Ce que présente l'Anap

La page d'actualité sur le guide et le simulateur consacrés à l'EHPAD autosuffisant en énergie annonce, selon l'Anap, le premier modèle d'EHPAD autonome en énergie duplicable à grande échelle. Le sujet touche l'IDEC par un côté précis : la continuité des soins dépend aussi de ce qui fonctionne dans les murs, de l'éclairage aux dispositifs de rafraîchissement.

Le modèle repose sur plus de 200 simulations technico-économiques. Il porte sur un EHPAD de 100 lits capable de produire, stocker et piloter sa propre énergie. Chaque équipe aura à situer son propre bâtiment par rapport à ce cas de référence.

L'Anap met en avant une promesse de résultat : le modèle démontre qu'il est possible de garantir la continuité de service en cas de coupure électrique tout en maintenant une température intérieure comprise entre 21 et 26 °C, même par 38 °C à l'extérieur. C'est une affirmation de l'Anap sur son modèle ; elle n'est ni commentée ni évaluée dans le flash de la HAS évoqué plus bas, qui est un document distinct.

La méthode est décrite en une phrase : pour construire ce modèle, l'Anap a réuni un groupe de travail pluridisciplinaire : ingénieurs thermiciens, architectes spécialisés en médico-social, dirigeants d'Ehpad, industriels, fournisseurs d'énergie renouvelable et constructeurs. La page décrit enfin le simulateur, présenté ainsi : « Le simulateur vous permet d'évaluer différents scénarios de rénovation » pour garantir l'autonomie énergétique et la résilience de l'établissement.

Cet article s'arrête là sur le contenu de l'Anap. Le détail technique du guide, les équipements, les coûts et les financements ne sont pas repris : ils relèvent d'une lecture directe du guide par la direction et les services techniques. Ce que l'IDEC peut en faire, en revanche, se discute côté soins.

Ce que rappelle le flash sécurité patient de la HAS

Le flash sécurité patient de la HAS consacré à la canicule est un document antérieur à la page de l'Anap. Il pose le contexte en ces termes : « Le changement climatique entraîne – et entraînera – en France l’apparition de vagues de chaleur (pics de chaleur, canicules) de plus en plus fréquentes et intenses. »

Il s'adresse aussi aux structures médico-sociales, puisqu'il écrit : « Les personnes hospitalisées (hors HAD) ou résidant en établissement médico-social ne sont pas à l’abri de coups de chaleur (hyperthermies), déshydratations et hyponatrémies, qui peuvent avoir de graves conséquences. » Pour une IDEC, ces trois mots, hyperthermie, déshydratation, hyponatrémie, servent de grille de lecture clinique : ce sont les situations que les équipes doivent savoir reconnaître et signaler.

Le flash fixe un principe général : « En cas de vague de chaleur, il est essentiel de permettre aux personnes de rester au frais et de s’hydrater. » Les recommandations qui suivent se rangent en trois familles, détaillées ci-dessous : la surveillance des résidents, la maîtrise de la température des locaux, et l'organisation de l'établissement.

Surveillance et hydratation des résidents

Parmi les actions listées par la HAS figure celle de repérer les personnes les plus vulnérables : jeunes enfants, personnes âgées, atteintes d’une maladie chronique (y compris psychiatrique) et/ou en situation de handicap. Dans un EHPAD, ce repérage se fait résident par résident ; il s'appuie sur le dossier de soins et sur la connaissance qu'ont les équipes de chaque personne. Une piste d'organisation propre à cet article : le faire figurer sur un support unique, tenu à jour et visible de toute l'équipe.

Pour la surveillance clinique, la HAS note : « Suivre le poids des personnes est un élément simple de surveillance au long cours. » La conduite à tenir en vague de chaleur citée dans le flash comprend de boire au moins 1,5 litre d’eau par jour, manger frais et équilibré (pour éviter une hyponatrémie), porter des vêtements adaptés, se mouiller le corps et se ventiler. Ces gestes demandent du temps et de la présence auprès des résidents, ce qui pèse directement sur le plan de charge des équipes.

Le flash précise également : « En établissement médico-social, ces consignes doivent être validées par le médecin coordonnateur ». L'IDEC se trouve ici à l'interface naturelle entre le médecin coordonnateur et les soignants : c'est elle qui peut faire circuler les consignes validées, les rendre lisibles et vérifier qu'elles sont appliquées sur le terrain.

Une mise en garde figure aussi dans le document : « Ne pas donner par défaut d’aspirine ou de paracétamol, qui peuvent aggraver de potentielles atteintes rénales (déshydratation) ou hépatiques (coup de chaleur) ». Dans le circuit du médicament, ce point mérite d'être porté à la connaissance des infirmières qui administrent et de celles qui préparent, pour que la question soit posée avant d'agir sur une prescription conditionnelle.

Température des locaux et zone refuge

Côté bâtiment, la HAS cite l'action de rafraîchir et suivre la température des locaux : fermer les volets et les fenêtres, aérer la nuit, etc. Elle liste aussi celle de maintenir en état de fonctionnement les thermomètres pour pouvoir mesurer la température effective des locaux, mais aussi les stores, climatisations, ventilateurs, etc. Ces gestes relèvent à la fois de la direction, du service technique et des équipes de soins, qui sont les premières à constater qu'une chambre devient inconfortable.

Le flash prévoit une solution de repli : orienter les personnes vers une « zone refuge » (pièce rafraîchie) si la température des chambres est trop élevée. Il va plus loin, en demandant, lorsque la température des chambres ne peut être maintenue à une température adéquate, de mettre à disposition une « zone refuge » pour permettre à chaque personne de passer au moins 3 heures par jour dans une pièce rafraîchie.

Pour l'IDEC, une zone refuge soulève des questions très concrètes d'organisation, que le flash ne tranche pas et que cet article pose comme des pistes : qui accompagne les résidents jusqu'à la pièce, comment sont-ils surveillés sur place, comment la présence de chacun est-elle notée, et comment les résidents les moins mobiles sont-ils pris en compte ? Répondre à l'avance à ces questions évite de les découvrir en pleine vague de chaleur.

Plans, référents et protocole

Sur le plan de l'organisation, la HAS liste l'action d'élaborer et mettre à jour les plans blanc et bleu. Elle ajoute, pour les établissements médico-sociaux, l'intérêt de disposer d’un planning et des coordonnées de référents canicule et des médecins mobilisables si besoin. Pour une IDEC, désigner des référents et conserver leurs coordonnées dans un endroit connu de toutes les équipes, y compris la nuit et les week-ends, est un geste simple à prévoir avant l'été.

Le flash rapporte aussi des événements. L'un d'eux est formulé ainsi : « Aucun protocole n’était prévu dans l’établissement pour la prise en charge des patients en cas de canicule. » Un autre passage décrit : « Lors d’un épisode de canicule, une fièvre, une asthénie importante et une désaturation apparaissent. » Ces extraits invitent chaque équipe à relire son propre protocole, sans en tirer de conclusion sur un établissement particulier.

Pistes de lecture pour l'IDEC

Ce qui suit relève d'une lecture propre à cet article : ce sont des pistes d'organisation, que ni l'Anap ni la HAS ne formulent comme telles. Elles prolongent le rôle de l'IDEC en EHPAD, à l'interface entre la direction, le médecin coordonnateur et les soignants.

  • Première piste : traduire en questions de soins ce que dit la page de l'Anap sur la continuité de service. Quels soins, quelles surveillances, quels équipements médicaux doivent absolument rester possibles en cas de coupure électrique ? Cette liste, établie avec la direction, donne au service technique une expression claire du besoin côté soins.
  • Deuxième piste : tenir un tableau de suivi partagé, avec la température des chambres, la zone refuge, le poids et l'hydratation des résidents repérés comme vulnérables. Les rubriques sont inspirées des recommandations de la HAS, mais le tableau lui-même n'est pas un outil proposé par la HAS. Les outils pratiques du site peuvent servir de point de départ.
  • Troisième piste : faire valider les consignes par le médecin coordonnateur avant l'épisode de chaleur, puis les rappeler à chaque équipe lors des relèves, pour que les gestes soient connus de tous.
  • Quatrième piste : consigner les écarts. Une chambre trop chaude, une pièce rafraîchie indisponible ou un matériel en panne sont des situations à tracer. La procédure de gestion des événements indésirables offre le cadre pour le faire.
  • Cinquième piste : s'appuyer sur le guide métier de l'IDEC pour clarifier ce qui relève de la coordination, de la délégation aux équipes et de la remontée à la direction.

Enfin, l'IDEC peut demander à la direction si le simulateur de l'Anap est utilisé ou non dans la réflexion sur les locaux. La question mérite d'être posée, car un scénario de rénovation concerne le confort des résidents autant que le bâtiment. Mais elle reste une question : le simulateur et le flash sont deux outils distincts, et c'est à l'établissement de décider ce qu'il en fait.

Sources officielles