Ce que décrit le point de situation de l'ANSM
Dans son point de situation consacré au furosémide, l'agence indique que les médicaments à base de furosémide en comprimés de 20 mg et 40 mg subissent actuellement de fortes tensions d’approvisionnement en raison de difficultés de production rencontrées par les laboratoires Viatris et Zentiva.
Le même document rappelle la nature du produit : Le furosémide est un diurétique, c’est-à-dire un médicament qui aide le corps à éliminer l’excès d’eau et de sel. Il précise aussi qu'il est notamment indiqué dans le traitement de l'hypertension artérielle et des œdèmes liés à une insuffisance cardiaque, hépatique ou rénale. Ces rappels situent la place du médicament dans les traitements, sans en dire davantage sur les résidents d'un établissement donné.
Une précision de lecture s'impose d'emblée. Les demandes de l'agence présentées ci-dessous sont formulées à l'attention des prescripteurs et des laboratoires. Leur transposition à l'organisation d'un Ehpad, et à la fonction d'IDEC en particulier, relève d'une lecture propre à cet article et non d'une consigne de l'ANSM.
Les demandes aux prescripteurs
Le point de situation contient une demande explicite adressée aux médecins. L'agence écrit : « Nous demandons aux médecins de limiter les initiations de traitement et de réévaluer la pertinence de poursuivre le traitement par furosémide lors du renouvellement de la prescription ».
Elle ajoute une invitation conditionnelle : « Si cela est adapté à la situation du patient, nous invitons les médecins à privilégier un autre médicament diurétique ». Le texte source ne détaille ni le choix de ce médicament ni les modalités de relais. Ces décisions relèvent de la prescription médicale, au cas par cas, et cet article ne propose aucune alternative.
Dans un autre passage, l'agence indique qu'elle met en place des actions avec l’ensemble des laboratoires qui commercialisent ces médicaments à base de furosémide et invite les prescripteurs à privilégier un autre diurétique quand cela est possible. La formule « quand cela est possible » et la condition d'adaptation à la situation du patient figurent toutes deux dans le texte : l'invitation ne vaut pas règle automatique.
Les mesures demandées aux laboratoires
Côté industriels, le point de situation décrit plusieurs leviers. L'agence précise d'abord que Les autres laboratoires commercialisant des médicaments à base de furosémide compensent depuis plusieurs mois le défaut d’approvisionnement de Viatris.
Elle indique ensuite avoir demandé à ces laboratoires de mettre le maximum de boites en circulation en mettant à disposition des boites issues de leur stock de sécurité. Sur la distribution, le texte précise : « Ils doivent aussi limiter les ventes directes aux pharmacies en privilégiant le circuit des grossistes-répartiteurs afin d’assurer une répartition équitable des médicaments sur le territoire ».
Enfin, sur l'approvisionnement venu d'ailleurs : « Les laboratoires concernés par les difficultés, à la demande de l’ANSM doivent identifier des pistes d’importation de médicaments équivalents ».
La fiche de disponibilité de l'agence, consacrée aux spécialités concernées, ajoute une mesure sur les exportations : la vente et l’exportation du médicament par les grossistes répartiteurs vers l’étranger est interdite à compter de la publication de cette fiche d’information sur notre site.
Le recours aux stocks de sécurité s'inscrit dans un cadre plus général, rappelé par l'agence dans une autre publication. Celle-ci énonce que les laboratoires pharmaceutiques ont l’obligation de constituer un stock de sécurité minimal de deux mois pour tous les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM) destinés aux patients français. Elle évoque aussi l'obligation d'élaborer des plans de gestion des pénuries (PGP) pour tous les MITM commercialisés en France. Parmi les mesures de gestion des tensions, la même publication cite le contingentement quantitatif, qualitatif (par ex réservation du stock pour certaines indications) ou encore importations de médicaments similaires provenant d’autres pays. Le point de situation sur le furosémide ne dit pas, dans les extraits retenus ici, que ce médicament relève de cette catégorie ; le rappel est donné comme cadre général. Pour le détail, voir la publication de l'ANSM sur les stocks de sécurité des médicaments d'intérêt thérapeutique majeur.
Calendrier et disponibilité : ce qui est annoncé
Sur les délais, le texte est net pour l'un des deux laboratoires : La normalisation des approvisionnements n’est pas attendue avant avril 2027. Cette phrase concerne l'un des deux laboratoires cités plus haut, Viatris. Pour l'autre, l'agence écrit : « La date de remise à disposition par Zentiva n’est pas connue à ce jour ».
La fiche de disponibilité de l'ANSM va dans le même sens avec la mention : « Date de remise à disposition indéterminée ». Elle qualifie en outre la situation selon le circuit : « Situation en ville : tension » d'un côté, « Situation à l'hôpital : non impactée » de l'autre.
Deux phrases du point de situation complètent le tableau. L'agence prévient que De nouvelles mesures pourront être mises en place en fonction de l’évolution de la situation. Elle précise également que Le site de l’ANSM relaiera les informations concernant les dates de remise à disposition dès qu’elles seront fournies par les industriels.
Piste propre à cet article pour une IDEC : consulter régulièrement les deux pages de l'agence, plutôt que de se fier à une information relayée de seconde main : une nouvelle publication peut modifier le calendrier annoncé.
Le circuit du médicament en Ehpad : un cadre à mobiliser
Le Haut Conseil de la famille, de l'enfance et de l'âge définit ainsi le sujet dans un document de son Conseil de l'âge : Le circuit du médicament en Ehpad correspond à l’ensemble des étapes allant de la prescription jusqu’à l’administration et au suivi du traitement chez le résident. Le document du Conseil de l'âge est disponible en ligne.
Cette définition par étapes sert de grille de lecture à la situation décrite par l'ANSM. La demande de réévaluation au renouvellement se situe à l'étape de la prescription. La tension d'approvisionnement, elle, concerne la dispensation. L'administration et le suivi chez le résident viennent ensuite. Ce découpage est une lecture propre à cet article.
Pour la description détaillée des gestes, de la préparation à l'administration, la procédure du circuit du médicament, de la préparation à l'administration reste la référence interne à relire avant toute adaptation locale.
Pistes pour l'IDEC : anticiper et sécuriser
Les pistes qui suivent sont des propositions d'organisation propres à cet article. Aucune n'est attribuée à l'ANSM, et aucune ne remplace une décision médicale. Elles s'inscrivent dans le rôle de l'IDEC en Ehpad, qui coordonne l'organisation des soins avec les autres acteurs de l'établissement.
Première piste : repérer les résidents concernés. Avec le prescripteur, le médecin coordonnateur et le pharmacien, l'IDEC peut établir la liste des résidents dont le traitement comporte du furosémide en comprimés, à partir du dossier de soins et des plans de prescription. Cette liste est un outil de pilotage ; elle ne préjuge d'aucune modification de traitement.
Deuxième piste : anticiper les échéances de renouvellement. Une demande de réévaluation au moment du renouvellement suppose que l'ordonnance arrive devant le prescripteur avec un délai suffisant. Un tableau de suivi des dates d'échéance, partagé avec le médecin coordonnateur et le pharmacien, permet d'éviter que le renouvellement se joue dans l'urgence, au moment où la boîte manque.
Troisième piste : organiser l'échange d'informations. Le pharmacien est le premier à constater une difficulté de dispensation ; le prescripteur est le seul à décider d'un éventuel changement. Un circuit court entre les trois fonctions, avec une personne désignée pour centraliser les alertes, limite les ruptures de communication.
Quatrième piste : tracer. Toute décision prise par le prescripteur, toute information donnée à l'équipe et toute modification du plan d'administration gagnent à être consignées dans le dossier du résident, avec la date et l'auteur.
Cinquième piste : informer les équipes sans en dire plus que la source. Les soignants peuvent être informés de l'existence des tensions et du fait que les décisions de traitement restent médicales. Tout incident lié à une rupture ou à un changement de traitement peut être déclaré selon la procédure de signalement des événements indésirables de l'établissement.
Sixième piste : suivre l'actualité de la source. Les deux pages de l'ANSM évoluent, comme l'agence l'indique elle-même. Le point de situation publié par l'agence demeure le texte à consulter en priorité.
