La Haute Autorité de santé a ouvert le 20 mai 2026 une consultation publique sur un sujet qui agite la profession depuis vingt ans : faut-il rendre obligatoire la vaccination antigrippale des professionnels de santé et du secteur médico-social ? La période contributive est courte — elle court du 20 mai au 10 juin 2026 à 23h59 — et concerne directement les EHPAD, dont les résidents et les équipes sont au cœur de la saisine ministérielle. Pour l'IDEC, c'est un moment éditorial où sa voix peut peser, à travers son établissement.

Une consultation HAS ouverte pour trois semaines exactement

La HAS a publié l'avertissement officiel : Consultation publique - Mis en ligne le 20 mai 2026. Les modalités de participation sont strictement encadrées : Seules les contributions via le questionnaire en ligne sont recevables, et un seul avis par organisme, association ou institution est attendu. Les particuliers ne peuvent pas répondre à titre individuel — autrement dit, ce sont les EHPAD, leurs fédérations employeurs, les ordres professionnels, les sociétés savantes qui sont attendus. À noter : l'ensemble des contributions reçues par le biais de ce formulaire seront rendues publiques. La transparence est totale, ce qui change la portée stratégique d'une contribution.

Côté gouvernance, la Haute autorité de santé a été saisie par le Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles afin d'évaluer l'opportunité d'une obligation vaccinale contre la grippe saisonnière. Et le périmètre est explicite : la saisine concerne les professionnels de santé, les personnels du champ sanitaire et médico-social et les personnes de 65 ans et plus résidant en collectivité. Les EHPAD sont, par construction, doublement concernés : leurs équipes au titre des professionnels du médico-social, leurs résidents au titre des personnes de 65 ans et plus en collectivité.

Le rappel historique : une obligation déjà existante, jamais appliquée

Pour comprendre les enjeux, il faut un détour par l'histoire récente. En 2006, la vaccination antigrippale avait été rendue obligatoire pour les professionnels visés par l'article L. 3111‑4 du Code de la santé publique, puis suspendue avant application. Vingt ans plus tard, la même question revient sur la table, dans un contexte sanitaire et social profondément renouvelé.

À l'heure actuelle, le cadre est le suivant : l'obligation vaccinale concerne les professionnels exposés ou exposant à un risque de contamination et porte sur l'hépatite B, la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. La grippe en est exclue. Mais le même cadre légal mentionne, dans sa rédaction en vigueur depuis 2017, des personnes immunisée contre l'hépatite B, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la grippe — sans que la composante antigrippale ne soit, à ce jour, activée. Le même article vise Une personne qui, dans un établissement ou organisme public ou privé de prévention de soins ou hébergeant des personnes âgées, exerce une activité professionnelle. Les EHPAD entrent pleinement dans ce périmètre.

La consultation actuelle prend un sens particulier puisque en 2023, la HAS a maintenu la vaccination antigrippale au stade de recommandation en raison d'une efficacité variable selon les saisons. Trois ans plus tard, la HAS est saisie pour réévaluer ce positionnement. Les conditions de l'immunisation...sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé pris après avis de la Haute Autorité de santé : le résultat de la consultation alimentera donc un avis HAS, puis, le cas échéant, un arrêté ministériel.

Les chiffres qui pèsent dans la balance

L'argumentaire HAS dresse un tableau préoccupant pour la population accueillie en EHPAD. La grippe est associée à un excès de mortalité toutes causes confondues estimé à plus de 17 600 décès en 2024-2025. Les décès liés à la grippe concernaient à 90 % des personnes de 65 ans et plus, principalement celles âgées de 75 ans et plus. Or, en EHPAD, 75% des résidents sont des personnes âgées de 75 ans et plus — la cible épidémiologique principale.

Côté efficacité, l'argumentaire est honnête sur les limites : l'efficacité vaccinale en vie réelle chez les adultes âgés de 18 à 64 ans contre les cas de grippe confirmée varie entre 41 % et 76 % sur les trois dernières années. Chez les plus âgés, le bénéfice direct est plus faible : l'efficacité vaccinale contre les cas de grippe confirmée chez les personnes âgées de 65 ans et plus, est plus faible (immunosénescence) variant entre 25,1 % à 42 % sur les trois dernières années. C'est précisément ce qui rend la vaccination des soignants stratégique : si l'efficacité directe chez le résident âgé est limitée, l'effet barrière apporté par des équipes vaccinées devient décisif. La HAS cite à ce titre une méta-analyse selon laquelle la vaccination antigrippale diminuerait de 60 % l'incidence de la maladie chez les professionnels de santé et de 38 % leurs absences liées à la grippe. Ce double effet — protection collective + absentéisme évité — est un argument RH majeur que l'IDEC peut faire valoir dans son établissement.

L'écart entre résidents et professionnels : un signal d'alerte

C'est probablement la donnée la plus parlante du dossier. Chez les résidents en EHPAD, la couverture vaccinale antigrippale était de 83,3 % en 2023/2024 et de 82,7 % en 2024/2025. La couverture des résidents est donc proche du plateau, dans le respect de la recommandation HAS. Côté équipes, en revanche : Concernant les professionnels en EHPAD, la couverture vaccinale est passée de 37,2 % en 2007-2008 à 24,2 % en 2024-2025. La chute est continue depuis près de 20 ans. Sur la même saison 2024-2025, Santé publique France a confirmé un taux de 21,0 % [20,4 – 21,7] des professionnels exerçant en Ehpad, et seulement 82,7 % [82,2 – 83,3] des résidents en Ehpad. À titre de référence, en France, en 2024-2025, la couverture vaccinale antigrippale des professionnels en établissements de santé était de 20 % (taux médian). Hôpital et EHPAD font, sur ce point, jeu égal — vers le bas. L'écart entre les deux taux mesurés côté EHPAD tient à des méthodologies d'enquête distinctes entre l'argumentaire HAS et Santé publique France ; ce sont deux estimations complémentaires sur la même saison, pas une contradiction.

L'impact concret en EHPAD est documenté. Les épisodes de « grippe seule » ont été à l'origine de 23 796 résidents malades (taux d'attaque 19,8%), 1 397 hospitalisations (taux d'hospitalisation 6,4%), 1 476 décès (létalité 6,1%). Côté équipes, chez les professionnels exerçant en EHPAD, on comptait 5 397 malades (taux d'attaque de 6,5% et létalité de 0,1%). La grippe en EHPAD n'est pas un risque théorique : c'est une mortalité documentée chez les résidents et un absentéisme massif côté équipes.

Ce que l'IDEC peut faire dans les trois prochaines semaines

La prévention en EHPAD ne se résume pas aux chutes et aux escarres : la prévention infectieuse, et singulièrement la couverture vaccinale des équipes, est un chantier d'égale importance. La consultation HAS est l'occasion d'agir sur plusieurs leviers.

Quel que soit le verdict final de la HAS — recommandation maintenue, obligation activée, voie intermédiaire — la séquence ouverte le 20 mai 2026 marquera une étape importante dans le rapport collectif à la vaccination des soignants. L'IDEC en EHPAD a tout intérêt à se saisir des trois semaines qui restent pour faire entendre, à travers la voix de son établissement, une parole nourrie du terrain.

Sources officielles