnes pratiques du circuit du médicament), et s'assure que chaque session s'inscrit bien dans les exigences du référentiel qualité.
Le référentiel HAS rappelle d'ailleurs, de façon générale, que CRITÈRE 3.8.4 – L'ESSMS met au service des accompagnements une équipe de professionnels formés et qualifiés. Cette exigence dépasse la simple case cochée sur un registre de présence : elle suppose que l'IDEC vérifie la pertinence des contenus, adapte le format aux contraintes du travail posté et s'assure que les temps de formation ne fragilisent pas le taux d'encadrement sur le terrain. Sur ce point, la coordination avec les indicateurs RH de l'établissement est précieuse — notre article sur les indicateurs RH suivis par la CNSA détaille les repères à surveiller pour caler le calendrier des formations sans déstabiliser les plannings.
Outils
Pour piloter ce chantier, l'IDEC dispose d'un outil de référence central : le manuel d'évaluation de la qualité des ESSMS publié par la Haute Autorité de santé. La formation des professionnels n'y est pas un chapitre isolé : La question de la formation des professionnels, élément essentiel pour garantir un accompagnement de qualité au sein des ESSMS, est largement déclinée dans le référentiel d'évaluation tant au niveau du chapitre 1, mais aussi dans les chapitres consacrés aux professionnels et à l'établissement lui-même. Le document complet est accessible sur le site de la HAS, dans son bilan annuel du dispositif d'évaluation.
L'importance de ce critère se lit aussi dans les résultats agrégés des évaluations menées sur le terrain : Le critère 3.8.4, portant sur la mise à disposition par l'ESSMS d'une équipe de professionnels formés et qualifiés, constitue un critère essentiel dans le déploiement d'une démarche qualité. Affichant un score moyen de 3,82, il figure parmi les points de vigilance que l'IDEC doit garder à l'œil lorsqu'il prépare une évaluation externe. Ce chiffre donne à l'IDEC un repère concret pour situer son établissement par rapport à la moyenne nationale des ESSMS évalués.
Traçabilité
Organiser une formation ne suffit pas : encore faut-il pouvoir en apporter la preuve, à tout moment, à un évaluateur externe ou à un service de contrôle. Cette exigence de traçabilité irrigue l'ensemble du référentiel HAS, qui attend des observations concrètes sur le respect des règles d'hygiène, de prévention et de gestion du risque infectieux, quelle que soit l'activité concernée. Exemples : hygiène des mains, locaux, DASRI, linge, alimentation. Pour l'IDEC, cela signifie conserver, de façon accessible, les attestations de présence, les contenus pédagogiques dispensés et les éventuelles évaluations à chaud des participants.
Cette rigueur documentaire s'inscrit dans un contexte où le volume de formation continue dans le secteur public hospitalier reste soutenu au niveau national : l'ANFH recense 1 112 000 (+4,3%) départs en formation au titre de l'agrément Plan pour l'année 2025. Un ordre de grandeur qui rappelle que la formation continue est devenue un flux de gestion à part entière, que l'IDEC doit suivre avec la même rigueur qu'un plan de soins — export des inscriptions, classement des attestations par professionnel et par thème, et mise à jour régulière du tableau de bord de formation de l'établissement.
Conclusion
Le décret de 2025 a donné à l'infirmier coordonnateur un cadre de mission plus lisible, mais il ne dispense pas de la vigilance sur les obligations de formation qui pèsent, en parallèle, sur l'établissement : sécurité incendie, hygiène et risque infectieux, sécurisation du circuit du médicament, développement professionnel continu et certification périodique des infirmiers. Le référentiel qualité de la HAS en fait un point de contrôle systématique, ce qui impose à l'IDEC une double exigence : organiser des formations pertinentes et pouvoir en tracer chaque étape.
Pour aller plus loin sur les leviers concrets de mise en œuvre, l'IDEC peut s'appuyer sur notre page dédiée au financement de la formation via le CPF, sur la fiche de poste actualisée qui cadre ses responsabilités, ainsi que sur les compétences clés à consolider pour tenir pleinement ce rôle de pilote de la formation en EHPAD.
Sources officielles
- Décret relatif aux missions des infirmiers coordonnateurs en EHPAD — Légifrance
- Réglementation incendie sur le lieu de travail — INRS
- Référentiel d'évaluation de la qualité des ESSMS — HAS
- Orientations pluriannuelles prioritaires de DPC — ANFH
- Le développement professionnel continu, un outil encadré — HAS
- Plan de développement des compétences de l'entreprise — Service-Public.fr
- La certification périodique des infirmiers — Ordre national des infirmiers
- Bilan annuel du dispositif d'évaluation des ESSMS — HAS
- Arrêté relatif au diplôme d'État d'accompagnant éducatif et social — Légifrance
- Chiffres de la formation dans la fonction publique hospitalière — ANFH
