Un nouveau zonage pour piloter l'accès aux soins
L'Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes a mis en ligne une nouvelle cartographie de l'accès aux soins infirmiers et orthophoniques applicable depuis le 1 septembre 2026. Ce zonage détermine, bassin de vie par bassin de vie et canton-ville par canton-ville, les territoires où l'implantation d'un infirmier libéral ou d'un orthophoniste est jugée prioritaire, et ceux où l'offre est jugée suffisante voire excédentaire. Il conditionne directement l'accès à plusieurs dispositifs d'aide financière destinés à encourager l'installation et le maintien d'activité en zone fragile.
Cette actualisation ne concerne pas de la même manière les deux professions : les infirmiers relèvent d'un zonage en zones très sous dotées, sous-dotées et sur-dotées, tandis que les orthophonistes sont classés selon une échelle propre reposant sur la notion de zone sous dense. Les deux cartographies coexistent et répondent chacune à leur propre méthodologie, mais poursuivent le même objectif : mieux répartir l'offre de soins de ville sur le territoire régional.
Infirmiers libéraux : des zones très sous dotées identifiées
Sur l'ensemble de la région, 20 bassins de vie ou cantons-villes sont désormais classés en zone très sous dotée. Ces territoires concentrent 4,6 % de la population régionale, soit 367 153 habitants, un poids démographique qui donne la mesure des tensions d'accès aux soins infirmiers dans certains secteurs ruraux ou périurbains. Pour un directeur ou un IDEC exerçant dans l'un de ces bassins, ce classement change concrètement la donne : il ouvre l'accès à des dispositifs de soutien financier destinés à attirer de nouveaux professionnels, et donc potentiellement à faciliter des partenariats avec des infirmiers libéraux intervenant en appui de l'établissement.
À l'inverse, les bassins de vie non classés en zone très sous dotée restent soumis au régime de droit commun : l'installation y demeure libre, sans accès aux aides renforcées réservées aux zones prioritaires.
Des aides à l'installation et au maintien d'activité pour les infirmiers
Le classement en zone très sous dotée ouvre droit à un accompagnement financier renforcé destiné à faciliter l'installation et le maintien d'activité. Un infirmier qui s'installe pour la première fois en libéral dans l'une de ces zones peut ainsi percevoir une aide jusqu'à 37 500 € sur cinq ans pour une première installation en libéral. Un autre dispositif, aux conditions propres, permet d'obtenir une aide jusqu'à 27 500 € sur cinq ans dans le cadre du contrat d'aide à l'installation des infirmiers. Pour les professionnels déjà en exercice, un soutien au maintien de l'activité peut atteindre jusqu'à 3 000 € par an pendant trois ans pour favoriser le maintien de l'activité. Dans certaines situations, les aides prévues par les contrats peuvent être majorées de 20 %, un mécanisme incitatif supplémentaire destiné aux zones les plus fragiles.
Ces montants restent indicatifs : chaque dossier est instruit individuellement par l'agence régionale de santé, et le montant définitivement versé dépend du contrat signé et de la situation du professionnel concerné. Il ne s'agit en aucun cas d'une obligation d'installation : ces aides constituent un levier incitatif, pas une contrainte imposée aux infirmiers libéraux qui restent libres de choisir leur lieu d'exercice.
Orthophonistes : de nouvelles zones sous denses
Le même exercice de cartographie a été mené pour les orthophonistes, avec un zonage distinct fondé sur la notion de zone sous dense plutôt que de zone très sous dotée. Au total, 58 bassins de vie ou cantons-villes sont classés en zone sous dense pour cette profession, un périmètre nettement plus large que celui retenu pour les infirmiers, reflet d'une pénurie de professionnels du langage et de la communication qui touche une large partie du territoire régional.
Pour les structures qui accueillent des résidents ou des patients nécessitant un suivi orthophonique régulier, ce zonage peut expliquer en partie les difficultés rencontrées pour trouver un intervenant libéral disponible à proximité, notamment dans les bassins de vie les plus ruraux.
Les aides dédiées à l'installation des orthophonistes
Comme pour les infirmiers, ce classement s'accompagne d'un dispositif d'aides propre à la profession. Un orthophoniste qui s'installe pour la première fois en zone sous dense peut bénéficier d'une aide 30 000 € pour une première installation en libéral. Un autre contrat, aux conditions différentes, prévoit une aide 19 500 € pour l'installation d'un orthophoniste. Pour accompagner la poursuite de l'activité une fois l'installation réalisée, une aide au maintien 1 500 € par an pour favoriser le maintien de l'activité est également prévue.
Là encore, ces montants ne créent aucune obligation d'installation : ils visent à rendre ces territoires plus attractifs pour les orthophonistes, sans contraindre aucun professionnel à s'y implanter contre son gré.
Le cadre légal national qui fixe la méthode de zonage
La méthode utilisée pour classer les bassins de vie et cantons-villes des infirmiers ne relève pas d'une simple initiative régionale : elle s'appuie sur un texte réglementaire national, l'Arrêté du 28 mai 2026 modifiant l'arrêté du 10 janvier 2020 relatif à la méthodologie applicable à la profession d'infirmier pour la détermination des zones prévues au 1° de l'article L. 1434-4 du code de la santé publique, publié au Journal officiel. Ce texte, relatif à la méthodologie applicable à la profession d'infirmier pour la détermination des zones, fixe les critères et indicateurs que chaque agence régionale de santé doit appliquer pour établir son propre zonage, ce qui explique la cohérence de méthode observée d'une région à l'autre.
Pour la profession d'orthophoniste, le cadre légal qui fixe cette méthodologie repose sur des dispositions distinctes, propres à cette profession, et n'a pas pu être corroboré ici par un texte national spécifique.
Comment un professionnel peut consulter son classement
Pour connaître le classement de son propre bassin de vie ou canton-ville, plusieurs ressources sont mises à disposition par l'agence. Côté infirmiers : Le classement est détaillé dans le guide zonage infirmiers 2026. Côté orthophonistes : Le classement est détaillé dans le guide zonage orthophonistes 2026. Les professionnels peuvent consulter les cartes régionales détaillées afin de connaître le classement de chaque bassin de vie ou canton-ville. Pour les démarches d'installation les plus précises : La liste précise des communes éligibles est consultable dans l'arrêté disponible sur le PAPS, la plateforme nationale d'accompagnement des professionnels de santé en exercice libéral.
Ce que ce zonage change concrètement pour les IDEC
Pour un infirmier coordinateur, ce nouveau zonage n'est pas qu'une curiosité réglementaire : il redessine la carte de la concurrence et de la pénurie sur son propre bassin de vie. Un établissement situé dans une zone classée très sous dotée pourra plus facilement argumenter, lors d'un recrutement, sur les aides mobilisables par un infirmier libéral partenaire ou par un professionnel salarié tenté par l'installation. À l'inverse, dans une zone jugée mieux dotée, l'attractivité devra reposer sur d'autres leviers : conditions de travail, projet d'établissement, perspectives d'évolution professionnelle.
Cette lecture territoriale rejoint des enjeux plus larges de pilotage RH que l'IDEC connaît bien. S'informer sur les compétences attendues pour piloter une équipe soignante permet de mieux anticiper ces tensions de recrutement, tout comme suivre l'évolution de la grille de rémunération applicable à la fonction aide à construire des arguments concrets face à des candidats sollicités par plusieurs structures. Des parcours de formation dédiés au pilotage territorial et RH permettent également d'outiller les équipes d'encadrement sur ces sujets d'attractivité. Enfin, plusieurs outils pratiques pour objectiver l'attractivité de son territoire d'implantation peuvent utilement compléter cette veille réglementaire au quotidien.
Le zonage n'est pas figé : il fait l'objet de révisions régulières par les agences régionales de santé, à mesure que la démographie des professionnels de santé évolue. Les IDEC ont donc intérêt à suivre ces publications au fil de l'eau, au même titre que les autres indicateurs d'attractivité territoriale de leur établissement.
