La Haute Autorité de santé a récemment publié un nouveau Flash sécurité patient intitulé « Vigilance somatique en psychiatrie », « Prendre soin du mental…sans passer à côté du vital! ». Particularité de ce document : Centre hospitalier Sud Francilien est l'auteur de ce flash sécurité patient, le premier élaboré par un établissement de santé. Son constat, transposable aux résidents d'EHPAD suivis pour des troubles psychiatriques ou une démence, mérite l'attention de tout IDEC soucieux de la vigilance somatique de son équipe.

Un biais d'attribution qui retarde le diagnostic

Le Flash sécurité patient publié par la HAS pose un constat clinique documenté : les personnes vivant avec un trouble psychiatrique sévère présentent une mortalité prématurée significativement plus élevée que la population générale, principalement liée à des affections somatiques. La raison identifiée par les experts est un biais bien connu des équipes soignantes : les symptômes et signes somatiques peuvent être sous-estimés ou attribués à la pathologie psychiatrique, entraînant des événements indésirables associés aux soins principalement causés par des retards diagnostiques et des prises en charge inadaptées. Sa fiche officielle indique une date de validation : juillet 2026, et précise qu'il a été mis en ligne le 17 juil. 2026.

Ce biais d'attribution n'est pas propre à un service hospitalier de psychiatrie : il se retrouve partout où une pathologie psychiatrique connue, ou des troubles cognitifs installés, deviennent le prisme unique à travers lequel toute plainte du patient est interprétée. Une fois qu'un résident est identifié comme « anxieux », « agité » ou « confus », il devient plus difficile pour l'équipe d'entendre un signal différent — une douleur nouvelle, un essoufflement, une chute de tension — sans d'abord le rattacher machinalement à ce qui est déjà connu de lui.

Neuf préconisations HAS pour ne pas passer à côté du vital

Afin de prévenir les risques liés à un défaut de vigilance somatique en psychiatrie, la HAS formule une liste de préconisations précises. Elle recommande d'abord d'identifier précocement les patients à risque afin d'adapter leur suivi et leur niveau de surveillance, puis de réaliser systématiquement une évaluation somatique à l'admission et en assurer la traçabilité. Vient ensuite l'exigence d'assurer une réévaluation régulière de l'état clinique du patient, en particulier en cas de modification, appuyée sur des critères formalisés : il s'agit de formaliser des critères cliniques d'alerte nécessitant une réévaluation urgente ou un recours à un avis spécialisé, puis de tracer les décisions et les avis en cas d'aggravation clinique.

La HAS insiste également sur la continuité des soins somatiques déjà engagés : il convient d'assurer la continuité et la prise effective des traitements somatiques prescrits, et d'élaborer des protocoles pour les situations à risque (dyspnée, sédation, comorbidités, potomanie). Les deux dernières préconisations relèvent de l'organisation d'équipe et de la posture professionnelle : renforcer la coordination entre les équipes de psychiatrie et les autres spécialités médicales, et être attentif au risque de biais d'attribution psychiatrique. Le document rappelle enfin que le patient doit être associé à sa prise en charge somatique ; un pair-aidant peut soutenir sa participation et son adhésion aux soins.

Le dispositif Flash sécurité patient de la HAS

Ce document s'inscrit dans une collection méthodologique plus large que la HAS présente ainsi : les flashs sécurité patient (FSP) sont des publications courtes qui décrivent plusieurs EIAS sélectionnés selon leur intérêt pédagogique et leur qualité d'analyse. Sur le fond, l'analyse des évènements indésirables associés aux soins (EIAS) déclarés par les professionnels permet de comprendre leurs causes profondes et de proposer des solutions pour éviter leur survenue ou en atténuer les conséquences.

Les objectifs affichés du dispositif sont clairement énoncés par la page HAS dédiée aux Flash sécurité patient : sensibiliser et alerter les professionnels de santé sur un risque particulier récurrent, en décrivant la situation à risque, pour faire prendre conscience des contextes de survenue, rappeler les outils, les publications et les recommandations de bonnes pratiques mises à la disposition des professionnels de santé lorsqu'elles existent, et montrer que déclarer des EIGS doit se faire dans une démarche constructive qui passe par une dédramatisation de la déclaration. Point important pour le secteur médico-social : les FSP sont principalement destinés aux professionnels de santé des secteurs sanitaires (ville et établissement de santé) et médico-sociaux, mais aussi aux patients, selon les thématiques abordées — l'EHPAD fait donc explicitement partie du public visé par ce type d'outil, même si ce flash particulier ne le nomme pas.

Pourquoi ce constat parle aussi à l'EHPAD

Le flash HAS ne cite à aucun moment l'EHPAD ni les résidents âgés : son terrain d'observation est le service de psychiatrie. Mais le mécanisme qu'il décrit — un symptôme somatique noyé dans un tableau psychiatrique déjà établi — est familier à toute équipe qui prend en charge des résidents souffrant de troubles psychiatriques anciens ou de troubles du comportement liés à une démence : une douleur, une dyspnée ou une confusion peuvent y être trop vite rattachées à la pathologie connue plutôt qu'investiguées comme un signe d'alerte nouveau. C'est une transposition que la rédaction propose à la lecture du flash HAS, et non un contenu du document lui-même.

Cette lecture rejoint une difficulté bien connue des équipes d'EHPAD confrontées à des troubles du comportement chez un résident atteint de démence : la douleur non exprimée verbalement peut se manifester par une agitation, un cri ou un repli, des signes qui ressemblent en tout point à ceux déjà attribués à la maladie neurodégénérative elle-même. Sans grille de lecture partagée par toute l'équipe, le risque est le même que celui décrit par le flash HAS pour la psychiatrie : un événement indésirable évitable, non pas faute de compétence clinique, mais faute d'avoir remis en question un diagnostic d'ambiance déjà installé.

Pour l'IDEC, cette lecture invite à vérifier trois points très concrets avec l'équipe IDE : la présence, dans le circuit du médicament, d'une étape d'évaluation clinique avant toute décision d'ajustement d'un traitement sédatif ; l'existence de critères d'alerte formalisés et connus de toute l'équipe de nuit, cohérents avec ceux que documente la procédure de déclaration des événements indésirables (EI/EIG) de l'établissement ; et la bonne articulation entre repérage des signaux de maltraitance ou de mal-être et repérage somatique, deux vigilances traitées dans la procédure de bientraitance mais qui gagnent à être pensées ensemble pour un résident présentant des troubles du comportement. Cette vigilance transversale complète les missions cliniques déjà décrites dans le guide du rôle de l'IDEC en EHPAD.

Concrètement, cela peut se traduire par un temps d'équipe court mais régulier, où l'IDEC reprend avec les IDE et les aides-soignants un ou deux exemples récents de situations où un signe physique a été, à raison ou à tort, rattaché d'emblée à un trouble déjà connu du résident. L'objectif n'est pas de remettre en cause le jugement clinique de l'équipe, mais de graver le réflexe qu'énonce la HAS pour la psychiatrie : avant d'attribuer un symptôme à ce qui est déjà su du patient, vérifier qu'aucun signe d'alerte somatique nouveau n'a été écarté trop vite. C'est un changement de posture peu coûteux à mettre en œuvre, mais qui suppose d'être porté explicitement par l'encadrement plutôt que laissé à l'appréciation individuelle de chaque professionnel de nuit ou de week-end.

Sources officielles