Ils représentent près de 40 % des résidents d'EHPAD et cumulent les risques lors de chaque passage à l'hôpital : désorientation brutale, iatrogénèse médicamenteuse, syndrome confusionnel aigu, risque de fugue. Pourtant, les établissements hospitaliers restent trop peu préparés à accueillir les personnes atteintes d'Alzheimer dans des conditions véritablement adaptées. La Fondation Médéric Alzheimer, en partenariat avec la Fédération Hospitalière de France (FHF) et la FEHAP, lance pour la quatrième fois son appel à projets « Vers un Hôpital Alzheimer Friendly », doté de 400 000 € pour l'édition 2026. Pour l'IDEC en EHPAD, c'est une opportunité concrète d'initier ou de renforcer une collaboration structurelle avec les établissements sanitaires du territoire.
Un appel né d'un constat simple : l'hôpital n'est pas pensé pour Alzheimer
L'hospitalisation d'une personne atteinte de la maladie d'Alzheimer est un moment à très haut risque. Dépaysement brutal, bruits et lumières des urgences, multiplication des intervenants inconnus, rupture des repères quotidiens : tout concourt à aggraver la désorientation et à déclencher des syndromes confusionnels aigus (delirium), dont les conséquences fonctionnelles peuvent être irréversibles. Les données disponibles indiquent que les effets indésirables médicamenteux sont quatre fois plus fréquents chez les patients de 65 ans et plus que dans les autres tranches d'âge, et qu'un nombre significatif de résidents autonomes à leur entrée en hospitalisation ne le sont plus à leur sortie.
En France, ce défi est colossal. La maladie d'Alzheimer et les maladies neurodégénératives apparentées touchent 1,4 million de personnes, avec 225 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. Selon les données de la DREES publiées en 2024, 268 200 résidents en EHPAD souffrent d'Alzheimer ou d'une maladie apparentée, soit 38 % des personnes hébergées — une proportion qui dépasse fréquemment les 50 % dans la pratique quotidienne. Ces résidents transitent régulièrement entre l'EHPAD et l'hôpital : urgences, hospitalisations programmées, soins de suite et de réadaptation. Chaque passage représente une rupture de prise en charge potentielle, directement au cœur des missions de coordination de l'IDEC.
C'est pour répondre à ce défi que la Fondation Médéric Alzheimer a lancé en 2023, avec la FHF et la FEHAP, l'appel à projets « Vers un Hôpital Alzheimer Friendly ». Après deux premières éditions à 50 000 €, le budget a été multiplié par huit à partir de 2025 pour atteindre 400 000 €, montant reconduit pour l'édition 2026. L'appel 2026 est ouvert depuis le 13 mai et les candidatures sont attendues jusqu'au 17 juillet 2026. Un webinaire de présentation est programmé le 3 juin 2026.
Les 5 axes de la démarche : une transformation systémique de l'accueil
La démarche Alzheimer Friendly ne se limite pas à quelques affiches informatives en couloir. Elle vise une transformation durable de l'organisation hospitalière autour de cinq axes complémentaires :
- Repérer les troubles cognitifs dès l'admission, pour adapter immédiatement la prise en charge et éviter les erreurs médicamenteuses ou les procédures inadaptées à un patient désorienté.
- Reconnaître le rôle des aidants — proches familiaux et professionnels de l'EHPAD — comme acteurs à part entière du parcours de soins hospitalier, et non comme simples visiteurs à tolérer.
- Former et sensibiliser les équipes soignantes hospitalières aux spécificités Alzheimer : communication adaptée, gestion de l'agitation, approches non médicamenteuses, identification précoce du delirium.
- Adapter l'environnement : signalétique simplifiée et repérable, espaces calmes, lumière naturelle, réduction des stimulations sonores, possibilités de déambulation sécurisée.
- Piloter une approche globale : protocoles coordonnés d'entrée et de sortie, articulation avec les structures partenaires (EHPAD, équipes mobiles gériatriques, services médico-sociaux), continuité de l'information.
Ces cinq axes sont interdépendants. Les projets lauréats des éditions précédentes combinent généralement au moins trois d'entre eux et démontrent une logique de réorganisation durable — pas simplement l'acquisition d'équipements isolés. Parmi les projets emblématiques financés : l'équipement d'urgences en dispositifs de repérage rapide des troubles cognitifs à l'admission, le déploiement d'approches sensorielles et de réalité virtuelle pour les patients agités, la formation de référents Alzheimer dans chaque service, ou la création de chambres spécifiquement conçues pour les besoins gériatriques.
Ce que l'appel finance — et ce qu'il exclut
L'enveloppe de 400 000 € peut être répartie entre un ou plusieurs projets lauréats. Les dépenses éligibles couvrent le temps humain des professionnels impliqués dans le projet, les frais de déplacement associés, les postes permanents si le projet aboutit à une organisation pérennisée, les formations d'équipes et les outils de communication ou de coordination. L'aménagement des espaces est finançable à condition de s'intégrer dans une réorganisation globale du parcours, et non comme intervention isolée.
En revanche, sont explicitement exclus : les équipements isolés sans démarche d'accompagnement (un achat de vélos adaptés ou d'horloges sans projet de formation ne sera pas retenu), les contrats à durée déterminée ou d'intérim, et les frais de fonctionnement courant. L'évaluation des dossiers porte sur la solidité de la démarche et sa pérennité prévisible, pas sur le volume d'investissement matériel.
Qui peut candidater ? Le rôle stratégique de l'EHPAD comme partenaire
L'appel est ouvert aux établissements sanitaires publics ou privés non lucratifs (à gestion désintéressée) accueillant des patients Alzheimer dans leurs services : urgences, hospitalisations conventionnelles, hôpitaux de jour MCO, SSR, santé mentale, consultations externes, HAD et soins palliatifs.
Les EHPAD, en tant qu'établissements médico-sociaux relevant du code de l'action sociale et des familles, ne peuvent pas être porteurs directs de l'appel à projets. C'est une contrainte importante — mais pas une exclusion. Les EHPAD peuvent être partenaires officiels d'un établissement sanitaire candidat. Et c'est précisément là que le rôle de l'IDEC devient stratégique : en proposant à un établissement hospitalier de proximité de constituer un dossier conjoint, en apportant l'expertise terrain de la prise en charge quotidienne des résidents Alzheimer, l'IDEC peut initier une collaboration qui profitera durablement aux deux structures et, surtout, aux résidents qui transitent entre elles.
Ce que l'IDEC peut faire concrètement avant le 17 juillet
La fenêtre est courte — moins de deux mois. Voici les actions pratiques à initier dès maintenant :
- Identifier les établissements sanitaires partenaires naturels de l'EHPAD : service de gériatrie, équipe mobile gériatrique, service des urgences du centre hospitalier de référence territorial. Ce sont eux les porteurs potentiels.
- Prendre contact avec le cadre de santé ou le directeur des soins de ces établissements pour les informer de l'appel et proposer un partenariat. Un email factuel suffit pour amorcer le dialogue : combien de résidents de l'EHPAD sont hospitalisés chaque trimestre dans leur établissement ? Quels incidents surviennent lors de ces hospitalisations ?
- Constituer un argumentaire terrain fondé sur les données de l'EHPAD : taux de résidents Alzheimer, nombre de passages aux urgences par an, incidents observés (delirium, fugues, chutes, pertes d'autonomie post-hospitalisation). Ces données sont le cœur de la valeur ajoutée que l'IDEC apporte.
- Participer au webinaire du 3 juin 2026 pour comprendre les critères de sélection. Le formulaire de candidature et le dossier DOCX sont téléchargeables sur le site de la Fondation Médéric Alzheimer. Contact pour toute question : [email protected].
Pour développer les compétences mobilisées dans ce type de démarche partenariale, le guide des formations obligatoires pour l'IDEC recense les dispositifs de DPC accessibles, notamment les modules spécialisés en prise en charge des démences. Le guide de financement via le CPF détaille les options disponibles pour les formations Alzheimer, qui figurent dans plusieurs catalogues DPC 2026.
Un levier dans le contexte de la Stratégie nationale MND 2025-2030
Cet appel à projets s'inscrit dans un contexte politique favorable. La Stratégie nationale maladies neurodégénératives 2025-2030, dotée de 500 millions d'euros sur cinq ans, prévoit notamment le doublement des équipes mobiles spécialisées, la généralisation des structures adaptées (PASA, UHR) en EHPAD et le renforcement structurel de la coordination ville-hôpital-EHPAD. L'appel à projets Alzheimer Friendly est un instrument concret de mise en œuvre de cette stratégie — à l'échelle d'un service, d'un établissement, d'un territoire.
Pour l'IDEC, dont les missions de coordination sont désormais officiellement définies par le décret du 4 septembre 2025, l'enjeu est clair : construire des ponts durables avec l'hôpital, pour que chaque hospitalisation d'un résident Alzheimer soit préparée, accompagnée et tracée. Cela ne relève pas de l'utopie organisationnelle, mais d'une méthode — et cette méthode peut aujourd'hui être financée. Le guide métier de l'IDEC rappelle que la coordination avec les structures sanitaires est une mission centrale de la fonction, et le référentiel de compétences de l'IDEC identifie précisément la gestion des parcours inter-établissements comme une compétence clé à développer.
Avec 573 100 personnes hébergées dans 7 282 EHPAD en France — dont près de 40 % atteintes d'Alzheimer — la question de l'articulation hôpital-EHPAD est l'un des chantiers les plus urgents du secteur. L'appel à projets Alzheimer Friendly 2026 est une porte d'entrée concrète, avec un financement, une méthode et un réseau. Date limite : 17 juillet 2026. Le dossier se dépose en ligne. Et il ne manque, peut-être, qu'un coup de fil de l'IDEC au cadre de santé de l'hôpital partenaire pour que le projet prenne forme.