C'est l'aboutissement réglementaire que la profession attendait depuis la loi infirmière de 2025. Deux arrêtés, publiés fin juin au Journal officiel, fixent désormais noir sur blanc la liste des actes et soins que peuvent réaliser les infirmiers diplômés d'État et celle des produits et examens qu'ils peuvent prescrire. L'Ordre national des infirmiers, qui a relayé ces textes, y voit des leviers concrets : la possibilité de prescrire certains bilans biologiques, de renforcer la prise en charge des personnes atteintes de pathologies chroniques. Pour l'IDEC en EHPAD, ce n'est pas une abstraction juridique : c'est le périmètre quotidien de chaque membre de l'équipe qui se redessine.
Vaccination : un rôle infirmier désormais large
La vaccination est l'un des volets les plus lisibles pour la gériatrie. Selon l'Assurance maladie, l'ensemble des vaccins du calendrier vaccinal, en plus des vaccins contre la grippe saisonnière, aux personnes âgées de 11 ans et plus peuvent être prescrits et administrés par l'infirmier. En EHPAD, où la couverture vaccinale est un enjeu permanent, c'est un raccourci décisif dans le parcours de prévention.
Le cadre pose toutefois des garde-fous que l'IDEC doit faire connaître à son équipe. Ainsi, les vaccins vivants atténués (rougeole, oreillons, BCG par exemple) chez les personnes immunodéprimées restent hors du champ infirmier. De même, les infirmiers ne peuvent pas vacciner les personnes présentant des antécédents de réaction allergique sévère à l'ovalbumine. Sécuriser ces situations relève typiquement des compétences de coordination détaillées dans notre dossier sur les compétences attendues d'une infirmière coordinatrice.
Des prescriptions de proximité élargies
Au-delà des vaccins, les textes consolident un éventail de prescriptions utiles au premier recours. L'infirmier peut prescrire les traitements nicotiniques de substitution et renouveler, pour une durée maximale de six mois, non renouvelable, les prescriptions des médicaments contraceptifs oraux. L'Ordre met en avant trois apports majeurs : contribuer à la prise en charge de la douleur par la prescription de certains antalgiques, favoriser le maintien à domicile par la prescription et le renouvellement de certains dispositifs médicaux, et améliorer la prescription de contraceptifs et le dépistage de certaines infections sexuellement transmissibles.
La logique d'ensemble est cohérente : rapprocher du patient des actes simples et fréquents, sans détour systématique par une consultation médicale. C'est exactement l'esprit que l'Ordre national des infirmiers salue dans son communiqué, tout en appelant à la vigilance sur les conditions de mise en œuvre.
Concrètement, en EHPAD, ces marges nouvelles changent le tempo de la prise en charge. Lorsqu'une plaie chronique s'aggrave un week-end, qu'un résident épuise son stock de dispositifs ou qu'un suivi de pathologie chronique réclame un contrôle, l'infirmier n'est plus systématiquement dépendant d'une prescription médicale différée. La continuité des soins s'en trouve renforcée, en particulier dans les structures où le temps de médecin coordonnateur est compté et où les délais d'accès au médecin traitant s'allongent. Pour la coordination, cette réactivité accrue est un atout — à condition d'être encadrée, car une autonomie élargie suppose aussi des repères clairs sur ce qui reste, ou non, du ressort médical.
Un cadrage validé par la Haute Autorité de santé
Ces arrêtés n'arrivent pas sans filet institutionnel. Ils font suite à une saisine officielle : a saisi la Haute Autorité de santé par courriel en date du 16 mars 2026, précise la HAS, qui a ensuite rendu son Avis n° 2026.0033/AC/SBP du 11 juin 2026. L'objectif affiché du projet était de clarifier et harmoniser la liste des produits de santé et examens complémentaires relevant de la prescription infirmière.
Le périmètre décrit par la HAS recoupe précisément les besoins du terrain gériatrique. Il porte sur des vaccinations, contraceptifs oraux, dispositifs médicaux ou encore substituts nicotiniques, déployés la prévention, de la prise en charge des plaies, de la santé sexuelle, du sevrage tabagique et de la gestion de la douleur. S'y ajoutent certains examens biologiques et radiologiques, ainsi que certains médicaments. On retrouve la démarche d'harmonisation portée par la HAS dans l'avis rendu à la DGOS.
Ce que l'IDEC doit organiser dès maintenant
Ces arrêtés s'inscrivent dans un mouvement de fond engagé par la réforme de la profession : reconnaissance de la consultation infirmière, accès direct sur certains motifs, participation aux soins de premier recours. Pour l'IDEC, l'enjeu n'est pas seulement réglementaire, il est managérial : il s'agit de traduire un texte national en pratiques sûres et homogènes au sein d'une équipe aux profils variés, des IDE expérimentés aux plus jeunes diplômés. La coordination devient le point de passage obligé entre le droit nouveau et le geste quotidien.
Pour la coordination, l'élargissement du rôle des IDE est d'abord un chantier d'organisation. Plusieurs actions sont à anticiper :
- Cartographier les nouvelles latitudes : recenser, service par service, les prescriptions et actes désormais ouverts aux IDE, et identifier ceux réellement pertinents pour la population accueillie.
- Sécuriser la traçabilité : toute prescription infirmière doit être documentée et partagée avec le médecin traitant ; il faut donc adapter le dossier de soins informatisé et les transmissions, dans le prolongement du circuit du médicament.
- Actualiser les protocoles internes : intégrer ces compétences aux procédures et à la fiche de poste de l'IDEC et des IDE, pour clarifier qui fait quoi.
- Accompagner la montée en compétence : prévoir l'information, voire la formation des équipes, condition de réussite de la réforme.
Cette montée en charge ne doit pas occulter la question de la responsabilité. Une prescription élargie engage l'infirmier qui la pose, et donc l'organisation qui l'encadre. L'IDEC veillera à ce que chaque acte nouveau s'exerce dans le périmètre de compétence réel de l'IDE concerné, avec des points de bascule clairs vers le médecin coordonnateur ou le médecin traitant lorsque la situation l'exige. Documenter, tracer, partager l'information : ces réflexes, déjà ancrés pour les soins courants, deviennent la condition de sécurité d'une autonomie accrue. C'est aussi un sujet de dialogue social et de soutien des équipes, car l'élargissement des missions n'a de sens que s'il est vécu comme une reconnaissance, et non comme une charge supplémentaire imposée à effectifs constants.
L'Ordre ne dit pas autre chose : il appelle à ce que ces nouvelles responsabilités s'accompagnent des moyens nécessaires à leur appropriation. Un message que les cadres de santé feront remonter, tant la réussite de ces textes se jouera dans les organisations réelles, EHPAD compris. Cette ingénierie organisationnelle est au cœur du métier d'infirmière coordinatrice.
En synthèse
Avec ces deux arrêtés, la prescription et les actes infirmiers passent du débat au droit positif : vaccins du calendrier vaccinal, substituts nicotiniques, contraceptifs, antalgiques, dispositifs médicaux, bilans biologiques, santé sexuelle. Validé par la HAS, ce périmètre répond à des besoins concrets du soin gériatrique. Pour l'IDEC, le message est clair : l'autonomie élargie des IDE est aussi un chantier de coordination — traçabilité, encadrement, mise à jour des protocoles et plaidoyer pour les moyens. Les textes sont publiés ; la mise en œuvre, elle, commence maintenant dans les services.
Sources officielles
- Ordre national des infirmiers — Publication des arrêtés actes/soins et prescription infirmière
- Assurance maladie (ameli.fr) — Vaccination par l'infirmier
- Assurance maladie (ameli.fr) — Droit de prescription des infirmiers
- HAS — Avis sur le projet d'arrêté de prescription infirmière
- Légifrance — Arrêté fixant la liste des actes et soins des infirmiers
- Légifrance — Arrêté fixant la liste des produits et examens prescriptibles par les infirmiers