Un quatrième accord sous la convention MOSAR

Depuis plusieurs années, la coopération sanitaire entre la Moselle-Est et le Land de Sarre s'organise dans le cadre d'une convention dédiée. En vigueur depuis 2019, la convention MOSAR organise la coopération entre les acteurs de santé de Moselle-Est et du Land de Sarre. L'ARS Grand Est a annoncé la signature d'un nouveau protocole additionnel à ce dispositif, afin d'améliorer la prise en charge transfrontalière des accidents vasculaires cérébraux, ou AVC. Ce protocole n'est pas le premier du genre : il s'agit du quatrième accord conclu dans ce cadre, après ceux portant sur la cardiologie, la neurochirurgie et la médecine nucléaire. La directrice générale de l'ARS Grand Est a justifié cette démarche en rappelant que chaque minute compte et la frontière ne doit jamais constituer un obstacle à l'accès au traitement le plus rapide et le plus adapté.

Le transfert vers Sarrebruck pour la thrombectomie

Concrètement, le protocole prévoit que les patients pris en charge dans les établissements de Moselle-Est pourront, lorsque leur état de santé le nécessite, être transférés vers le Klinikum Saarbrücken. Cet établissement allemand est présenté comme un centre neurovasculaire agréé disposant d'une expertise spécifique dans la prise en charge interventionnelle des AVC. L'acte visé est la thrombectomie mécanique, qui consiste à retirer un caillot sanguin obstruant un vaisseau qui irrigue le cerveau. Ce protocole associe un ensemble d'acteurs des deux côtés de la frontière : le protocole réunit, du côté français, l'ARS Grand Est, le CHIC Unisanté+ de Forbach, le Centre hospitalier de Sarreguemines, la CPAM du Bas-Rhin, l'hôpital SOS Santé de Saint-Avold et le Centre hospitalier régional Metz-Thionville, tandis que du côté allemand, il associe le ministère de la Santé du Land de Sarre et le Klinikum Saarbrücken. L'ARS Grand Est ne précise pas, à ce stade, de données chiffrées sur le nombre de patients concernés ni sur les délais de transfert effectifs entre les établissements mosellans et Sarrebruck.

Ce que rappelle la HAS sur l'urgence AVC

Ce protocole local s'inscrit dans un cadre national dont la HAS rappelle les principes dans son parcours de santé AVC de l'adulte, une fiche adoptée par le Collège le 23 octobre 2025. Premier réflexe attendu de tout professionnel, y compris en établissement : l'appel du 15 (le 114 si la personne est seule lors de l'évènement et sourde, sourd aveugle, malentendante ou aphasique) par le patient, un témoin ou un professionnel de santé est systématique et immédiat devant tout symptôme d'accident vasculaire cérébral. Dès cet appel, le médecin régulateur du SAMU – Centre 15 appelle le médecin neuro-vasculaire ou le médecin urgentiste, en fonction des procédures locales, pour information et discussion. La HAS insiste également sur un point souvent sous-estimé en EHPAD : en cas de régression des symptômes, un accident ischémique transitoire est évoqué et nécessite également une prise en charge urgente — un résident dont les signes disparaissent en quelques minutes ne doit donc jamais être considéré comme hors de danger.

Une filière avec des délais cibles précis

Une fois l'alerte donnée, le SAMU oriente le patient vers l'un des 4 types d'établissements de la filière AVC, et dès son arrivée à l'hôpital, le patient en alerte AVC est pris en charge sans délai par une équipe neurovasculaire dédiée, en présentiel ou à distance via le télé-AVC. La HAS fixe des délais cibles précis tout au long de ce parcours : moins de 25 min entre l'arrivée dans l'établissement et l'imagerie, moins de 60 min entre l'arrivée dans l'établissement et le traitement médical d'urgence, et lorsqu'un transfert vers un centre de recours est nécessaire — configuration proche de celle organisée par MOSAR — moins de 90 min entre l'arrivée dans l'établissement initial et le départ vers le centre de recours, puis moins de 25 min entre l'arrivée dans le centre de recours (après transfert) et la thrombectomie mécanique. Au total, la thrombectomie doit intervenir en moins de 90 min entre l'arrivée dans l'établissement de recours et la thrombectomie mécanique lorsque le patient y est admis directement. Ces repères nationaux donnent une grille de lecture pour apprécier la pertinence d'un protocole de transfert transfrontalier comme celui annoncé en Moselle-Est.

Le retour et la rééducation, un enjeu direct pour l'EHPAD

Pour l'IDEC, l'enjeu ne s'arrête pas à la phase aiguë. La HAS rappelle que tous les patients ayant un AVC, ischémique ou hémorragique, quelle que soit sa gravité et quel que soit l'âge du patient, sont proposés à une unité neuro-vasculaire (UNV), et que le dépistage des complications doit être précoce : moins de 24 h entre l'admission dans l'établissement et le dépistage d'un trouble de la déglutition, et moins de 24 h entre l'admission en UNV et l'évaluation par un kinésithérapeute et un orthophoniste. Le parcours de rééducation post-AVC de la HAS précise l'intensité attendue lorsqu'une rééducation est engagée : des séances d'au moins 45 minutes par jour et par type de rééducation, 5 à 7 jours par semaine. Surtout, la préparation du retour en établissement ne doit pas être une réflexion de dernière minute : la sortie se prépare dès l'admission, dans une vision systémique intégrant les dimensions médicale, sociale et psychologique. Une consultation d'évaluation pluriprofessionnelle post-AVC dans les 2 à 6 mois après les symptômes est par ailleurs recommandée, et les outils de continuité — la lettre de liaison ville-hôpital ; le plan personnalisé de coordination en santé — sont les leviers concrets sur lesquels l'IDEC peut s'appuyer pour sécuriser le retour d'un résident.

Ce que l'IDEC peut anticiper dès maintenant

Ce protocole transfrontalier, comme le cadre général de la filière AVC, invite l'IDEC à vérifier trois points dans son organisation. D'abord, la formation de l'équipe au repérage des signes d'alerte et au réflexe d'appel immédiat du 15, y compris de nuit et pour des symptômes transitoires. Ensuite, la disponibilité d'une procédure écrite d'orientation en urgence, cohérente avec les procédures de gestion des événements de santé déjà en place dans l'établissement. Enfin, l'anticipation du retour : dès qu'un résident est hospitalisé pour un AVC, solliciter sans attendre les informations sur le projet de rééducation et la date prévisionnelle de sortie permet de préparer l'accueil, les aides techniques et, le cas échéant, le lien avec le plan personnalisé de coordination en santé. Ces missions de coordination s'inscrivent dans le cadre plus large détaillé dans notre guide du rôle de l'IDEC en EHPAD, et peuvent s'appuyer sur les outils de pilotage de la coordination ainsi que sur notre fiche sur les compétences attendues de l'IDEC en matière de gestion des urgences.

Sources officielles