Un résident sous anticoagulant part au bloc
Un résident traité par anticoagulant doit être opéré la semaine prochaine, dans le cadre d'une intervention programmée. Le chirurgien a transmis des consignes d'arrêt du traitement, le médecin traitant doit valider un éventuel relais, et il faudra, au retour, reprendre le traitement au bon moment tout en surveillant les premiers jours à l'établissement. Ce scénario, banal pour un infirmier coordinateur, est précisément celui qu'éclaire la nouvelle ressource mise en ligne par la Haute Autorité de santé le 06 août 2026.
Le profil n'a rien d'exceptionnel : parmi les situations recueillies par la HAS figure, sous forme anonyme, celle d'Un patient âgé, un peu désorienté et vivant seul, est traité par antivitamine K (AVK) et par antihypertenseur. Une description qui pourrait correspondre à nombre de résidents accompagnés chaque jour en EHPAD, sachant que Chaque année, 10 à 15 % d'entre eux ont une intervention parmi les patients traités au long cours par un antithrombotique.
Une ressource pour tout le parcours périopératoire, pas une obligation nouvelle pour l'EHPAD
Cette solution pour la sécurité du patient porte sur l'organisation de la prise en charge périopératoire (pré, per et postopératoire) des traitements antithrombotiques au long cours, pour les interventions programmées au bloc opératoire. Le document précise ses limites : Elle n'aborde pas les interventions réalisées en urgence, ni la thromboprophylaxie veineuse.
Elle s'adresse à l'ensemble des professionnels du parcours, en ville comme à l'hôpital — cadres de bloc, infirmiers hospitaliers et libéraux, secrétaires médicales, etc. — sans viser spécifiquement les infirmiers coordinateurs d'EHPAD. Le dispositif s'inscrit dans le cadre de l'accréditation des médecins et des équipes médicales : il n'impose donc rien à un établissement médico-social. Il constitue néanmoins une ressource que l'IDEC peut mobiliser pour structurer sa part de coordination, au même titre que les procédures internes relatives au circuit du médicament.
Ce que révèlent 363 événements indésirables
Pour construire cette solution, La HAS a analysé 363 évènements indésirables associés aux soins (EIAS) associés aux anticoagulants et ayant entraîné des conséquences graves, à partir d'une synthèse fondée sur les déclarations des médecins et équipes accrédités. Les patients concernés ont en moyenne 73 ans (âge moyen). Il s'agit d'une population hospitalière générale, et non de résidents d'EHPAD — mais elle partage avec eux ce qui rend ces situations délicates : l'âge, la polymédication et un traitement anticoagulant au long cours.
Deux constats méritent l'attention de tout professionnel impliqué dans un parcours périopératoire : Dans 93 % des cas, la prise en charge était programmée. Et surtout, Dans 93 % des cas, les EIAS étaient jugés évitables par les déclarants. Ces constats situent la marge de progression du côté de l'organisation et de la coordination, bien davantage que du côté de situations d'urgence imprévisibles.
Où se logent les erreurs de traitement
Une partie de ces événements tient à des erreurs médicamenteuses, survenant principalement lors de la prescription, en postopératoire, et qui concernent toutes les classes d'anticoagulants. En tête des causes de mauvais dosage figure une Posologie trop élevée (principalement surdosage en héparine en postopératoire immédiat ; n = 92), un point qui recoupe directement les vérifications que l'établissement mène déjà via ses procédures de préparation et d'administration du médicament.
Les conséquences peuvent être lourdes : Ces EIAS ont mené majoritairement à des hémorragies postopératoires (n = 247/363), avec des suites parfois graves puisqu'ils ont conduit à des reprises chirurgicales après la sortie (n = 74), mais ont pu mener à des décès (n = 29). La HAS souligne un point qui concerne directement l'après-hospitalisation : ces suites sont particulièrement difficiles à récupérer une fois celui-ci de retour à son domicile ou dans une autre structure (ambulatoire, hospitalisations de courte durée, transfert, etc.), ce qui inclut le retour en EHPAD.
Trois causes profondes à connaître pour sécuriser le retour
La synthèse HAS identifie plusieurs causes profondes derrière ces événements. La première tient au patient lui-même, avec des consignes relatives aux interruptions, modifications ou reprises du traitement anticoagulant insuffisamment claires pour lui. La deuxième concerne l'équipe soignante au sens large, avec une défaillance dans la communication entre les professionnels tout au long du parcours, par exemple entre la ville et l'hôpital ou lors de la réalisation de la check-list. La troisième porte sur l'organisation des tâches, avec une absence de protocole, répartition des tâches mal connue, non-prise en compte de la surveillance biologique.
Ces trois angles rejoignent directement le champ d'action de l'IDEC : information du résident et de ses proches aidants, transmissions écrites entre l'établissement et les équipes hospitalières, et traçabilité des tâches liées au traitement anticoagulant. La démarche qualité de l'établissement sur les événements indésirables associés aux soins peut d'ailleurs accueillir ce type de situation lorsqu'elle se présente.
Les repères à sécuriser avant le départ au bloc
Pour la phase préopératoire, la HAS propose Les 4 questions à se poser pour gérer les traitements antithrombotiques : faut-il l'arrêter, quand l'arrêter, faut-il un relais, et quand le reprendre. Ces repères peuvent utilement guider les échanges entre l'établissement, le médecin traitant et l'équipe chirurgicale avant une intervention programmée.
La HAS recommande aussi d'Expliquer au patient et à ses aidants les modifications dans son traitement antithrombotique en périopératoire, et de veiller à la clarté des documents remis : sur l'ordonnance, il s'agit de Formuler clairement sur l'ordonnance « dernière prise le » (et pas « arrêt le » ou « arrêt à J-2 ») et « reprise le ». Un contact fiable est également recommandé : Mettre à disposition du patient et des professionnels de ville (infirmier, pharmacien, médecin traitant, biologiste…) un contact professionnel joignable rapidement. Ce sont autant de points qu'un IDEC peut vérifier avant le départ du résident, en s'appuyant sur le rôle de coordination propre à la fonction.
Ce que l'IDEC peut mobiliser à la sortie et pendant la surveillance
Côté sortie, la HAS invite à anticiper le retour bien en amont, en veillant à ce que le parcours postopératoire est anticipé (rendez-vous avec les médecins et infirmiers, organisation avec l'établissement d'hébergement, etc.). C'est précisément l'angle où l'établissement peut se rendre visible auprès de l'équipe hospitalière, en s'appuyant sur les dispositifs de territoire cités par la HAS : réseaux et rencontres ville/hôpital, infirmiers de coordination, téléexpertise, centres de référence, outils de communication locaux, etc.
Au retour, un appel de suivi est recommandé : Réaliser un appel à J1 pour vérifier la bonne gestion du traitement antithrombotique et les signes de complication potentiels. La vigilance porte notamment sur les signes d'alerte, qu'il s'agit de faire connaître au résident, à ses aidants et aux professionnels : Sensibiliser le patient, ses aidants et les professionnels aux signes d'alerte d'hémorragies (nez, gencives, urines rouges, selles noires, bleus multiples). Le passeport « intervention au bloc opératoire sous antithrombotiques », disponible en téléchargement sur le site de la HAS, reprend ces mêmes repères : Surveillez tout saignement inhabituel (nez, gencives, urines rouges, selles noires, bleus multiples) ou signe de caillot (douleur ou gonflement d'un membre, essoufflement soudain).
Ce passeport, conçu pour accompagner le patient tout au long du parcours, a vocation à circuler entre les professionnels : Ce passeport a pour objectif de faciliter la compréhension de votre traitement. Il doit être présenté à tous vos professionnels de santé, ce qui inclut, au retour, les infirmiers de l'établissement d'hébergement. La HAS le rappelle sans détour : la qualité de la communication entre professionnels (y compris entre l'hôpital et la ville) et avec le patient est primordiale. Pour les résidents dont le traitement présente un risque particulier, elle suggère également de demander la réalisation d'un bilan partagé de médication par le pharmacien d'officine (bilans avant l'intervention et lors du retour à domicile), une piste supplémentaire à explorer avec le pharmacien référent de l'établissement. Les outils de suivi utilisés au quotidien par l'équipe soignante peuvent intégrer ces points de vigilance sans bouleverser les organisations existantes.
