Une campagne nationale reconduite pour l'automne et l'hiver

Comme chaque année à la même période, les autorités sanitaires relancent le dispositif de prévention de la bronchiolite du nourrisson. Selon l'Agence régionale de santé de Bretagne, la campagne court, en France hexagonale, du 14 septembre 2026 au 28 février 2027. Elle s'appuie, comme les saisons précédentes, sur deux leviers complémentaires : l’immunisation passive par anticorps monoclonaux et la vaccination maternelle, deux stratégies présentées comme actuellement disponibles en France.

Sur la saison écoulée, plus de 450 000 nourrissons ont été protégés d’une forme grave de la bronchiolite lors de l’hiver 2025-2026. Un résultat qui repose sur l'articulation, autour du nourrisson, des équipes de maternité, des professionnels de ville et des structures d'accueil du jeune enfant.

Le bilan de la dernière saison épidémique

D'après le bulletin national de Santé publique France consacré aux infections respiratoires aiguës, la dynamique de la dernière saison est désormais connue : L’épidémie de bronchiolite de la saison 2025-2026 en France hexagonale a commencé en S47 (mi-novembre). Le pic a été atteint en S50 (mi-décembre) et l’épidémie s’est achevée en S02 (mi-janvier). Au total, cette épidémie a suivi une trajectoire bien documentée : L’épidémie a duré 8 semaines et a suivi la même dynamique que celle de la saison 2024-2025.

Le bilan détaille aussi la situation des formes graves. Depuis la semaine 2025-S40, 507 cas graves de bronchiolite ont été signalés par les services de réanimation participants. Un traitement préventif contre les infections à VRS par anticorps monoclonal avait été administré à 167 cas (33%). Parmi les 348 cas dont le statut vaccinal de la mère était renseigné, 77% d'entre elles n'étaient pas vaccinées. Ces deux proportions situent assez précisément la marge de progression de la couverture par les deux stratégies de prévention, et donc l'enjeu que représente, pour les équipes de soins, l'orientation systématique des familles vers l'une ou l'autre de ces options.

Deux stratégies de prévention, pour deux temps différents

La prévention de la bronchiolite à VRS repose sur deux approches distinctes, mobilisables à des moments différents du parcours périnatal. La première est la vaccination maternelle : le vaccin Abrysvo® est proposé aux femmes enceintes, au 8ème mois de grossesse (32 à 36 semaines d’aménorrhée). Santé publique France précise : La vaccination de la femme enceinte est recommandée selon le schéma à une dose avec le vaccin Abrysvo®, entre la 32e et la 36e semaine d’aménorrhée. Ce même bulletin ajoute une réserve de pratique à connaître : La vaccination contre le VRS chez les femmes enceintes immunodéprimées n’est pas recommandée.

La seconde approche est l'immunisation passive du nouveau-né par l’anticorps monoclonal Beyfortus® (nirsevimab), destiné à immuniser les nouveau-nés. Cette stratégie n'est pas nouvelle : la Haute Autorité de Santé le rappelle, Depuis septembre 2023, la stratégie de prévention a été étendue aux nourrissons sans facteur de risque, après avoir longtemps été réservée aux populations les plus vulnérables. C'est aussi le cas, plus largement, pour la prise en charge des formes les plus sévères : Chez les nourrissons avec des facteurs de risque, la prise en charge médicale d’une infection à VRS repose principalement sur l’administration d’anticorps monoclonaux.

Côté organisation des soins, la vaccination maternelle est ouverte à un large éventail de professionnels. La vaccination peut être prescrite et réalisée par les médecins, les sage-femmes, les infirmiers diplômés d’Etat (IDE) et les pharmaciens. Le vaccin est en outre pris en charge à 100% par l’Assurance maternité, ce qui simplifie l'orientation des patientes quel que soit le point d'entrée dans le parcours de soins.

Enflonsia, une nouvelle option validée par la Haute Autorité de Santé

La nouveauté de cette campagne tient à l'arrivée d'une seconde molécule d'immunisation passive. Enflonsia® (clesrovimab) est disponible pour la première fois cette saison en France, avec un mode d'administration simplifié : Il est administré en une injection intramusculaire unique. Dans son avis de la Commission de la Transparence, la Haute Autorité de Santé est nette : Avis favorable au remboursement d’ENFLONSIA (clesrovimab) dans la prévention des infections des voies respiratoires inférieures causées par le virus respiratoire syncytial (VRS) chez les nouveau-nés et les nourrissons au cours de leur première saison de circulation du VRS.

Sur la place de ce nouveau produit dans la stratégie thérapeutique, la Commission a estimé qu'il s'agit d'une option thérapeutique de première intention, au même rang que l'anticorps monoclonal déjà disponible, tout en lui reconnaissant une amélioration du service médical rendu mineure (ASMR IV). Le dossier ne permet pas d'établir de comparaison d'efficacité chiffrée entre les deux molécules : pour les équipes soignantes, l'une et l'autre demeurent donc des options d'immunisation passive à proposer selon l'organisation locale et la disponibilité, sans hiérarchie affichée entre elles. Comme pour tout nouveau produit mis en circulation, sa surveillance s'inscrit dans la remontée habituelle des événements indésirables.

Les circuits d'administration, en maternité comme en ville

L'organisation pratique de la campagne distingue deux profils de nourrissons selon leur date de naissance :

  • Les enfants nés à partir du 1er septembre 2026, et jusqu’à la fin de la campagne d’immunisation annuelle début 2027 : ils pourront se voir proposer une dose de Beyfortus® directement en maternité quelques jours après leur naissance.
  • Les enfants nés entre février et août 2026 pourront bénéficier d’une immunisation de rattrapage en ville.

Ce rattrapage en ville concerne directement les professionnels de proximité, sur un principe assez proche de ce qui existe déjà pour d'autres campagnes vaccinales saisonnières, à l'image du kit pratique diffusé par une autre agence régionale de santé pour la vaccination en établissement. L’administration peut être réalisée par les médecins, les sage-femmes et les infirmiers, ainsi qu’en PMI. Côté prise en charge financière, en ville, Beyfortus® est remboursé à hauteur de 30% par l’Assurance Maladie et intégralement avec la C2S. Pour les femmes enceintes dont l'accouchement est proche, l'entrée dans le dispositif est également facilitée puisqu'elles ont la possibilité de se faire vacciner en pharmacie ou en établissement de santé à partir du 14 septembre 2026.

Ce que cela change concrètement pour les infirmiers

Pour les infirmières et infirmiers, en cabinet libéral, en PMI comme en structure médico-sociale accueillant du personnel ou des visiteurs en contact avec de très jeunes enfants, l'enjeu reste le même : orienter sans délai les familles vers le bon circuit selon la date de naissance du nourrisson, et savoir qui, dans l'équipe, peut administrer quoi. Cette question du périmètre d'intervention infirmier se pose aussi sur d'autres campagnes, comme celle où la fonction de référent s'est ouverte aux infirmiers dans les centres de vaccination.

Le dossier disponible ne détaille pas, à ce stade, les modalités précises de coordination entre maternité, PMI et cabinet libéral autour d'un même nourrisson, ni le geste technique d'administration en cabinet infirmier libéral au-delà du principe général rappelé plus haut. Sur ce point, la vigilance de terrain reste la même que pour toute nouvelle campagne de prévention : vérifier le statut vaccinal maternel et le statut d'immunisation du nourrisson avant toute proposition, documenter l'acte réalisé, et orienter vers un autre professionnel habilité en cas de doute. Ce type de repère peut utilement s'appuyer sur des outils de suivi partagés entre professionnels, ainsi que sur le rôle de coordination que jouent déjà les infirmiers coordinateurs autour des parcours de prévention en structure.

Une couverture encore incomplète, un rôle de relais à confirmer

Le bilan de la saison écoulée le rappelle : une part significative des cas graves concernait des nourrissons non couverts par l'une ou l'autre des deux stratégies, ou des mères non vaccinées. Dans ce contexte, les infirmiers, en complément des médecins, sages-femmes et pharmaciens habilités, restent un point de contact pour orienter les familles vers l'une ou l'autre des deux stratégies avant l'entrée dans la période épidémique. La coexistence de deux anticorps monoclonaux et d'un vaccin maternel élargit par ailleurs les possibilités d'orientation, sans complexifier le principe général : proposer systématiquement une protection au nourrisson, par l'une ou l'autre voie, avant l'entrée dans la période épidémique.