C'est une révision de fond, pas un ajustement de calendrier. Le 30 juillet, la Haute Autorité de santé a rendu publique une stratégie vaccinale antipneumococcique entièrement remaniée, qui change à la fois le vaccin recommandé, le nombre de doses et la liste des produits à retirer des protocoles. Pour une IDEC en EHPAD, la conséquence est immédiate : le schéma appliqué jusqu'ici aux résidents n'est plus celui que recommande l'autorité sanitaire.
Deux vaccins, deux publics
La ligne directrice tient en une phrase : la HAS recommande désormais l'utilisation du vaccin PREVENAR 20 (VPC20) chez les nourrissons et les enfants à risque, et le recours préférentiel au CAPVAXIVE (VPC21) chez les adultes à risque et les personnes âgées de 65 ans et plus. Le raisonnement est celui de la valence, c'est-à-dire du nombre de sérotypes de pneumocoque couverts par chaque produit. La HAS s'est fixé pour but d'Optimiser l’impact populationnel de la vaccination dans un contexte d’évolution de l’offre vaccinale, en tenant compte de la valence élargie des vaccins disponibles, 20-valent PREVENAR 20 et 21-valent CAPVAXIVE, l'objectif est ainsi de renforcer la protection contre les infections à pneumocoques chez les nourrissons, les adultes de plus de 65 ans et les personnes à risque.
En établissement pour personnes âgées, un seul de ces deux volets s'applique en pratique : celui de l'adulte. C'est le VPC21 qui devient la référence, et son mode d'administration simplifie considérablement l'organisation, comme le détaille la stratégie vaccinale actualisée publiée par la HAS.
Pourquoi le VPC21 chez la personne âgée
L'argument est chiffré et il est comparatif. Chez l'adulte âgé, le VPC21 est recommandé en dose unique, avec une protection contre 84 % des cas d'infections chez les adultes âgés de 65 et plus — à comparer aux 63% pour le VPC20. L'analyse sérotypique aboutit au même écart : le VPC21 couvrirait les sérotypes responsables de 83,5 % des IIP, contre 62,3 % pour le VPC20.
Deux enseignements pour la pratique. Le premier est organisationnel : une dose unique, et non un schéma séquentiel à deux produits comme celui qui prévalait, allège la charge de programmation et de rappel — un gain réel quand il s'agit de couvrir plusieurs dizaines de résidents dans une même campagne. Le second est clinique : l'écart de protection entre les deux vaccins n'est pas marginal, ce qui rend la substitution difficilement reportable à l'année suivante.
Chez l'adulte plus jeune mais fragile, la logique est identique. La HAS retient L’utilisation préférentielle du vaccin VPC21 chez les adultes de 18 à 64 ans à risque d’IP, une population qui recouvre notamment, précise-t-elle, les adultes de 18 à 64 ans à risque d’IP, y compris les soudeurs régulièrement exposés aux fumées de soudage et les travailleurs de la métallurgie, et les adultes à partir de 65 ans. Un point utile aux structures accueillant des résidents jeunes en situation de handicap ou de polypathologie.
Ce qui sort des protocoles
La révision ne se contente pas d'ajouter une option : elle en retire. Cette stratégie remplace les vaccins actuellement utilisés (VPC13, VPC15 et, pour certaines populations, VPP23. Sur le versant pédiatrique, la formulation est explicite — La HAS recommande d'arrêter l'utilisation du VPC13 et du VPC15 chez les nourrissons et les prématurés, et La HAS recommande d'arrêter l'utilisation du VPC13, du VPC15 et du VPP23 chez les enfants à risque.
C'est précisément là que se joue le travail de mise à jour documentaire. Un protocole vaccinal d'établissement, une trame de prescription, une fiche de traçabilité ou une commande de pharmacie qui mentionnent encore les anciennes valences deviennent, du jour au lendemain, des documents non conformes à l'état de l'art. Les revoir relève du même réflexe que la révision périodique des autres procédures de soins de l'établissement.
Pour mémoire, le volet nourrisson repose sur un schéma vaccinal composé de doses administrées à l'âge de 2, 4 et 6 mois, suivies d'un rappel à 11 mois, avec une efficacité attendue nettement supérieure puisque le VPC20 assure une protection contre 41 % des cas d'infections invasives à pneumocoques chez les enfants (contre jusqu'à 18 % pour les vaccins précédemment recommandés). Ce volet ne concerne pas l'EHPAD, mais il intéresse directement les IDE exerçant en crèche, en PMI ou en pédiatrie.
Le vrai point faible n'est pas le vaccin, c'est la couverture
La HAS documente un angle mort que les équipes de terrain connaissent bien. La couverture vaccinale antipneumococcique tandis qu'elle reste très insuffisante chez les adultes, estimée à 10 % et 20 % chez les personnes à risque accru IIP et les patients immunodéprimés, respectivement. Autrement dit, la grande majorité des adultes qui devraient être protégés ne le sont pas.
Et l'institution n'est pas un facteur protecteur, bien au contraire : le fait de vivre en isolement à domicile ou en institution (EHPAD/établissements de soins) a été rapporté comme étant systématiquement associé à une couverture vaccinale plus faible. Ce constat, tiré du rapport d'évaluation qui fonde la recommandation, désigne directement le lieu d'exercice de l'IDEC comme un terrain de rattrapage prioritaire.
L'enjeu est dimensionné. Sans évolution de la stratégie, la modélisation retenue estime que ces infections invasives seraient à l'origine, sur les cinq prochaines années, de plus de 17 000 hospitalisations, de près de 3 000 personnes présentant des séquelles et d'environ 2 800 décès. Sur le plan économique, le coût total sur 5 ans de la prise en charge des IIP et de leurs conséquences, et du schéma actuel de vaccination est estimé à 1,509 milliard d'euros.
Ce que l'IDEC met en chantier dès la rentrée
Aucune de ces étapes n'est prescrite par la HAS, qui se prononce sur la stratégie vaccinale et non sur l'organisation interne des établissements. Elles relèvent de la responsabilité propre de la coordination des soins, et quatre chantiers s'imposent.
Le premier est un recensement. Identifier les résidents relevant de la recommandation — les 65 ans et plus, soit en pratique la quasi-totalité d'un effectif d'EHPAD, et les résidents plus jeunes à risque — permet de dimensionner la campagne et d'anticiper la commande. Le deuxième est la reprise de l'historique vaccinal : un résident déjà vacciné avec une ancienne valence n'est pas dans la même situation qu'un résident jamais vacciné, et l'arbitrage se construit avec le médecin coordonnateur et le prescripteur.
Le troisième chantier est documentaire : mise à jour du protocole vaccinal, de la trame de consentement et du support de traçabilité dans le dossier usager informatisé, pour que la valence administrée soit lisible et retrouvable — c'est ce qui permettra, dans deux ans, de savoir qui a reçu quoi. Le quatrième est un chantier d'équipe : l'articulation avec la campagne antigrippale d'automne, qui mobilise les mêmes professionnels sur le même créneau, et l'information des familles. Ce type de coordination pluriprofessionnelle constitue le cœur du rôle de l'IDEC en EHPAD, et il gagne à s'appuyer sur les outils de suivi déjà en place plutôt que sur un tableur créé pour l'occasion.
Ce qui reste en attente
Deux volets ne sont pas refermés. Pour les patients les plus fragiles, Pour les personnes immunodéprimées, une recommandation spécifique est en cours d'élaboration par la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF). Par ailleurs, elle débute l'évaluation du VPC21 chez les enfants à risque, qui devrait aboutir d'ici la fin d'année 2026. Un troisième chantier a été ouvert à la demande des pouvoirs publics : À la demande du ministère chargé de la Santé, la HAS a également évalué la pertinence d'une recommandation de vaccination contre les infections à pneumocoques chez les travailleurs régulièrement exposés aux fumées de soudage.
La révision n'a rien d'improvisé : elle a fait l'objet d'la consultation publique, organisée du 7 mai 2026 au 25 mai 2026 et destinée aux principaux acteurs de la vaccination, dont le périmètre affiché était d'Actualiser la stratégie de vaccination contre les infections invasives à pneumocoques chez les nourrissons, les enfants à partir de deux ans, y compris les enfants à risque d'infections à pneumocoque, les adolescents, et les adultes. Le détail des populations et des schémas figure dans la recommandation vaccinale complète.
Reste la question qui décidera de tout : la capacité des équipes à transformer une recommandation en actes tracés. Sur ce terrain, la formation des soignants à l'acte vaccinal et à l'entretien de conviction pèse souvent davantage que le choix du produit ; elle a toute sa place dans le plan de formation de l'établissement.
