Une réforme votée à l'unanimité par le Parlement le 27 juin 2025. Un décret d'application publié le 24 décembre 2025. Des arrêtés d'application attendus avant le 30 juin 2026. La réforme infirmière entre en vigueur dans quelques semaines — mais l'enquête MACSF publiée en mai 2026, menée auprès de 890 professionnels de santé, révèle que le terrain n'est pas prêt : 80 % des IDE réclament des formations supplémentaires et 77 % demandent des clarifications juridiques. Pour l'IDEC en EHPAD, le message est clair : la montée en compétences des équipes doit commencer maintenant.
Ce que dit l'enquête MACSF : une réforme bien accueillie mais très attendue
L'enquête a été conduite en ligne du 6 au 16 février 2026 auprès de 890 professionnels (infirmiers, médecins, étudiants, cadres de santé). Ses résultats ont été publiés en mai 2026, à quelques semaines de l'entrée en vigueur des textes d'application.
Le portrait global est celui d'une réforme bien reçue dans ses principes, mais très attendue sur le plan pratique :
- 75 % des répondants déclarent avoir entendu parler du décret
- 54 % expriment une opinion positive (44 % plutôt favorable, 9 % très favorable)
- 29 % formulent un avis négatif
- 59 % des infirmiers se déclarent prêts à exercer les nouvelles missions — ce qui signifie que 41 % ne se sentent pas prêts
Le soutien varie fortement selon la nature des nouvelles compétences. L'élargissement général du champ infirmier est approuvé par 74 % des répondants, et la prise en charge directe sans prescription médicale préalable par 70 %. En revanche, la prescription médicamenteuse divise : seuls 47 % y sont favorables, contre 50 % défavorables — c'est le point le plus clivant de la réforme.
Les 3 nouvelles compétences que vos équipes devront maîtriser
Le décret n° 2025-1306 du 24 décembre 2025 consacre trois nouvelles compétences majeures dans le droit infirmier français.
1. Le diagnostic infirmier
Reconnu pour la première fois dans le droit français, le diagnostic infirmier correspond à l'« identification des besoins de santé relevant du champ de compétences infirmier ». Il implique un raisonnement clinique structuré, une analyse de la situation de la personne et de son environnement, et la définition d'objectifs de soins traçables. Il est distinct du diagnostic médical, mais suppose une formation spécifique que la grande majorité des IDE actuellement en poste n'a pas reçue.
2. La consultation infirmière
Formalisée comme acte autonome (Article R. 4311-3), la consultation infirmière peut désormais être réalisée à visée préventive, éducative, diagnostique, thérapeutique ou palliative. Elle comprend un entretien clinique structuré, la collecte de données, la détermination d'objectifs, la mise en œuvre d'interventions et la coordination dans les parcours multiprofessionnels. En EHPAD, cette nouvelle compétence ouvre des perspectives importantes pour le suivi des résidents entre les visites médicales.
3. La prescription infirmière
Les IDE pourront prescrire des produits de santé et des examens complémentaires figurant sur une liste fixée par arrêté ministériel, après avis de la HAS, mise à jour tous les 3 ans. Certains actes resteront soumis à prescription médicale (Article R. 4311-6). La liste précise n'est pas encore publiée — c'est l'un des arrêtés d'application attendus avant le 30 juin 2026.
Ce que 80 % des IDE demandent : formations, clarifications, outils
Les résultats de l'enquête MACSF dessinent très clairement les priorités du terrain :
- 80 % demandent des formations complémentaires : raisonnement clinique, conduite de la consultation infirmière, diagnostic différentiel, traçabilité des nouveaux actes
- 77 % réclament des clarifications juridiques sur les responsabilités professionnelles, les périmètres d'autonomie et les limites des nouvelles compétences
- 59 % souhaitent des outils d'aide à la décision, de traçabilité et de coordination dans les dossiers patients
- 50 % demandent une adaptation de leurs assurances professionnelles
- 49 % exigent un renforcement des effectifs — car exercer des missions élargies est impossible dans des équipes déjà sous tension
Côté infirmières de pratique avancée (IPA), le bilan est plus positif : 80 % dressent un bilan favorable de leur métier et 89 % estiment que leur rôle va encore s'élargir. Mais 97 % jugent leur rémunération insuffisante et 63 % pointent un cadre réglementaire peu lisible.
Ce que l'IDEC doit organiser avant le 30 juin 2026
L'IDEC est au cœur du dispositif : c'est elle qui devra traduire la réforme dans les pratiques quotidiennes de son équipe, en lien avec le médecin coordonnateur et la direction. Voici le plan d'action recommandé.
1. Réaliser un diagnostic des besoins en formation
Avant de planifier, il faut identifier. Pour chaque IDE de l'équipe, évaluer le niveau de familiarité avec les nouveaux concepts : ont-ils entendu parler du décret ? Savent-ils ce qu'est un diagnostic infirmier formalisé ? Se sentent-ils prêts à conduire une consultation autonome ? Un entretien individuel ou un questionnaire d'auto-évaluation de 5 à 10 minutes suffit à cartographier les besoins. Consultez notre guide des compétences-clés de l'IDEC pour structurer cette évaluation.
2. Inscrire les formations au Plan de Développement des Compétences
Les résultats du diagnostic alimentent directement le PDC 2026-2027. Plusieurs organismes proposent déjà des parcours DPC ciblés sur la réforme infirmière, finançables via l'ANFH (établissements publics), l'OPCO Santé (secteur privé et associatif) ou l'ANDPC. Les thématiques les plus demandées : diagnostic infirmier et raisonnement clinique, conduite de la consultation infirmière, prescription infirmière et responsabilité juridique, traçabilité dans le DUI. Pour optimiser vos financements, consultez notre guide sur les dispositifs de financement de la formation IDEC.
3. Mettre à jour les protocoles dès la publication des arrêtés
Les arrêtés d'application préciseront la liste des actes du rôle propre, les produits prescriptibles et le cadre de l'accès direct. Dès leur parution au Journal officiel, l'IDEC devra réviser les protocoles concernés : procédures de consultation infirmière, traçabilité des diagnostics dans le dossier résident, circuit de prescription. La mise à jour du circuit du médicament en EHPAD sera particulièrement critique. Surveillez les parutions sur Légifrance.
4. Anticiper le dialogue avec le médecin coordonnateur
L'enquête MACSF révèle que 47 % des médecins interrogés ont un avis négatif sur la réforme — et 58 % des étudiants en médecine y sont défavorables. Les réticences portent principalement sur la sécurité du patient et l'ambiguïté des responsabilités. L'IDEC a un rôle clé dans la construction d'une relation de confiance : partager les textes officiels, clarifier les périmètres d'intervention, rassurer sur la traçabilité des nouveaux actes. Un point de coordination mensuel dédié à la mise en œuvre de la réforme peut être un outil simple et efficace.
5. Préparer l'équipe sur la responsabilité juridique
77 % des IDE demandent des clarifications juridiques — c'est la deuxième priorité du terrain. L'IDEC doit pouvoir répondre aux questions concrètes : quels actes puis-je prescrire ? Suis-je couvert(e) par mon assurance ? Que se passe-t-il si un acte prescrit de manière autonome entraîne un incident ? La MACSF a publié un guide juridique sur ces questions. Nos ressources de procédures et réglementation EHPAD peuvent également nourrir ces temps de formation interne.
Le risque : l'autonomie sans les moyens
La CFTC Santé Sociaux a formulé une mise en garde essentielle : « La loi élargit les responsabilités, mais si les effectifs ne suivent pas, si aucun temps dédié n'est alloué, si la formation n'est pas organisée, cette autonomie devient une pression supplémentaire. » L'enquête MACSF confirme cette tension : 49 % des IDE demandent un renforcement des effectifs pour pouvoir exercer les nouvelles missions.
En EHPAD, où les ratios soignants/résidents sont souvent serrés, l'IDEC devra veiller à ce que les nouvelles compétences s'exercent dans un cadre organisationnel adapté — et non comme une charge supplémentaire ajoutée à un poste déjà plein. C'est un argument à porter auprès de la direction, en s'appuyant sur le décret de définition des missions IDEC (n° 2025-897 du 4 septembre 2025).
Ce que l'IDEC doit retenir
La réforme infirmière est une opportunité historique — pour la profession et pour les EHPAD, qui bénéficieront d'équipes aux compétences élargies. Mais l'enquête MACSF est sans ambiguïté : le terrain n'est pas encore prêt. 41 % des IDE ne se sentent pas prêts à exercer les nouvelles missions. Les arrêtés d'application paraîtront dans les prochaines semaines. C'est maintenant que l'IDEC doit agir : cartographier les besoins, inscrire les formations au PDC, préparer les protocoles et construire le dialogue avec le médecin coordonnateur. La réforme entrera en vigueur avec ou sans préparation — à l'IDEC de décider dans quelle catégorie sera son établissement.