Dans le quotidien d'une IDEC, l'hôpital de proximité apparaît rarement comme un sujet à part entière. Il est pourtant de tous les moments charnières du parcours d'un résident : c'est souvent lui qui reçoit un résident en cas de décompensation, qui l'accueille pour une convalescence après une chirurgie plus lourde réalisée ailleurs, ou qui devient l'interlocuteur naturel lorsqu'un retour en EHPAD doit être préparé dans de bonnes conditions. Comprendre la structure et le fonctionnement de ces établissements, tels qu'ils ressortent de l'étude, aide à replacer ces échanges quotidiens dans un cadre plus large — celui d'un maillon hospitalier pensé, dès l'origine, pour irriguer les territoires les moins bien dotés en offre de soins.

Que sont les hôpitaux de proximité, et pourquoi l'EHPAD n'est jamais loin

En France, les hôpitaux de proximité forment une catégorie d'établissements de santé : les HPR sont labellisés par les agences régionales de santé (ARS), dans un cadre fixé depuis 2021. L'ordonnance n° 2021-582 du 12 mai 2021 prévoit ainsi les conditions de cette labellisation et les missions de premier recours confiées à ces établissements. Selon l'étude Études et Résultats n°1382 de la DREES, au 1er juillet 2026, la France compte 333 HPR labellisés. Huit HPR sur dix relèvent du secteur public, ces établissements publics (85 %) : ces hôpitaux représentent 20 % de l'ensemble des établissements hospitaliers publics. Cette labellisation n'est pas qu'une formalité administrative : elle conditionne le périmètre d'activité que l'établissement peut proposer, les coopérations qu'il doit nouer avec les acteurs de premier recours de son territoire, et donc, indirectement, la nature des relations qu'il entretient avec les EHPAD environnants.

Pour les équipes qui pilotent le rôle de l'IDEC dans les admissions et les sorties en EHPAD, un détail structurel mérite l'attention : les capacités des HPR sont tournées vers le moyen ou le long séjour, et ils comportent presque systématiquement un Ehpad. Dans la majorité des cas, l'hôpital de proximité et l'EHPAD partagent donc le même toit institutionnel — une proximité qui facilite en théorie la circulation d'information entre les deux structures, sans que l'étude ne mesure directement la qualité de cette coordination.

Une patientèle nettement plus âgée qu'ailleurs

Ce lien structurel avec l'EHPAD se retrouve dans le profil des patients accueillis. Ceci traduit un positionnement spécifique au sein de l'offre hospitalière, avec des patients en médecine souvent plus âgés que dans les autres établissements publics. Les chiffres le confirment : Sur les 242 500 séjours de court séjour réalisés dans les HPR publics, en 2024, l'âge moyen des patients est de 70 ans, contre 50 ans pour l'ensemble des établissements publics non HPR.

L'écart est similaire en moyen séjour. Les 92 300 séjours de moyen séjour réalisés en 2024 dans les HPR publics concernent des patients plus âgés en moyenne (74 ans) que dans les établissements non HPR, avec un âge médian également plus élevé en HPR (78 ans contre 72 ans). Cette réalité démographique n'a rien d'anecdotique pour l'IDEC : elle recoupe directement le profil des résidents dont elle prépare l'entrée ou organise le retour en établissement.

Soins palliatifs : une activité répandue, mais moins qu'ailleurs

L'autre singularité des HPR concerne les soins palliatifs. En 2024, 99 % des HPR ont une activité de médecine dans l'année. En 2023, 64 % des HPR ont une activité de soins palliatifs. Une proportion notable, même si la part d'établissements proposant cette activité de soins palliatifs est moins élevée parmi les HPR (64 %) que dans les établissements publics non HPR (75 %).

Ce constat fait écho à la situation observée côté EHPAD. L'Atlas 2026 des soins palliatifs et de la fin de vie de la CNSPFV le confirme : « Lecture : 77 % des EHPAD ont un volet soins palliatifs dans leur projet d'établissement en 2023 ». Plus largement, 98 % des EHPAD proposent des soins de support aux résidents en fin de vie. Deux maillons — hôpital de proximité et EHPAD — qui, chacun à sa façon, structurent une part de leur offre autour de la fin de vie, sans que l'étude DREES permette d'établir un lien de cause à effet entre la présence d'un HPR sur un territoire et les outils de coordination utilisés en EHPAD. Pour l'IDEC qui organise un transfert en fin de vie ou qui prépare, à l'inverse, l'accueil d'un résident sortant d'un séjour hospitalier, savoir qu'un établissement voisin affiche une activité palliative structurée change la nature du dialogue engagé avec le service hospitalier — même si, sur le terrain, cette activité reste inégalement répartie d'un territoire à l'autre.

Des séjours qui se terminent rarement par un simple retour à domicile

La durée des séjours donne une autre indication de la lourdeur de la prise en charge. En médecine, la durée moyenne d'un séjour en hospitalisation complète est de 10 jours, et leur durée médiane est de 7 jours. Les modalités de sortie s'écartent elles aussi de la moyenne : le retour à domicile est moins fréquent que dans les établissements publics non HPR (68 % des séjours de médecine, contre 88 %). Une part importante des sorties concerne en effet des transferts ou mutations vers d'autres établissements, notamment vers un établissement offrant un niveau de soins plus spécialisé (26 %, contre 10 % dans les établissements publics non HPR). Les sorties par décès sont elles aussi un peu plus fréquentes (7 %, contre 2 % dans les autres établissements) et reflètent la prise en charge d'une population relativement âgée.

Pour l'IDEC, ces flux de sortie ne sont pas de simples statistiques : transferts, mutations et retours vers un établissement médico-social sont précisément les mouvements qu'elle doit anticiper et sécuriser, une mission qui recoupe le cœur du métier d'IDEC au quotidien. Anticiper qu'un séjour en HPR se solde plus souvent par un transfert que par un retour direct à domicile permet, en amont, de mieux calibrer la place laissée disponible en EHPAD et d'informer plus tôt la famille des scénarios possibles à la sortie.

Une implantation rurale, qui pèse sur l'accès aux soins des résidents âgés

Cette patientèle âgée s'explique aussi par la géographie de l'offre. Les HPR sont très largement implantés en zone rurale, selon la grille de densité de l'Insee : 56 %, contre 7 % pour les établissements publics non HPR. À l'échelle des départements, sur 101 départements, 34 comptent quatre HPR ou plus (carte 1), et l'étude identifie une grappe de 47 départements qui présentent une offre de lits en HPR par habitant supérieure à la moyenne nationale — des départements caractérisés par une population relativement âgée et rurale.

Cette concentration territoriale éclaire pourquoi, sur certains territoires, l'EHPAD et l'hôpital de proximité fonctionnent presque comme des vases communicants : peu d'alternatives hospitalières à proximité, une population vieillissante, et un établissement qui absorbe une part significative des besoins de moyen séjour et de soins palliatifs.

Ce que ces chiffres signifient pour la coordination en EHPAD

Aucun de ces constats ne décrit les pratiques concrètes de coordination entre IDEC et hôpital de proximité — l'étude ne mesure pas ce terrain-là. Mais le tableau statistique qu'elle dresse donne un cadre utile : un établissement souvent adossé à un EHPAD, une patientèle âgée, des sorties fréquemment orientées vers un autre établissement plutôt que vers le domicile, et une activité de soins palliatifs significative. Autant d'éléments qui replacent le HPR parmi les interlocuteurs à connaître dans le parcours de soins d'un résident, au même titre que les procédures de sortie et de transfert déjà en place dans l'établissement.

Sources officielles