Dans un EHPAD, deux populations vivent côte à côte mais ne sont pas protégées de la même façon contre la grippe saisonnière. Sur la dernière saison documentée par Santé publique France, était de 83,3% et celle des professionnels exerçant en Ehpad de 22,4% : autrement dit, les résidents sont massivement vaccinés quand moins d'un soignant sur quatre l'est. Pour l'IDEC, qui pilote au quotidien la prévention du risque infectieux, ce décalage n'est pas une fatalité statistique : c'est un chantier managérial.

Un recul qui se confirme saison après saison

Les bulletins de surveillance ne décrivent pas un accident ponctuel mais une érosion lente. Les chiffres de couverture vaccinale des soignants comme des résidents sont en repli par rapport aux deux hivers précédents : ces valeurs étaient inférieures à celles des saisons 2022-2023 (87,5% et 24,7%, respectivement) et 2021-2022 (86,9% et 27,6%, respectivement). Côté professionnels, on passe ainsi d'un peu plus d'un quart à un peu plus d'un cinquième en seulement deux saisons.

Les données de l'Assurance maladie confirment l'ordre de grandeur : la couverture vaccinale antigrippale s'établissait à 24,7 % chez les professionnels des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes sur la saison de référence. La Haute Autorité de santé pointait déjà une couverture de l'ordre de 22 à 25,9% en 2021-2022, très en deçà de la cible nationale puisque l'on reste loin de l'objectif fixé à 70%. Comprendre le métier et ses contraintes fait partie des fondamentaux que rappelle notre dossier sur le rôle de l'IDEC en EHPAD, dont la prévention vaccinale de l'équipe est une composante directe.

Pourquoi l'enjeu est vital en gériatrie

Si la vaccination des soignants compte autant, c'est parce que la grippe reste meurtrière chez les personnes âgées fragiles. Sur une saison récente, le bilan de Santé publique France recensait 1 861 (1,2%) l'ont été avec une mention de grippe comme affection morbide ayant directement provoqué ou contribué au décès. L'hiver suivant a été plus sévère encore, avec une surmortalité toutes causes estimée à près de 17 600 décès sur les douze semaines de l'épidémie.

Ce fardeau pèse presque exclusivement sur les aînés : 4 546 (92%) des personnes âgées de 65 ans ou plus figuraient parmi les décès liés à la grippe. Et la vaccination protège bien : parmi les cas graves admis en réanimation au statut connu, 80% n'étaient pas vaccinés contre la grippe pour la saison en cours. Dans un collectif aussi vulnérable qu'un EHPAD, chaque soignant non immunisé est un maillon potentiel de transmission vers le résident — un raisonnement de chaîne d'infection que l'IDEC connaît bien à travers les précautions standard et l'hygiène des mains.

Ce que dit, et ne dit pas, le cadre réglementaire

Le droit distingue deux régimes. Pour les soignants, la vaccination antigrippale relève d'une recommandation forte, et non d'une obligation. Cette recommandation est néanmoins claire : selon l'Assurance maladie, elle est recommandée pour tout professionnel de santé et tout professionnel en contact régulier avec des personnes à risque de grippe grave. Et le texte désigne un responsable : il relève de la responsabilité des établissements d'organiser la vaccination contre la grippe de leur personnel, en lien avec la médecine du travail.

Pour les résidents, en revanche, le régime est plus contraignant, la vaccination étant la règle pendant la période épidémique, sauf contre-indication médicale. Cet écart de logique — obligation pour les uns, simple recommandation pour les autres — explique en partie le fossé observé dans les taux de couverture. C'est précisément à ce niveau organisationnel que l'IDEC dispose de leviers.

La HAS rouvre le débat de l'obligation

Le sujet n'est pas clos sur le plan politique. La HAS a, dans un premier temps, recommandé que la recommandation de vaccination contre la grippe soit, à ce stade, maintenue à l'identique, sans bascule vers l'obligation. Mais le ministère chargé de la santé a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) pour évaluer la pertinence d'une obligation vaccinale contre la grippe saisonnière pour les soignants. L'argument de fond est documenté : des données internationales montrent que l'instauration d'une obligation peut porter la couverture jusqu'à des taux supérieurs à 90%. Le suivi de ces travaux institutionnels rejoint la veille réglementaire continue qu'impose la fonction, comme le détaille notre point sur les formations et obligations en EHPAD.

Les leviers concrets de l'IDEC

En attendant une éventuelle évolution législative, l'IDEC agit sur ce que la science a déjà identifié comme efficace : l'accessibilité de l'acte vaccinal. La recommandation officielle insiste sur le fait que Les interventions de proximité permettant à l'ensemble du personnel de se faire vacciner doivent être recherchées. Concrètement, plusieurs actions sont à la main de la coordination :

  • Aller au plus près des équipes : organiser la vaccination directement dans le service, sur les différents horaires, y compris de nuit, plutôt que d'attendre une démarche individuelle vers la médecine du travail.
  • Lever les fausses croyances : prévoir des temps d'échange courts en réunion d'équipe pour répondre aux réticences, en s'appuyant sur des messages sanitaires officiels et non sur des supports commerciaux.
  • Donner l'exemple : l'adhésion de l'encadrement et des soignants référents reste l'un des moteurs les plus puissants de l'adhésion collective.
  • Suivre un indicateur : mesurer chaque saison le taux de couverture de l'équipe et l'intégrer au projet de soins, pour objectiver les progrès et cibler les services en retard.

Ces leviers s'inscrivent dans la mission générale de qualité et de sécurité des soins que portent les procédures internes de l'établissement, regroupées dans notre espace procédures. La vaccination antigrippale du personnel n'y est pas un acte isolé : elle est l'un des indicateurs les plus lisibles d'une culture de prévention partagée.

Le calendrier compte autant que la méthode. La fenêtre utile se situe en début de saison, avant la circulation virale : une campagne lancée trop tard perd l'essentiel de son bénéfice. L'IDEC a donc intérêt à préparer l'opération dès la fin de l'été — commande des doses, planning des séances par roulement, information ciblée des nouveaux arrivants et des remplaçants, souvent les moins sensibilisés. La réussite tient aussi à la qualité du dialogue : entendre les craintes, distinguer les vraies contre-indications des idées reçues, et valoriser publiquement les services qui progressent. Là où la contrainte n'existe pas, c'est la constance du portage managérial, saison après saison, qui fait la différence entre un taux qui stagne et un taux qui remonte.

En synthèse

Le constat est posé : la protection vaccinale des soignants en EHPAD recule, là où celle des résidents reste élevée, et la grippe continue de tuer massivement les plus âgés. Le cadre laisse la vaccination des professionnels au registre de la recommandation, mais confie clairement aux établissements la charge de l'organiser. Dans cette zone de responsabilité, l'IDEC est en première ligne : en rapprochant l'acte vaccinal des équipes, en travaillant l'adhésion et en suivant un indicateur clair, la coordination peut transformer une recommandation peu suivie en réflexe collectif.

Sources officielles