La coordination des soins ne s'arrĂȘte plus aux murs de l'Ă©tablissement. Avec le centre de ressources territorial, un EHPAD — ou un service Ă  domicile — peut devenir un point d'appui pour tous les professionnels de son secteur et renforcer le maintien Ă  domicile des personnes ĂągĂ©es. L'ARS Pays de la Loire vient d'ouvrir ses appels Ă  candidatures : l'occasion pour l'IDEC de s'approprier un dispositif qui Ă©largit nettement le rĂŽle de l'IDEC en EHPAD.

Le CRT, une nouvelle mission de coordination pour l'EHPAD

Le dispositif n'est pas une lubie locale. La loi de financement de la sĂ©curitĂ© sociale 2022 a modifiĂ© le CASF pour confier aux Ă©tablissements et aux services Ă  domicile une mission facultative de centre de ressources territorial, plus connue sous le sigle CRT. Le portage est volontairement souple : Les CRT peuvent ĂȘtre portĂ©s par un Ă©tablissement d'hĂ©bergement pour personnes ĂągĂ©es dĂ©pendantes (EHPAD), ou par un service Ă  domicile (SAD). Autrement dit, un mĂȘme Ă©tablissement peut rester un lieu d'hĂ©bergement tout en devenant une ressource de coordination ouverte sur son territoire.

Le socle juridique est désormais inscrit dans le code de l'action sociale et des familles. Les textes prévoient que les établissements mentionnés au I de l'article L. 313-12 peuvent assurer, dans des conditions fixées par voie réglementaire et en garantissant l'équité territoriale entre les départements, une mission de centre de ressources territorial. ConcrÚtement, les centres de ressources territoriaux ont pour mission de développer une offre nouvelle d'accompagnement à la perte d'autonomie à travers deux volets. Pour l'IDEC, cette double casquette change la donne : elle suppose de penser l'organisation non plus seulement « en interne », mais à l'échelle d'un bassin de vie, comme le détaille la fiche de poste de l'IDEC.

Deux volets, un mĂȘme objectif : tenir les personnes Ă  domicile

La loi dĂ©crit prĂ©cisĂ©ment les deux faces de la mission, qui doivent ĂȘtre menĂ©es ensemble. Le premier volet consiste Ă  aider les professionnels du territoire intervenant auprĂšs des personnes ĂągĂ©es, notamment afin de les soutenir dans l'exercice de leurs missions, d'organiser des formations ou de mutualiser des plateaux techniques. C'est la dimension « ressource » au sens propre : l'EHPAD met son expertise gĂ©riatrique au service des libĂ©raux, des services Ă  domicile et des autres structures du secteur.

Le second volet sort l'Ă©tablissement de ses murs. Il s'agit d'accompagner, en articulation avec les services Ă  domicile, les personnes ĂągĂ©es ne rĂ©sidant pas dans l'Ă©tablissement ou les aidants, afin d'amĂ©liorer la cohĂ©rence de leur parcours de santĂ© et de leur parcours vaccinal. À ce titre, le texte prĂ©cise que ils peuvent proposer une offre d'accompagnement renforcĂ© au domicile, incluant des dispositifs de tĂ©lĂ©santĂ©. Ce volet domicile vise un public bien identifiĂ© : le volet 2 s'adresse aux personnes ĂągĂ©es de plus de 60 ans, en situation de perte d'autonomie (GIR 1 Ă  4). Pour l'IDEC, c'est sans doute la transformation la plus concrĂšte : coordonner des interventions chez des personnes qui ne sont pas — ou pas encore — rĂ©sidentes, dans une logique d'alternative graduĂ©e Ă  l'institutionnalisation.

Un financement fléché et un pilotage national

Le CRT ne repose pas sur la bonne volontĂ© seule. La loi prĂ©voit que, lorsqu'ils assurent cette mission, les Ă©tablissements reçoivent les financements complĂ©mentaires mentionnĂ©s Ă  l'article L. 314-2. À l'Ă©chelle nationale, l'effort est consĂ©quent : 200M€ est prĂ©vu sur la pĂ©riode 2022-2028, de quoi financer 500 projets sur l'ensemble du territoire national et 28 sur la rĂ©gion Pays de la Loire. CĂŽtĂ© pilotage, c'est une instruction n° DGCS/SD3A/2022/113 en date du 15 avril 2022 qui a chargĂ© les agences rĂ©gionales de santĂ© du dĂ©ploiement de la mission dans chaque rĂ©gion.

Pour l'IDEC, ce flĂ©chage budgĂ©taire est un argument Ă  connaĂźtre : un CRT n'est pas un service rendu « en plus » sur les moyens existants, mais une mission financĂ©e Ă  part, qui doit donc ĂȘtre tracĂ©e, Ă©valuĂ©e et pilotĂ©e comme telle. C'est aussi une opportunitĂ© pour stabiliser des compĂ©tences de coordination souvent fragiles dans les petites structures.

175 CRT installés, cap sur 500 en 2028

Le dĂ©ploiement avance Ă  un rythme soutenu. Au 31 dĂ©cembre 2024, 175 CRT Ă©taient installĂ©s sur le territoire national. L'ambition reste Ă©levĂ©e puisque l'État porte l'objectif de dĂ©velopper 500 CRT Ă  l'horizon 2028. Pour un territoire, le message est clair : les places se prennent maintenant. Un secteur qui n'a pas encore son centre de ressources a tout intĂ©rĂȘt Ă  se positionner avant que la cible nationale ne soit atteinte, car chaque CRT couvre un pĂ©rimĂštre gĂ©ographique donnĂ©. L'IDEC qui anticipe ce mouvement peut ĂȘtre force de proposition auprĂšs de sa direction, voire piloter le montage du dossier. C'est aussi l'occasion de valoriser une fonction de coordination encore trop souvent invisible, en lui donnant un cadre, un financement dĂ©diĂ© et une reconnaissance territoriale concrĂšte.

Pays de la Loire : les appels Ă  candidatures sont ouverts

La rĂ©gion illustre bien la logique de rééquilibrage. Elle reste marquĂ©e par une offre dĂ©sĂ©quilibrĂ©e, avec 1 place de SSIAD contre 7 places d'EHPAD en moyenne contre 1 pour 5,1 au niveau national — un argument fort pour muscler l'accompagnement Ă  domicile. L'agence n'est pas novice en la matiĂšre : l'ARS Pays de la Loire a accompagnĂ© 17 expĂ©rimentations de Dispositifs Innovants de Vie Ă  Domicile (DIVADOM) pour personnes ĂągĂ©es en perte d'autonomie depuis 2019, un terreau d'expĂ©rience sur lequel s'appuie le dĂ©ploiement des CRT.

Deux territoires sont aujourd'hui concernés par l'appel à candidatures de l'ARS Pays de la Loire. Dans le Maine-et-Loire, l'appel porte sur la reconnaissance en 2027 d'une nouvelle mission CRT dans le département du Maine-et-Loire, avec des dossiers à déposer au plus tard le jeudi 15 octobre 2026 pour un dispositif qui démarrera son activité au 1er février 2027. En Loire-Atlantique, l'appel vise la reconnaissance en 2027 de deux nouvelles missions CRT dans le département de la Loire-Atlantique, avec des dossiers à envoyés avant le mercredi 30 septembre 2026. Des échéances rapprochées qui imposent, dÚs l'été, de constituer le partenariat et de cadrer le projet.

Ce que l'IDEC doit anticiper

Le CRT ne tombe pas dans un vide organisationnel : il s'articule avec le service public départemental de l'autonomie, ce dispositif par lequel le service public départemental de l'autonomie facilite les démarches des personnes ùgées. Trois chantiers se dessinent pour l'IDEC. D'abord cartographier les besoins du territoire et les partenaires mobilisables, car le volet appui suppose un réseau déjà identifié et des relais de confiance chez les libéraux et les services à domicile. Ensuite dimensionner l'équipe et les compétences, sachant que la coordination domicile reposera largement sur des savoir-faire infirmiers et sur la maßtrise des outils de télésanté. Enfin sécuriser le suivi des accompagnements et leur traçabilité, condition de la mobilisation des financements complémentaires.

Que l'on porte le projet ou que l'on s'appuie sur un CRT voisin, l'enjeu est le mĂȘme : faire de la coordination un service rendu au territoire, et non plus une fonction interne. C'est une Ă©volution de fond pour le mĂ©tier d'infirmiĂšre coordinatrice, qui gagne Ă  ĂȘtre prĂ©parĂ©e avec les bons outils de coordination.

Sources officielles