La campagne et ce que met en avant la page du portail
Sur la page que le portail national d’information pour les personnes âgées consacre aux préjugés liés à l’âge, il est question d’une campagne de sensibilisation intitulée « Âgés, et alors ? ». Le texte pose d’abord un principe : chaque personne avance en âge à son rythme, avec son histoire. Il ajoute : « Réduire une personne à son âge empêche de voir ce qu’elle est réellement : une personne avec son parcours de vie, ses talents et ses envies ».
La campagne prend la forme de vidéos. D’après la page, elles illustrent différentes façons de rester engagé, de transmettre et de créer du lien à tout âge. Cet article se limite au contenu de la page.
Parmi les portraits présentés, l’un montre une personne qui partage des moments de jeu avec des jeunes au sein du tiers-lieu de son EHPAD. Un autre concerne une personne qui vit en résidence autonomie et partage des activités avec les résidents. Ce sont des illustrations, pas un modèle à reproduire tel quel.
L’âgisme : la définition reprise par la page
La page ne laisse pas le terme dans le flou. Elle précise que l’organisation mondiale de la Santé (OMS) donne une définition de l’âgisme, qu’elle reprend : l’âgisme regroupe les stéréotypes (la façon d’envisager l’âge), les préjugés (ce qu’inspire l’âge) et la discrimination (la façon de se comporter), dont on est soi-même victime ou dont autrui est victime en raison de l’âge.
Appliqué aux personnes âgées, selon le même texte, l’âgisme consiste à avoir des idées toutes faites sur elles ou à les traiter différemment simplement en raison de leur âge. La page rappelle aussi que ces préjugés peuvent avoir des conséquences concrètes et conduire à de la discrimination, notamment dans l’accès au logement, aux soins, aux loisirs ou à certains services.
Pour une équipe d’Ehpad, cette grille (représentations, sentiments, comportements) peut offrir un vocabulaire commun. C’est une lecture propre à cet article, pas un conseil de la page.
À quoi l’âgisme peut ressembler au quotidien
La page cite des exemples concrets de comportements. Elle mentionne notamment :
- penser qu’une personne âgée est forcément fragile ou dépendante ;
- parler à sa place ou prendre une décision sans lui demander son avis.
Elle précise également que l’âgisme peut se manifester par une remarque, une attitude ou une décision prise « pour le bien » d’une personne sans réellement prendre en compte ses choix. Le point peut intéresser les équipes : un geste dicté par le souci de bien faire reste concerné. Le texte l’écrit ainsi : ces attitudes peuvent limiter l’autonomie des personnes âgées et nuire à leur confiance en elles, et cela même lorsqu’elles partent d’une bonne intention.
Dans un établissement, ces situations peuvent prendre la forme de phrases prononcées en passant ou de décisions d’organisation. Pour situer ce qui relève d’une maladresse de langage et ce qui appelle une vigilance plus forte, l’équipe peut se reporter à la procédure du site consacrée à la bientraitance et aux signaux de maltraitance.
Ce que disent l’enquête d’opinion et les propositions du Conseil de l’âge
La page du portail avance que deux tiers des Français considèrent la société française comme âgiste. Un résultat de même nature figure dans une enquête du Conseil de l’âge, instance du HCFEA, présentée dans la page intitulée une France âgiste malgré elle ?. Attention à la date : cette enquête est ancienne par rapport à la campagne. Le HCFEA précise qu’elle a été « Réalisée par Harris Interactive en juin 2024 auprès d'un échantillon représentatif de la population française ». Ses résultats décrivent donc l’opinion à ce moment-là et ne se lisent pas comme un état actuel de l’opinion.
Dans cette enquête datée, trois quarts des Français ne se sentent pas âgistes. Le HCFEA ajoute : deux tiers d'entre eux considèrent la société française comme âgiste. La même page indique que plus d'un Français de 50 ans et plus sur dix se déclarent avoir été victimes de comportements ou discrimination(s) âgistes, le plus souvent dans l'espace public. Il note enfin : « Les jeunes générations sont plus nombreuses à se déclarer en avoir été témoins ».
Le Conseil de l’âge a aussi publié des propositions pour un plan de lutte contre l’âgisme. La page indique : « Le Conseil de l’âge a adopté des propositions pouvant inspirer ou intégrer un plan de lutte contre l’âgisme, qu’il appelle de ses vœux ». Elle précise que le Conseil propose dix mesures, structurées en quatre axes, pour inspirer un futur plan national de lutte contre l’âgisme. Parmi les axes cités :
- « Mesurer l’âgisme (disposer de données fiables et d’un baromètre régulier) » ;
- « Changer les représentations (valoriser les seniors dans tous les domaines et proscrire les stéréotypes et les termes stigmatisants) » ;
- « Renforcer la participation citoyenne (Promouvoir l’intergénérationnel, encourager le bénévolat et lutter contre les inégalités) ».
Les leviers cités : rencontres entre générations, droit de choisir et de décider
Du côté des leviers, la page du portail écrit : « Sensibiliser, informer, rassembler des personnes de générations différentes, ces actions sont essentielles pour combattre les préjugés et les stéréotypes ». Les portraits évoqués plus haut, avec un tiers-lieu en Ehpad et une résidence autonomie, entrent dans cette logique de rencontre. Sur ce thème, le site propose un article consacré aux rencontres intergénérationnelles en Ehpad.
Un second levier concerne la décision. La page affirme : « Pouvoir décider pour soi est une dimension essentielle de l’autonomie ». Elle ajoute que, lorsqu’une personne avance en âge ou a besoin d’aide au quotidien, il est important de continuer à rechercher son avis, de lui donner les informations dont elle a besoin et de respecter ses choix.
La page poursuit dans le même sens : « Respecter le droit de choisir et de décider des personnes âgées est un moyen concret de faire reculer l’âgisme et de lutter contre la discrimination et les inégalités fondées sur l’âge ».
Pistes pour l’IDEC en équipe d’Ehpad
Les pistes qui suivent sont une lecture propre à cet article. Elles ne sont pas présentées comme des recommandations de la source, et elles ne créent aucune obligation pour l’IDEC. Elles prennent appui sur les exemples et les leviers décrits plus haut.
- Questionner en réunion d’équipe les formulations du quotidien. Les exemples de la page (supposer une fragilité, parler à la place de la personne, décider « pour son bien ») peuvent servir de point de départ à un échange : quelles phrases entend-on dans les couloirs, lors des toilettes, au moment des repas ? L’objectif est d’ouvrir la discussion, pas de désigner des fautifs.
- Recueillir l’avis du résident avant une décision qui le concerne. En écho au droit de choisir et de décider évoqué par la page, l’équipe peut se demander, pour une décision d’organisation ou de soin, comment l’avis de la personne a été recherché et comment il a été pris en compte, et le noter dans le dossier selon les usages de l’établissement.
- Imaginer un projet d’animation intergénérationnel. La page cite l’exemple d’un tiers-lieu : c’est un exemple, pas une règle. Chaque établissement peut en tirer des idées adaptées à ses locaux, à ses partenaires locaux et aux envies de ses résidents, en les associant dès la conception du projet.
- Relier ces échanges aux missions de la fonction. Pour situer ces pistes dans le quotidien du poste, on peut se reporter aux repères du site sur le rôle de l’IDEC en Ehpad et sur les compétences de l’IDEC, qui aident à choisir ce qui se discute avec l’équipe soignante et ce qui se porte auprès de la direction.
Ces pistes visent un travail sur les mots et les décisions de tous les jours. Elles n’ont pas vocation à remplacer les démarches de bientraitance déjà conduites dans l’établissement : elles peuvent les prolonger, à l’échelle d’une équipe, par un temps d’échange régulier et sans jugement.
