Un été qui a mis les équipes sous tension

À l'occasion de sa conférence de presse de rentrée, la Fédération hospitalière de France a dressé le bilan d'un été marqué par 52 jours de canicule intense et plus de 7 300 décès en excès. Partout, les équipes publiques ont réalisé un tour de force humain et organisationnel, dans les hôpitaux comme dans les Ehpad et les établissements pour personnes handicapées. Cette mobilisation s'est jouée au jour le jour, sur la base des ressources déjà présentes dans les services et les unités. Côté hospitalier, plus d'un service d'urgence sur deux a connu une hausse de son activité, et 67 % des centres hospitaliers et CHU ont eu recours aux heures supplémentaires et 52 % au temps de travail additionnel. Pour faire face, les établissements ont actionné tous les leviers disponibles, de la régulation par le 15 aux redéploiements internes. Ce constat, dressé pour l'hôpital, éclaire par contraste la question posée pour le médico-social : quelles marges de manœuvre restent disponibles quand la chaleur dure plusieurs semaines et que les effectifs ne changent pas.

Ce que demande la FHF pour l'an prochain

Dans la perspective des discussions budgétaires, la fédération réclame un ONDAM établissements de santé à + 3,9 % et un fonds vert d'un milliard d'euros par an dès 2027 pour adapter le parc hospitalier et médico-social au changement climatique. Plus précisément, elle demande la création, dans le PLF 2027, d'un fonds vert doté d'un milliard d'euros par an, hors ONDAM, ouvert aux établissements publics sanitaires et médico-sociaux ainsi qu'aux facultés de santé et mobilisable dès le début de l'année prochaine. Elle rappelle : Les 100 millions d'euros débloqués dans l'urgence cet été pour acquérir des équipements de rafraîchissement étaient nécessaires, mais une réponse d'urgence ne fait pas une stratégie. Le besoin est documenté au niveau national : L'IGAS estime entre 27 et 67 milliards d'euros le coût des investissements de rénovation énergétique nécessaires entre 2025 et 2050, soit 1 à 2,5 milliards d'euros par an. La demande de la FHF se lit ainsi comme un basculement : passer d'achats d'urgence décidés dans la précipitation à une programmation pluriannuelle des travaux, avec une visibilité budgétaire sur plusieurs années plutôt qu'un arbitrage renouvelé chaque été.

À quoi servirait ce fonds vert

Concrètement, ce fonds permettrait d'engager les travaux d'adaptation déjà identifiés (isolation thermique, protections solaires, ventilation), de renforcer la performance climatique des projets de construction ou de rénovation déjà programmés et d'acquérir des solutions de production de froid décarbonées avant les premiers épisodes de chaleur de 2027. La fédération pose aussi un principe pour l'avenir : tout projet de construction ou de rénovation d'un établissement public devra intégrer, dès sa conception, l'adaptation au changement climatique et la transformation écologique. Elle précise toutefois que l'objectif n'est pas de tout équiper mais de traiter en priorité les lieux où se trouvent les patients et les résidents les plus fragiles, et qu'à l'inverse climatiser une passoire thermique sans la rénover n'a pas de sens. Pour une unité d'Ehpad, cette hiérarchisation renvoie à des choix très concrets : traiter d'abord les chambres et les salles communes les plus exposées au soleil, avant d'envisager un équipement plus large de l'établissement.

Le médico-social public, en première ligne

Sur le secteur médico-social, la fédération est explicite : La FHF demande également des moyens à la hauteur pour le secteur médico-social public, qui accueille les personnes les plus exposées aux fortes chaleurs et doit préparer la progression des besoins liée au vieillissement de la population. La fédération résume l'urgence : le parc hospitalier et médico-social a été pensé pour le climat de 1980, alors que les dérèglements attendus pour 2050 sont déjà là. Pour elle, l'adaptation au changement climatique est maintenant clairement une nécessité pour aujourd’hui, et non plus un horizon lointain. Elle conclut : un fonds vert doté d’un milliard d’euros est un impératif pour adapter l’hôpital dès 2027. Pour les Ehpad publics, cette formulation vaut reconnaissance : le vieillissement du bâti et l'exposition des résidents aux fortes chaleurs ne sont plus traités comme un sujet annexe, mais comme une composante à part entière de la politique d'investissement du secteur.

Bâti, matériel et organisation des équipes en Ehpad

C'est sur ce terrain que le Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge apporte des repères utiles aux équipes d'Ehpad. Dans son rapport consacré aux lieux de vie pour les personnes âgées, il indique que la conception et la rénovation des établissements doivent désormais intégrer des objectifs de sobriété énergétique et de résilience climatique. Mais l'adaptation ne se limite pas au bâti : le fonctionnement quotidien des Ehpad constitue également un levier majeur de transformation. Selon le même rapport, la gestion des déchets, les achats responsables et la limitation de l'usage de produits à fort impact environnemental constituent des axes d'amélioration, et les Ehpad doivent également repenser leurs organisations internes afin de réduire leur empreinte carbone. Au-delà de ce volet carbone documenté par le HCFEA, l'organisation du travail en période de forte chaleur reste, pour l'essentiel, à construire au niveau de chaque établissement : c'est une piste propre à cet article, non tirée des sources citées, que de suggérer aux équipes d'encadrement soignant de formaliser un calendrier de vigilance saisonnière — recensement du matériel de rafraîchissement disponible avant le début de l'été, désignation d'un référent par étage ou par unité, et point d'équipe dédié dès les premières alertes météo. Le HCFEA insiste, de son côté, sur la méthode plus que sur la seule technique : le rapport souligne la nécessité d'inscrire chaque Ehpad dans une trajectoire de décarbonation structurée, reposant sur un diagnostic des émissions, des objectifs progressifs et un accompagnement adapté. Cette trajectoire suppose des compétences spécifiques pour piloter le sujet dans la durée, au-delà de la seule gestion de crise en période de forte chaleur, et pour arbitrer entre les urgences du quotidien et les travaux de fond.

Ce que montrent les retours d'expérience sur la canicule

La Haute Autorité de Santé a documenté plusieurs situations survenues en établissement de santé ou médico-social durant des épisodes de canicule. La HAS présente ce document ainsi : « Ce flash a pour objectif d'illustrer certains risques introduits par le changement climatique en France ». Ce document vise aussi un usage large : Il s'intéresse tout particulièrement aux EIAS survenus au cours d'une canicule et s'adresse à l'ensemble des professionnels travaillant en établissement de santé ou médico-social ainsi qu'aux personnes y étant accueillies. Parmi les situations retenues, à titre d'exemple, la HAS relève un cas où « Aucun protocole n'était prévu dans l'établissement pour la prise en charge des patients en cas de canicule ». Ailleurs, le sous-équipement du service hospitalier en appareils de climatisation a exposé le patient aux fortes chaleurs, ou encore des infrastructures (chambre double avec aération insuffisante, volet roulant ne fonctionnant pas) ont exposé le patient aux conditions climatiques extérieures. Ces exemples rappellent l'intérêt d'un protocole canicule formalisé et d'un suivi régulier du matériel de rafraîchissement disponible dans chaque unité, au même titre que d'autres vigilances déjà couvertes par les procédures de repérage des situations à risque. Pour une équipe d'encadrement, l'intérêt de ces retours d'expérience tient moins au constat qu'à la méthode : vérifier, avant l'été, que chaque point faible identifié ailleurs a bien un référent et une réponse prévue dans l'établissement.

Sources officielles