Un secteur sous tension qui a besoin de bras qualifiés

Les EHPAD traversent une période particulièrement difficile. Les charges des EHPAD publics et privés non lucratifs ont augmenté à un rythme soutenu depuis 2020 : +6,3 % en 2023. Résultat direct : 68,3 % étaient en déficit cette même année. Parmi ces charges, les charges de personnel extérieur, incluant le recours à l'intérim, qui ont globalement doublé entre 2017 et 2023. La spirale est bien connue : faute de personnels formés en nombre suffisant, les établissements se tournent vers l'intérim, ce qui grève leurs budgets — et fragilise la continuité des soins que l'IDEC s'efforce de garantir chaque jour.

La pénurie n'est pas un sentiment : selon les données d'OPCO Santé, près d'un établissement sur deux déclare des difficultés, plus de 25 000 postes vacants. Les Les financements dédiés aux métiers en tension (aides-soignants, infirmiers, accompagnants éducatifs et sociaux). Ce contexte donne toute sa portée aux deux conventions que la CNSA vient de signer : si les EHPAD ne peuvent pas facilement embaucher, au moins peuvent-ils s'appuyer sur des dispositifs solides pour former et qualifier leurs équipes en place.

Deux conventions, 33 millions d'euros : ce qui vient de changer

C'est une annonce à ne pas laisser passer. Fin mai 2026, la CNSA a signé avec deux financeurs de la formation du secteur de l'autonomie deux conventions, pour un montant total de plus de 33 millions d'euros pour l'année 2026.

Ces deux partenaires sont distincts par leur périmètre :

  • OPCO Santé : la convention avec OPCO Santé embarque le financement d'une diversité de parcours, diplômants et professionnalisants, sur une diversité de thématiques couvrant les champs de l'accompagnement des personnes âgées et des personnes en situation de handicap. En clair, elle concerne directement vos EHPAD et établissements médico-sociaux.
  • Uniformation : la seconde convention avec Uniformation s'adresse spécifiquement aux professionnels du champ du domicile — SSIAD, SAD et services à domicile. Si vous coordonnez aussi des prises en charge à domicile, ce levier vous concerne également.

Cet engagement s'inscrit dans les objectifs de la Convention d'objectifs et de gestion (COG) 2022-2026 conclue avec l'État, ce qui lui confère une assise institutionnelle solide et une visibilité à court terme. 33 millions d'euros au service de la qualification, de la prévention des risques professionnels et de la transformation de l'offre.

La CNSA n'est pas nouvelle dans ce rôle : elle cofinance des formations du secteur de l'autonomie depuis plusieurs années. Mais l'annonce de ces deux conventions pour 2026 marque une accélération bienvenue dans un contexte de tension budgétaire généralisée.

Axe 1 — Qualification : les formations diplômantes cofinancées jusqu'à 80 %

C'est souvent l'obstacle numéro un pour les équipes : le coût des formations longues. La convention CNSA/OPCO Santé lève en partie cet obstacle. La CNSA finance chaque année des parcours de formation diplômants pour les professionnels de l'autonomie, pouvant prendre en charge jusqu'à 80 % du coût.

Deux exemples concrets issus des documents CNSA :

  • La formation pour devenir aide-soignant diplômé d'État peut être financée par la Caisse à hauteur de 80 %, soit près de 25 000 €.
  • La formation pour devenir accompagnant éducatif et social (AES) diplômé d'État peut elle aussi être financée à hauteur de 80 %, soit environ 16 800 €.

Pour une IDEC qui souhaite accompagner ses agents vers une qualification, c'est un argument décisif. La prise en charge à 80 % réduit drastiquement le reste à charge pour l'établissement ou l'agent. À cela s'ajoute la dimension passerelle : Les aides-soignants expérimentés (3 ans d'expérience sur 5 ans) pourront intégrer directement la 2e année, dans le cadre de la réforme du DE infirmier. Cette réforme entre en vigueur à la rentrée de septembre 2026.

Concrètement, pour l'IDEC, cela signifie qu'un aide-soignant de votre équipe — capable, expérimenté, motivé — peut désormais envisager un cursus infirmier avec un coût réduit et un raccourci pédagogique reconnu. C'est un levier de fidélisation à activer sans attendre. Retrouvez les modalités de financement dans notre guide sur le financement des formations en EHPAD.

Axe 2 — Prévention des risques professionnels : les TMS au cœur du dispositif

Dans un secteur particulièrement exposé à la sinistralité, cet appui doit contribuer à améliorer les conditions d'exercice des professionnels, à prévenir les maladies professionnelles et les accidents du travail. C'est l'un des arguments les plus importants pour l'IDEC, qui connaît de près les conséquences des troubles musculo-squelettiques (TMS) sur la qualité et la continuité des soins.

La CNSA entend agir en faveur de la prévention des risques professionnels à travers le cofinancement de formations labellisées par l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS). Ces formations labellisées INRS — notamment les modules PRAP (Prévention des Risques liés à l'Activité Physique) — sont directement accessibles via OPCO Santé pour les établissements du secteur privé non lucratif.

Sur ce volet, la CNSA va même plus loin : le 15 juin 2026, OPCO Santé signera avec l'Anact une convention de partenariat 2026-2028, qui officialise une collaboration au cœur des enjeux de vos établissements : management, QVCT, attractivité, fidélisation des équipes, sécurisation des parcours, égalité professionnelle et prévention des risques professionnels Pour une IDEC déjà investie dans la démarche qualité et QVCT de son établissement, ce partenariat OPCO Santé / Anact est un appui supplémentaire à mobiliser.

Axe 3 — Transformation de l'offre : préparer l'EHPAD de demain

Enfin, ces conventions visent à améliorer la qualité de l'accompagnement et la transformation de l'offre médico-sociale. Cet axe est moins immédiat mais tout aussi stratégique : il s'agit de financer les formations qui permettent aux EHPAD de faire évoluer leurs pratiques — vers plus d'autonomie préservée, de soins palliatifs de qualité, d'accompagnement des troubles cognitifs, ou encore de coordination renforcée avec les équipes de soins à domicile.

Pour l'IDEC, c'est la dimension la plus structurante sur le long terme : à travers ces conventions, la CNSA poursuit un objectif de qualification des professionnels de l'autonomie, par le cofinancement de parcours diplômants. Cela inclut des parcours professionnalisants thématiques (soins palliatifs, accompagnement des personnes atteintes de maladies neurodégénératives, etc.) — pas seulement les diplômes de base.

Ce que représente OPCO Santé : comprendre son financeur

Toutes les IDEC ne connaissent pas forcément bien OPCO Santé. Quelques chiffres pour mesurer l'ampleur de l'organisme :

  • soutient 3 branches professionnelles du secteur privé de la santé, du social et du médico-social dans le développement et la sécurisation des parcours professionnels de plus de 1,3 million de salariés.
  • Pour la seule branche sanitaire, sociale et médico-sociale privée à but non lucratif : Secteur sanitaire, social et médico-social privé à but non lucratif : 26 797 structures et établissements et 1 040 306 salariés.
  • 609,5 M€ investis dans la formation des salariés en 2025.
  • 3 salariés sur 5 formé en 2025.
  • Au total, OPCO Santé a accompagné 727 818 stagiaires pour 619 millions d'euros mobilisés en 2025.

Selon les données publiées par OPCO Santé, l'organisme finance aussi l'alternance avec développé l'alternance avec 18 720 contrats, plus du double par rapport à 2021. Ce dynamisme de l'alternance est une opportunité pour les EHPAD qui peinent à recruter des profils formés directement sur le terrain.

Comment l'IDEC active ces financements : les étapes concrètes

La bonne nouvelle : ces mécanismes existent, mais ils ne s'activent pas seuls. L'IDEC joue un rôle central dans la détection des besoins de son équipe et dans l'orientation vers les dispositifs adéquats. Voici les leviers à actionner :

  1. Identifier les agents éligibles à une formation diplômante : aides-soignants motivés, AES en poste depuis plusieurs années, agents non diplômés occupant des postes de soins.
  2. Contacter le service formation de l'OPCO Santé de votre branche (ou Uniformation si vous coordonnez des équipes domicile) pour connaître les formations éligibles au cofinancement CNSA.
  3. Anticiper la VAE : les conventions couvrent aussi les parcours de Validation des Acquis de l'Expérience — un accélérateur de qualification non négligeable.
  4. Intégrer les formations prévention TMS dans votre plan de formation 2026-2027 : les formations INRS labellisées sont désormais cofinancées.
  5. Préparer la passerelle aide-soignant → infirmier pour septembre 2026 : c'est le bon moment d'identifier les candidats dans votre équipe.

Pour aller plus loin dans la structuration du plan de formation de votre EHPAD, consultez notre guide métier IDEC qui détaille les obligations réglementaires en matière de formation et les leviers de financement disponibles.

Sources officielles