Un programme de recherche porté par la CNSA et l'IReSP
La CNSA l'annonce sans détour : elle sélectionne 5 nouveaux doctorants pour son programme de recherche « Autonomie, grand âge et handicap », confirmant la poursuite d'un dispositif de soutien à la recherche en sciences humaines et sociales sur le grand âge et le handicap. Comme le précise l'institution, la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) conduit, en partenariat avec l'Institut pour la recherche en santé publique (IReSP), un programme de recherche « Autonomie, grand âge et handicap », destiné à soutenir la relève scientifique sur ces sujets. Chaque année, elle soutient notamment de jeunes chercheurs à travers des contrats doctoraux de trois ans. La CNSA souhaite ainsi contribuer à préparer la recherche de demain, en encourageant la production de connaissances en sciences humaines et sociales et en santé publique.
Le dispositif n'en est pas à son coup d'essai : Entre 2023 et 2026, le programme a permis d'accompagner 21 doctorants, dont les cinq nouveaux profils retenus cette année. Au total, « Près de 558 000 euros seront consacrés au financement de ces cinq thèses », une enveloppe qui accompagnera les lauréats sur toute la durée de leur contrat doctoral.
Sur le plan de la gouvernance, Le pilotage de ce programme est assuré conjointement par la CNSA et par l'IReSP, tandis que La mise en œuvre et la gestion des appels sont assurées par l'IReSP. Le volet doctoral relève plus précisément de l'« Appel à candidatures “Doctorat et 4e année de thèse” », reconduit chaque année.
Deux thèses qui parlent directement aux enjeux RH des EHPAD
Sur les cinq travaux sélectionnés, deux résonnent particulièrement avec le quotidien des cadres de santé et des IDEC confrontés aux tensions de recrutement et à la fidélisation de leurs équipes soignantes.
La première est une thèse de sociologie dont le titre annoncé est « Trajectoires et mobilités des aides-soignantes : quel(s) espace(s) de promotion socioprofessionnelle ? ». Elle étudie les trajectoires professionnelles des aides-soignantes dans les secteurs sanitaire, médico-social et de l'accompagnement à domicile. Concrètement, « sa recherche cherche à déterminer si l'entrée dans ce métier peut constituer une voie de progression professionnelle » — une question qui recoupe directement les enjeux de fidélisation que pilotent les IDEC à travers l'organisation des parcours professionnels en établissement. La CNSA précise que Les résultats permettront de mieux comprendre les enjeux d'attractivité du métier, de mobilité professionnelle, sans toutefois préjuger, à ce stade, des conclusions d'un travail qui commence à peine.
La seconde thèse ciblée porte sur un angle moins souvent documenté : celui des travailleuses migrantes du care. Intitulée « Entre inclusion productive et restriction sociale : l'articulation travail-famille des travailleuses migrantes du care auprès des personnes âgées au Japon et en France », cette thèse de sociologie analysera les parcours des femmes migrantes qui travaillent auprès des personnes âgées en France et au Japon. Plus précisément, « sa recherche étudiera la manière dont les politiques migratoires, les conditions de séjour et l'organisation de l'accompagnement de la perte d'autonomie influencent leur accès à l'emploi ». Selon la CNSA, « en comparant les situations française et japonaise, cette thèse de sociologie permettra de mieux comprendre les conditions de vie et de travail » de ces professionnelles — un public que les IDEC connaissent bien parmi le personnel d'aide à domicile et d'EHPAD, notamment là où le niveau de rémunération et les conditions d'exercice pèsent sur les choix de carrière.
Trois autres travaux, en toile de fond du programme
Les trois autres profils retenus cette année élargissent le spectre du programme, sans lien direct avec l'organisation des soins en EHPAD. L'un porte sur « Discours, violences et constructions identitaires des femmes sourdes », dans le cadre d'une thèse en sciences du langage. Un second explore, à travers une thèse de sociologie, le thème « Faire famille avec la maladie de Huntington ». Le dernier, mené dans le cadre d'une thèse en économie, s'intitule « Les ambivalences du secteur protégé au prisme » des politiques d'inclusion professionnelle. Ces trois travaux confirment la diversité des approches soutenues par le programme, entre sciences du langage, sociologie et économie.
Une tension RH déjà connue, documentée par la DREES
Le choix de financer une thèse sur les trajectoires des aides-soignantes fait écho à des difficultés de recrutement documentées de longue date sur ce métier. Une étude de la DREES consacrée au personnel des Ehpad indiquait déjà qu'44 % déclarent rencontrer des difficultés de recrutement. Parmi les établissements concernés, l'étude relevait, pour 63 % d'entre eux, la présence de postes non pourvus depuis plus de six mois, et plus spécifiquement, 9 % ont au moins un poste d'aide-soignant non pourvu depuis au moins six mois. Ces chiffres, plus anciens et antérieurs à plusieurs évolutions récentes du secteur, ne reflètent pas nécessairement la situation actuelle — mais ils dessinent une tension structurelle sur le recrutement des aides-soignantes que la nouvelle thèse se propose précisément d'éclairer sous un angle inédit : celui des trajectoires et de la promotion professionnelle, plutôt que du seul flux d'embauche. Pour les IDEC qui bâtissent leurs fiches de poste et leurs organigrammes de soins, cette mise en perspective rappelle que la question de l'attractivité ne se limite pas à la seule rémunération.
Ce que ces travaux pourraient apporter aux IDEC
Ces recherches n'en sont qu'à leur commencement : les contrats doctoraux financés par la CNSA courent sur plusieurs années, et aucune conclusion n'est encore disponible. Mais l'angle retenu mérite d'être suivi par les IDEC, qui pilotent au quotidien le recrutement, l'intégration et la fidélisation des aides-soignantes au sein de leurs équipes.
- Si la thèse sur les trajectoires professionnelles confirmait que le métier peut ouvrir des perspectives de promotion, cela pourrait outiller les argumentaires de recrutement et les politiques de gestion des compétences en établissement.
- Mieux comprendre les freins et les leviers propres aux travailleuses migrantes du care pourrait, à terme, éclairer les pratiques de recrutement dans les zones où cette main-d'œuvre pèse déjà fortement dans les effectifs d'aide à domicile et d'EHPAD.
- Aucune de ces deux pistes ne constitue à ce stade une préconisation opérationnelle : il s'agit de travaux de recherche en sciences sociales, dont les résultats ne sont pas attendus avant plusieurs années.
Les IDEC qui suivent l'évolution des dispositifs de reconnaissance et de rémunération des équipes soignantes auront intérêt à garder un œil sur les publications à venir de ces deux chercheuses, dont les travaux pourraient nourrir, à moyen terme, la réflexion collective sur l'attractivité des métiers du soin.
