Chaque automne, l'IDEC orchestre la campagne vaccinale de son établissement. Mais le calendrier 2026 du résident âgé ne se limite plus à la grippe : VRS, zona et pneumocoque s'ajoutent au socle, tandis que la couverture grippe des résidents recule et qu'une obligation vaccinale se profile. Tour d'horizon pratique des vaccins recommandés pour la personne âgée en EHPAD, et du rôle désormais central de l'infirmier.

La vaccination du résident : un enjeu de coordination sous-estimé

Les chiffres rappellent l'enjeu. En médecine de ville, la grippe saisonnière des 65 ans et plus pèse lourd : 3 millions de consultations et environ 30 000 hospitalisations chaque année. Or la protection reste insuffisante : tous milieux confondus, on observait un taux de couverture vaccinale chez les personnes âgées de 65 ans et plus à 53,7 %.

En EHPAD, la situation est meilleure mais se dégrade. La dernière saison documentée montre que la couverture vaccinale moyenne contre la grippe des résidents dans les Établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) cette saison était de 83,3%. Un niveau élevé, mais en recul : Ces couvertures vaccinales étaient inférieures à celles des saisons 2022-2023 (87,5% et 24,7%, respectivement) et 2021-2022 (86,9% et 27,6%, respectivement). Enrayer cette érosion fait partie des missions de coordination de l'IDEC, comme le détaille notre présentation du rôle de l'IDEC en EHPAD : relancer les résidents non vaccinés, lever les hésitations des familles et sécuriser l'approvisionnement en vaccins sont autant de tâches qui relèvent directement de la coordination soignante.

Le socle grippe : recommandation, gratuité et obligation à venir

La grippe reste la pierre angulaire. La campagne annuelle pilotée par l'Assurance Maladie rappelle que la vaccination contre la grippe est recommandée chaque année pour les personnes âgées de 65 ans et plus, et cible spécifiquement les personnes séjournant dans un établissement de soins de suite ou dans un établissement médico-social d'hébergement. Pour ces publics prioritaires, le vaccin est pris en charge à 100 %, ce qui lève tout frein financier pour le résident.

Reste que la couverture vaccinale ne se décrète pas : elle se construit chaque automne par une organisation minutieuse. Lancer la campagne dès la mise à disposition des vaccins, informer les résidents et leurs proches, recueillir les consentements, tracer les refus comme les contre-indications : autant de gestes qui font la différence entre une couverture qui stagne et une couverture qui progresse. L'enjeu est d'autant plus fort que la grippe n'est plus le seul vaccin à orchestrer : le calendrier du résident âgé combine désormais plusieurs valences, dont certaines supposent des rappels ou des schémas en deux temps. Penser la campagne comme un bouquet vaccinal cohérent — plutôt que comme une succession d'actes isolés — évite les oublis et limite le nombre d'injections vécues comme des contraintes par le résident.

VRS et zona : les nouvelles cibles du sujet âgé

Le calendrier du senior s'est enrichi de deux vaccins majeurs. Contre le virus respiratoire syncytial (VRS), la stratégie vaccinale publiée par la HAS invite à vacciner, avec l'un ou l'autre de ces vaccins, les personnes âgées de 75 ans et plus ainsi que les personnes de 65 ans et plus présentant des pathologies respiratoires ou cardiaques chroniques. Deux produits sont disponibles : la HAS considère que les deux vaccins Arexvy et Abrysvo peuvent être utilisés dans le cadre de cette recommandation. L'enjeu est de taille pour les résidents les plus âgés, chez qui l'infection à VRS peut déclencher des formes respiratoires sévères, décompenser une pathologie cardiaque ou pulmonaire chronique et conduire à une hospitalisation que la vaccination vise précisément à prévenir.

Contre le zona, la HAS recommande la vaccination des adultes de 65 ans et plus contre le zona, ainsi que la vaccination contre le zona avec le vaccin Shingrix des personnes de 18 ans et plus dont le système immunitaire est défaillant. Attention au schéma, qui suppose une planification : Le schéma de primovaccination par Shingrix comprend deux doses, qui doivent être administrées à deux mois d'intervalle (jusqu'à six mois si nécessaire). À cela s'ajoute la vaccination antipneumococcique, également recommandée chez le sujet âgé, qui complète ce schéma de prévention des infections graves.

Ces recommandations prennent un relief particulier en collectivité. La promiscuité, la fragilité des résidents et la circulation hivernale des virus respiratoires font de l'EHPAD un environnement où une épidémie interne peut se propager vite et frapper fort. Anticiper les schémas vaccinaux avant la saison — commander les doses, planifier les séances, repérer les résidents éligibles au VRS ou au zona — relève donc autant de la santé publique que de la gestion des risques de l'établissement, en lien avec les mesures d'hygiène et de prévention des infections déjà en place.

L'infirmier, pivot de la campagne vaccinale

La montée en compétence de l'IDE change la donne organisationnelle. Comme le précise la page de l'Assurance Maladie dédiée à la vaccination par l'infirmier, les infirmiers peuvent prescrire et administrer l'ensemble des vaccins du calendrier vaccinal, en plus des vaccins contre la grippe saisonnière, aux personnes âgées de 11 ans et plus. En EHPAD, cela signifie qu'une part majeure de la campagne peut être portée par l'équipe soignante, sans dépendre d'une prescription médicale préalable pour chaque résident.

Deux garde-fous demeurent néanmoins. D'une part, les vaccins vivants atténués (rougeole, oreillons, BCG par exemple) chez les personnes immunodéprimées, ne peuvent être prescrits ou administrés par un infirmier. D'autre part, Les infirmiers ne peuvent pas vacciner les personnes présentant des antécédents de réaction allergique sévère à l'ovalbumine ou à une vaccination antérieure. Ces situations imposent un relais médical. Bien maîtrisés, ces critères s'intègrent naturellement aux protocoles de l'établissement : nos procédures de soins de référence aident à formaliser ce circuit.

Ce que l'IDEC doit organiser pour 2026

Traduire ce calendrier en campagne réussie relève d'abord de la méthode. Quelques leviers concrets :

  • Cartographier le statut vaccinal de chaque résident à l'entrée et avant la saison, pour cibler grippe, VRS, zona et pneumocoque sans doublon ni oubli.
  • Planifier le schéma zona en deux temps, l'intervalle de deux mois imposant d'anticiper la seconde dose dès la première.
  • Sécuriser la délégation à l'IDE en formalisant la liste des contre-indications qui exigent un avis médical.
  • Anticiper la future obligation grippe en fiabilisant dès maintenant la traçabilité des vaccinations et des refus.

Au-delà de ces vaccins, l'essentiel pour l'IDEC est de disposer d'un tableau de suivi clair — qui a reçu quoi, quand, et ce qu'il reste à programmer — afin qu'aucun résident ne passe entre les mailles du filet, y compris ceux admis en cours d'année. Nos outils de coordination aident à structurer ce pilotage et à sécuriser la traçabilité des vaccinations comme des refus.

Monter en compétence sur ces nouveaux vaccins suppose aussi de former l'équipe : notre sélection de formations permet d'outiller les IDE sur la prévention vaccinale. En pilotant activement cette campagne élargie, l'IDEC ne coche pas seulement une case : il protège des résidents pour qui une infection respiratoire ou un zona peut basculer en hospitalisation évitable, voire en décès. Faire de la vaccination une routine organisée, et non une urgence de dernière minute, est sans doute l'un des gestes de prévention au meilleur rapport bénéfice-effort dont dispose une équipe soignante en EHPAD.

Sources officielles