Un enjeu concret pour l'IDEC
Sur le terrain, l'IDEC le constate régulièrement : certains soignants et agents restent mal à l'aise avec les outils numériques, alors que ces compétences deviennent indispensables à l'exercice quotidien du métier. Ce constat dépasse largement le seul secteur médico-social. Selon un Insee Focus consacré aux compétences numériques, En 2025, 7 % des personnes âgées de 16 à 74 ans sont en situation d'illectronisme. En 2025, 34 % de la population de 16 à 74 ans n'utilise pas Internet ou n'a pas les notions de base, tandis que 27 % des personnes âgées de 16 à 74 ans ont des compétences numériques faibles. Ces indicateurs reposent sur « L'enquête annuelle auprès des ménages sur les technologies de l'information et de la communication (TIC-ménages) et sur cinq domaines essentiels de l'indicateur européen des compétences numériques ». La fracture est plus marquée aux âges avancés : 82 % des 75 ans ou plus manquent de compétences numériques : 49 % sont non-internautes et 33 % n'ont pas les notions de base, un rappel utile pour des équipes qui accompagnent aussi des résidents et des familles concernés par ce même écart numérique.
Ces chiffres de l'INSEE mesurent un phénomène de société, à ne pas confondre avec le diagnostic propre au secteur porté par l'OPCO Santé, qui évoque de son côté qu'en 2024, plus de trois millions de personnes en France rencontraient encore des difficultés avec les compétences numériques de base : deux photographies distinctes, à des dates et selon des méthodologies différentes, qu'il convient de ne pas additionner ni assimiler l'une à l'autre.
Pour l'IDEC, cet enjeu n'est pas théorique. C'est souvent elle qui doit s'assurer que chaque transmission est correctement tracée, que le planning est consulté à temps, et que les démarches administratives dématérialisées ne restent pas en souffrance faute de maîtrise des outils. Un salarié en difficulté avec le numérique n'est pas moins compétent sur le plan du soin ; il a simplement besoin d'un accompagnement dédié, ce que ce nouveau parcours cherche justement à structurer.
Ce que propose le nouveau parcours OPCO Santé
L'OPCO Santé vient de présenter un nouveau dispositif : Le Parcours vers l'autonomie numérique sera officiellement déployé à partir du 15 septembre 2026. Il s'articule autour de 11 modules, conçus pour répondre à deux besoins bien distincts au sein des structures. Un tronc commun est proposé aux salariés, un second volet est dédié à l'encadrement. Le parcours démarre par un module socle de trois jours, intitulé « Développer ses compétences numériques professionnelles et donner du sens à la transition numérique dans les secteurs du soin et de l'accompagnement social », avant des modules d'approfondissement pour les salariés. Côté encadrement, Trois modules de formation sont proposés aux dirigeants, managers et fonctions RH : trois modules complémentaires permettent d'apprendre à repérer les difficultés numériques au sein des équipes sans les stigmatiser, et à concevoir des formations inclusives adaptées.
Ce parcours n'est pas sorti de nulle part. Menée entre janvier 2024 et février 2025 par un groupement d'experts, elle a mobilisé une enquête documentaire, des entretiens individuels et collectifs, ainsi qu'une phase d'expérimentation auprès de plusieurs grands comptes du secteur. Cette démarche a directement nourri la conception des modules. Le détail de l'annonce officielle du Parcours vers l'autonomie numérique est disponible sur le site de l'OPCO Santé.
Point de vigilance pour le lectorat de sosidec.com : ce dispositif s'adresse aux branches signataires de l'OPCO Santé, à savoir, d'une part, les branches signataires représentent plus de 21 800 établissements et près de 785 000 salariés pour le seul secteur sanitaire, social et médico-social à but non lucratif et, d'autre part, environ 3 000 établissements de l'Hospitalisation privée, qui emploient un peu moins de 250 000 salariés. Autrement dit, ce parcours concerne les établissements privés du secteur, qu'ils relèvent du secteur à but non lucratif ou de l'hospitalisation privée. Les IDEC qui exercent en établissement public doivent le savoir : la fonction publique hospitalière relève d'un autre opérateur de formation, et ce dispositif de l'OPCO Santé ne leur est pas destiné en l'état.
Comment mobiliser ce dispositif dans son établissement
Pour l'IDEC, l'enjeu est directement lié aux outils utilisés chaque jour par l'équipe. L'OPCO Santé rattache explicitement ce parcours à des usages professionnels concrets : Coordination entre professionnels, saisie dans le dossier usager informatisé, accès au planning à distance, démarches administratives dématérialisées. Ce sont précisément les points de friction que rencontrent souvent les aides-soignantes et les agents les moins à l'aise avec l'informatique, au moment de renseigner une transmission dans le dossier usager informatisé ou de consulter leur planning depuis un smartphone.
Concrètement, l'IDEC peut se rapprocher du service formation ou de la direction pour vérifier l'éligibilité de l'établissement à ce parcours, dans la limite du périmètre décrit plus haut, puis identifier au sein de l'équipe les besoins prioritaires : prise en main du socle de compétences numériques attendu d'un cadre de santé, sécurisation de la saisie dans le dossier usager informatisé, ou encore autonomie sur les démarches dématérialisées. Le financement de ce type de parcours s'inscrit dans les dispositifs plus larges que l'IDEC peut mobiliser pour financer une formation grâce au CPF ou au plan de développement des compétences, en complément des obligations déjà couvertes par les formations obligatoires que l'IDEC doit programmer chaque année.
Sur le plan organisationnel, mieux vaut avancer par étapes plutôt que de vouloir tout traiter en une seule session. Repérer d'abord les professionnels volontaires ou les plus en difficulté, organiser des temps courts en petits groupes plutôt qu'une formation collective unique, et s'appuyer sur les collègues déjà à l'aise avec les outils numériques pour jouer un rôle de relais au sein de l'équipe : ce sont des leviers simples, qui ne nécessitent pas d'attendre le déploiement complet du parcours pour être activés. L'IDEC peut aussi profiter de cette dynamique pour clarifier le rôle de chacun dans la vie de l'établissement, un sujet qu'elle retrouve plus largement dans le guide consacré au métier d'infirmière coordinatrice.
Accompagner son équipe sans stigmatiser
Le volet managérial du dispositif est pensé pour éviter un écueil classique : pointer du doigt les collaborateurs en difficulté plutôt que de sécuriser leur montée en compétences. C'est tout l'enjeu des modules dédiés à l'encadrement, conçus pour repérer les fragilités sans les stigmatiser et construire des parcours de formation inclusifs. Cette posture rejoint celle que l'IDEC adopte déjà au quotidien, entre pilotage de l'équipe soignante et accompagnement individualisé des professionnels.
Sur le plan réglementaire, le dossier usager informatisé n'est plus un simple outil annexe. Selon le guide de la HAS consacré au dossier usager informatisé, Le principe n'est donc plus de conserver des informations relatives à la personne accompagnée dans une chemise consignée dans une armoire ou dans le fichier d'un ordinateur. La HAS rappelle aussi qu'il est nécessaire de réfléchir aux professionnels qui ont accès au DUI, y compris parmi ceux qui ne sont pas salariés de l'ESSMS. Ce point mérite d'être intégré à la réflexion de l'IDEC sur les habilitations et les niveaux d'accès de son équipe. Monter en compétences sur ces usages n'a rien d'accessoire : c'est une condition de la qualité et de la continuité de l'accompagnement.
Cet accompagnement ne s'arrête pas au jour de la formation. Revoir régulièrement qui a besoin d'un appui, ajuster les habilitations d'accès au dossier usager informatisé au fil des arrivées et des départs, et prendre le temps d'un retour d'expérience quelques semaines après chaque session permettent d'ancrer les nouveaux réflexes dans la durée. C'est cette vigilance dans le temps, plus qu'un seul passage en formation, qui fait la différence pour des équipes confrontées à un nombre croissant d'outils numériques.
