Un secteur qui recrute, mais de moins en moins vite
La Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES) vient de mettre à disposition de nouvelles séries longues sur les effectifs salariés du secteur hospitalier français entre 2004 et 2024. Pour les IDEC et cadres de santé, ces données constituent un outil de compréhension stratégique du contexte dans lequel ils exercent.
Fin 2024, les établissements de santé emploient 1,4 million de personnes en France, dont 77 % dans le secteur public. Un volume considérable, mais dont la dynamique de croissance mérite attention. L'effectif a progressé de 16 % entre fin 2004 et fin 2024, soit une moyenne apparente rassurante — jusqu'à ce qu'on examine la courbe de plus près.
Le ralentissement est en effet très net. La hausse des effectifs a été plus soutenue pendant la première décennie que pendant la seconde : +1,1 % par an en moyenne entre 2004 et 2014, contre +0,4 % entre 2014 et 2024. Autrement dit, le rythme de recrutement a été divisé par presque trois. Ce ralentissement n'épargne ni le secteur public ni le secteur privé, même si la croissance a été plus forte dans le secteur privé (+23 %) que dans le secteur public (+14 %) sur l'ensemble de la période.
Ce chiffre parle directement aux IDEC en EHPAD ou en établissement public. Dans un contexte de tension sur les effectifs soignants, la dynamique de recrutement ralentit structurellement — avant même que l'on tienne compte des arrêts maladie, de l'absentéisme ou du recours à l'intérim.
Les infirmiers : 42 % des soignants, colonne vertébrale fragilisée
Fin 2024, 61 % des effectifs des établissements de santé sont des personnels soignants non médicaux, composés majoritairement d'infirmiers (42 %) et d'aides-soignants (33 %). Cette répartition illustre le rôle central de la profession infirmière dans l'organisation des soins. Pour l'IDEC, c'est sa « matière première » professionnelle : la qualité de l'encadrement de ces équipes conditionne directement la continuité et la sécurité des soins.
Par contraste, la part des personnels médicaux s'est accrue, passant de 10 % à 13 % entre 2004 et 2024. Si la progression du personnel médical en formation était d'environ 1 000 internes par an avant 2020, elle est passée à près de 2 000 internes supplémentaires annuels depuis. Cette montée en puissance du médical ne s'accompagne pas d'un effort équivalent sur le paramédical — créant un déséquilibre que les IDEC ressentent au quotidien dans la coordination des équipes.
La profession infirmière représente également le premier périmètre de responsabilité de l'IDEC. La fiche de poste de l'IDEC intègre désormais des missions explicites de coordination paramédicale : comprendre les effectifs disponibles est le point de départ de toute planification.
Salaires : une revalorisation réelle mais limitée
La pression salariale constitue l'un des défis les plus aigus pour fidéliser les équipes infirmières. Les données DREES livrent un portrait nuancé. Un agent de la fonction publique hospitalière (FPH) perçoit en moyenne 2 896 euros nets par mois en 2024. Ce montant paraît acceptable en valeur nominale, mais la réalité en euros constants tempère l'optimisme : il augmente de 0,7 % en euros constants, après avoir baissé de 0,9 % en 2023.
Pour l'IDEC qui cherche à recruter ou fidéliser des IDE, ce contexte compte. La prime Ségur a représenté une revalorisation significative à partir de 2020, mais son effet sur la trajectoire salariale réelle s'érode avec l'inflation — contribuant à une accélération du glissement vieillesse technicité (GVT), suite aux revalorisations salariales décidées lors du Ségur de la santé en 2020, ce qui pèse sur les budgets sans nécessairement se traduire en pouvoir d'achat supplémentaire pour les agents.
L'écart de rémunération entre femmes et hommes reste également problématique. Selon la DREES, le salaire net moyen des femmes est inférieur de 19,1 % à celui des hommes, un écart en baisse de 0,6 point. À profil comparable, cet écart s'établit à 4,7 %, soit 0,2 point de plus qu'en 2023. Dans une profession où 86 % des professionnels du social (hors AESH) sont des femmes, cette inégalité structurelle pèse sur l'attractivité globale du métier.
Un vieillissement structurel qui interroge les IDEC
Au-delà des chiffres hospitaliers stricts, les données DREES sur les professionnels du social éclairent une tendance de fond qui concerne directement les EHPAD et les services médico-sociaux. 41 % sont âgés de plus de 50 ans ou plus, contre 32 % des autres personnes en emploi. Cette surreprésentation des seniors dans le secteur médico-social préfigure une vague de départs à la retraite dans les cinq à dix prochaines années.
Pour l'IDEC, cette réalité démographique se traduit par un double défi : anticiper les remplacements de personnels expérimentés et former les nouveaux entrants dans un contexte de tension sur le recrutement. 44 % exercent à temps partiel dans leur emploi principal, contre 16 % des autres personnes en emploi. Plus préoccupant encore, 28 % des professionnels du social exercent à temps partiel faute d'avoir trouvé un emploi à temps complet — un signal d'inadéquation entre offre et demande qui fragilise la stabilité des équipes.
Ces déterminants structurels du secteur sont à mettre en lien avec les formations obligatoires en EHPAD, qui représentent un levier essentiel pour maintenir les compétences malgré le turn-over.
La pression financière sur les établissements : enjeu direct pour l'IDEC
Les effectifs ne se pilotent pas dans l'abstrait : ils dépendent des enveloppes budgétaires des établissements. Sur ce point, les données DREES pour 2024 sont préoccupantes. Le déficit global du résultat net des hôpitaux publics atteint 2,9 milliards d'euros en 2024. Ce déséquilibre s'explique en partie par l'évolution des charges, avec les dépenses de personnel (+4,1 % en 2024, à 63,3 milliards d'euros).
Pour l'IDEC, cette contrainte financière se matérialise concrètement : gel de postes, recours accru à l'intérim coûteux, pression pour réduire le remplacement des absences. Comprendre ces tensions macro-économiques permet à l'IDEC de mieux défendre ses demandes de ressources humaines auprès de sa direction, en les ancrant dans une réalité sectorielle documentée. Le guide complet sur le salaire de l'IDEC en 2026 détaille par ailleurs les marges de négociation propres à ce poste.
Formation continue : un levier que l'IDEC doit activer
Dans ce contexte de tension budgétaire et de vieillissement des équipes, la formation continue reste un levier stratégique que l'IDEC peut actionner. Le maintien des compétences face au turn-over et l'adaptation aux évolutions réglementaires (nouvelles compétences IDE, numérique en santé) en font une priorité managériale directe.
L'ANFH propose des financements spécifiques pour les établissements de la Fonction publique hospitalière, accessibles dès la signature d'un plan de formation. Le CPF reste un outil complémentaire pour les IDE souhaitant des formations à titre personnel — notamment détaillé dans notre guide sur le financement de la formation IDEC via le CPF.
Ce que l'IDEC doit retenir
Les données DREES 2026 dessinent un secteur hospitalier qui reste le premier employeur du service public, mais dont la dynamique de recrutement ralentit, dont les professionnels vieillissent, et dont les marges financières se contractent. Pour l'IDEC :
- Anticiper les départs : le vieillissement structurel du secteur médico-social préfigure une vague de départs à la retraite — les plans de succession sont urgents.
- Argumenter les recrutements : s'appuyer sur les données DREES pour documenter les besoins de recrutement face à la direction.
- Valoriser la formation : avec plus d'un agent sur deux sans accès à la formation dans leur cycle, la marge de progression est réelle et renforce l'attractivité des établissements.
- Comprendre les contraintes budgétaires : le déficit record des hôpitaux publics en 2024 explique les arbitrages difficiles — les connaître permet de mieux les négocier.
Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils décrivent le quotidien des équipes que l'IDEC encadre. Consulter régulièrement les publications DREES — disponibles sur drees.solidarites-sante.gouv.fr — fait partie de la boîte à outils de tout cadre de santé informé.