Le 19 mai 2026, à l'ouverture de SantExpo, la Fédération Hospitalière de France présente à la ministre une proposition de loi de programmation en 53 articles : « Bâtir une société de la longévité ». Ce texte ne s'improvise pas — il s'appuie sur des données démographiques documentées et sur une crise du secteur médico-social que personne ne conteste plus. Il engage une trajectoire pour les dix prochaines années qui concerne directement les IDEC et les équipes qu'elles coordonnent.

La loi de programmation grand âge, pourtant promise par la loi Bien Vieillir du 8 avril 2024, n'a toujours pas été présentée au Parlement à la date de SantExpo. La FHF livre un texte clé en main, avec des chiffres, des trajectoires et des mécanismes de financement définis. Sa lecture s'impose pour toute infirmière coordinatrice qui veut comprendre le contexte dans lequel ses missions vont évoluer.

Un choc démographique documenté, une réponse politique urgente

Les projections de l'INSEE et de la DREES sont sans ambiguïté. D'ici 2052, la France comptera 5 millions de seniors supplémentaires parmi les plus de 65 ans, soit une hausse de 27 %. Plus préoccupant pour les EHPAD : le nombre de personnes en perte d'autonomie augmentera de 700 000 d'ici 2050, dont 300 000 en perte d'autonomie sévère. Et les générations du baby-boom atteignent 85 ans à partir de 2030, entraînant une hausse de 77 % des personnes très âgées en une seule génération.

Ces chiffres ne sont pas des projections abstraites. Ils se traduisent concrètement par des résidents qui arrivent en EHPAD plus tard dans leur parcours, plus âgés, avec des polypathologies plus lourdes. La coordinatrice qui encadre les soins aujourd'hui prépare ses équipes à prendre en charge cette réalité dans cinq à dix ans. Comme le formule Arnaud Robinet, président de la FHF : « Face au défi démographique, l'attentisme de l'État serait une faute politique et morale. »

La structure du texte : six titres, cinq piliers opérationnels

La proposition FHF comporte un article liminaire et six titres que l'institution synthétise en cinq piliers pour les acteurs de terrain. Voici ce que chacun contient — et ce qu'il signifie pour l'IDEC.

Pilier 1 — La prévention comme socle

Le texte instaure un parcours national de prévention pour les personnes de plus de 60 ans, fondé sur la méthode ICOPE de l'OMS. Celle-ci évalue six dimensions : mobilité, nutrition, santé mentale, cognition, audition, vision. L'objectif affiché est ambitieux : 80 % des personnes de plus de 60 ans bénéficiant d'un dépistage ICOPE d'ici fin 2031. Ce chiffre repose sur un constat documenté : 40 % des pertes d'autonomie sont évitables par une action préventive précoce.

Pour l'IDEC, ce pilier est directement structurant. Elle sera en première ligne pour coordonner les bilans ICOPE en EHPAD, en lien avec le médecin coordonnateur et les acteurs de proximité du territoire. C'est un rôle de dépistage et de coordination de parcours préventif qui vient compléter ses missions définies par le décret n° 2025-897 du 4 septembre 2025. Retrouvez le cadre complet de vos missions IDEC en EHPAD.

Pilier 2 — L'adaptation de la société au vieillissement

La proposition rend obligatoire un plan intercommunal d'adaptation au vieillissement, avec des volets transport, logement, lutte contre l'isolement et adaptation des environnements. Elle prévoit le développement de l'habitat intermédiaire et inclusif — résidences autonomie, habitats partagés — comme alternatives aux EHPAD traditionnels.

Ce pilier modifie le bassin de vie dans lequel s'inscrit l'établissement. La structuration d'une offre de proximité autour du maintien à domicile allongé signifie que les résidents qui pousseront la porte de l'EHPAD seront plus tardifs dans leur parcours, et donc plus fragiles. L'IDEC doit anticiper cette évolution dans l'organisation des soins et la formation de ses équipes.

Pilier 3 — La transformation de l'offre de soins et d'accompagnement

La FHF propose la création de 100 000 solutions nouvelles d'ici 2036 : places à domicile renforcées, centres de ressources territoriaux (CRT), EHPAD transformés, habitats partagés. Les CRT, en particulier, doivent se déployer massivement sur le territoire : 500 centres de ressources d'ici 2027, pour constituer les pivots d'un système de soins gradués autour du domicile.

L'EHPAD n'est plus conçu seulement comme un hébergement terminal : il devient un nœud dans un réseau de services à l'autonomie. Ce changement de paradigme élargit potentiellement le champ d'intervention de l'IDEC au-delà des murs de l'établissement, vers la coordination de parcours pour des personnes qui n'y résident pas encore.

Pilier 4 — Les ressources humaines

C'est le pilier le plus attendu. La FHF chiffre le besoin à 100 000 équivalents temps plein supplémentaires en EHPAD et services à domicile sur dix ans, dont 60 000 sur la période 2027-2031. Le coût est estimé à 4,5 milliards d'euros. Dès 2026, une première tranche de 4 500 soignants supplémentaires est financée par la LFSS, avec un objectif de 50 000 recrues supplémentaires d'ici 2030.

Pour l'IDEC, ces annonces impliquent une responsabilité managériale accrue. Intégrer des renforts dans des équipes rodées, maintenir la qualité des pratiques, gérer les phases d'apprentissage et de fidélisation dans un contexte de fort turn-over : c'est exactement le cœur de métier de la coordinatrice. Le niveau de rémunération de l'IDEC en 2026 doit être à la hauteur de cette responsabilité croissante.

Pilier 5 — La programmation financière pluriannuelle

La FHF propose une trajectoire budgétaire inscrite dans la loi sur cinq ans : un taux plancher de progression de +2,5 % par an pour la branche autonomie, portant le budget de 20,3 milliards d'euros en 2027 à 26,4 milliards en 2031, puis 35,4 milliards en 2036. Le texte demande 10 milliards d'euros supplémentaires par an d'ici la fin de la décennie par rapport à la trajectoire actuelle.

Pour financer cet effort, la FHF propose un mécanisme innovant : affecter une part de la croissance des droits de mutation à titre gratuit (héritages et donations) à la branche autonomie, à un moment où 9 000 milliards d'euros de patrimoine vont changer de main dans les vingt prochaines années. L'intégralité du document est consultable sur le site de la FHF. Le communiqué de presse de présentation à SantExpo est disponible ici.

Ce que ce texte change concrètement pour l'IDEC

La proposition FHF ne cite pas explicitement le titre d'IDEC, mais elle s'articule directement avec la reconnaissance officielle acquise en 2025. Trois articulations directes méritent l'attention :

Pour préparer ces nouvelles responsabilités, la formation continue reste l'outil central. Consultez notre page sur les formations IDEC disponibles et les possibilités de financement via le CPF.

Les réactions du secteur

La FEHAP, qui représente les établissements privés non lucratifs, appelle à des mesures plus ambitieuses et dénonce l'insuffisance des engagements gouvernementaux actuels. Les organisations syndicales du secteur pointent une crise du travail caractérisée par des conditions fortement dégradées, un sous-effectif chronique et une perte de sens chez les professionnels — autant de signaux que la loi devra adresser si elle est adoptée.

Sur le terrain, la réalité financière est connue : plus de 70 % des EHPAD publics affichent un déficit. La trajectoire budgétaire inscrite dans la proposition FHF est la seule réponse structurelle documentée à cette situation. Sans engagement pluriannuel de l'État, les marges de manœuvre des établissements — et donc des IDEC dans leur gestion quotidienne — resteront étroites.

Ce que l'IDEC peut faire dès maintenant

La proposition FHF n'est pas encore une loi, mais elle crée un référentiel que les établissements, les ARS et les directions peuvent commencer à anticiper. Concrètement, l'IDEC peut :

Conclusion

La proposition de loi FHF « Société de la longévité » est le premier texte complet à traiter simultanément le financement, les ressources humaines, la prévention et la transformation structurelle du secteur médico-social, avec des trajectoires chiffrées et des mécanismes définis. Sa force est aussi sa limite : elle reste une proposition, et son adoption dépend d'une volonté politique que les professionnels du secteur doivent contribuer à construire en portant leur expertise et leur réalité de terrain.

Pour l'IDEC, la lecture de ce document doit être l'occasion d'un positionnement clair : coordinatrice du soin au quotidien, elle est aussi la première concernée par les transformations annoncées, et sa voix porte dans ce débat.