Un résident ou un patient suivi à domicile bascule brutalement dans une crise de fin de vie, un dimanche soir, sans lit d'aval immédiat : c'est précisément la situation que les équipes rapides d'intervention en soins palliatifs (ERI-SP) doivent désamorcer. Un appel à manifestation d'intérêt national vise à retenir 15 projets en 2026, chacun doté de 200 000 € d'amorçage. Pour l'IDEC, comprendre ce dispositif, c'est savoir vers qui se tourner quand l'urgence palliative frappe hors des murs de l'hôpital.
Une ERI-SP, qu'est-ce que c'est ?
L'équipe rapide d'intervention en soins palliatifs est un dispositif adossé à l'hospitalisation à domicile (HAD). Sa raison d'être : faciliter l'accès aux soins palliatifs de toutes les personnes qui en relèvent, y compris lorsque la situation se dégrade vite et que les acteurs habituels sont dépassés. Concrètement, l'ERI-SP apporte une réponse immédiate au praticien (médecin traitant notamment), à la structure adresseuse qui la sollicite.
L'enjeu n'est pas de prendre en charge durablement la personne, mais d'agir sur le moment critique : l'objectif est la stabilisation du patient et d'orientation vers le dispositif le plus adéquat — HAD, unité de soins palliatifs, retour à un accompagnement de proximité. Le public visé est large : le dispositif s'adresse aux personnes qui nécessitent des soins palliatifs à domicile, quel que soit leur âge et leur situation. Un résident d'EHPAD, un patient à son domicile, une personne accueillie en établissement médico-social peuvent tous en bénéficier.
Un renfort, pas un substitut à l'HAD
Le cadrage est explicite : l'ERI-SP n'a pas vocation à se substituer à l'activité habituelle de soins palliatifs en HAD. Elle intervient en complément, sur les pics d'aiguë que la prise en charge courante ne peut absorber dans l'instant. Elle agit par ailleurs sur la même zone d'intervention que celle de la structure d'HAD porteuse, ce qui garantit une connaissance fine du territoire et des relais locaux.
Pour l'IDEC en EHPAD, cette distinction est capitale : l'ERI-SP ne dispense pas l'établissement de structurer son propre volet de procédures internes ni ses conventions de partenariat. Elle constitue un filet de sécurité pour les situations de crise, à mobiliser en articulation avec l'organisation existante, non à sa place.
Réactivité : quatre heures, 24 h/24, une équipe médicalisée
La valeur ajoutée de l'ERI-SP tient à sa vitesse. Le dispositif repose sur une intervention rapide (en quelques heures), avec une exigence chiffrée : une arrivée sur le lieu de vie du patient est attendue dans un délai de 4 heure maximum. Cette réactivité suppose une disponibilité permanente, l'équipe devant pouvoir répondre 24h/24 et 7j/7.
Côté composition, le cahier des charges impose une équipe pluriprofessionnelle comptant au moins un médecin et un infirmier. L'organisation cible est précisée : l'équipe doit fonctionner avec un médecin en journée, en téléconsultation la nuit et avec un infirmier tous les jours y compris le week-end et les jours fériés. Cette présence infirmière au cœur du dispositif est un signal fort pour la profession : l'expertise palliative de l'IDE — évaluation de la douleur, gestion des symptômes réfractaires, accompagnement des proches — est reconnue comme une compétence pivot de la réponse d'urgence, comme le rappelle notre analyse du rôle de l'IDEC en EHPAD. Pour l'établissement, cela veut dire un interlocuteur soignant joignable au moment précis où la détresse survient, sans attendre le retour du médecin traitant.
L'appel à manifestation d'intérêt national 2026
Après une première vague ouverte en 2025 — les candidatures étaient alors à déposer entre le 1er juin et le 10 août 2025 —, l'État relance le déploiement avec un nouvel appel à manifestation d'intérêt national. Les agences régionales de santé, comme le détaille l'ARS Nouvelle-Aquitaine dans sa publication de l'AMI 2026, précisent le calendrier : les dossiers de candidature sont à déposer entre le 1er juin 2026 et le 14 août 2026.
La sélection est ensuite nationale : la liste des 15 projets choisis arrêtée par le ministère en octobre 2026 viendra officialiser les lauréats. Le choix s'appuie sur plusieurs critères, au premier rang desquels le maillage territorial et l'avis de l'ARS sur le projet — un point qui souligne combien l'ancrage local et la cohérence avec l'offre existante pèsent dans la décision de la DGOS.
Sur le plan financier, chaque lauréat n'est pas laissé sans moyens de démarrage : un financement d'amorçage de 200 000 €, non reconductible, sera délégué pour chaque projet retenu. Ce caractère non reconductible impose aux porteurs d'anticiper dès le départ le modèle économique pérenne de l'équipe. Un premier bilan est prévu : une évaluation est attendue un an après le début d'activité de l'ERI-SP.
Un dispositif au service de tous les patients en fin de vie
L'ERI-SP s'inscrit dans une offre de soins palliatifs que les pouvoirs publics cherchent à rendre plus accessible et mieux graduée. Comme le rappelle la synthèse officielle de Service-public, Les soins palliatifs s'adressent à toute personne, quel que soit son âge, atteinte d'une maladie grave. Les EHPAD sont directement concernés par cette montée en charge : Tous les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) doivent par ailleurs comporter un volet relatif aux soins palliatifs. Et pour que l'accès aux soins ne dépende pas des moyens du patient, Les soins liés à l'accompagnement palliatif ne peuvent pas faire l'objet de dépassement d'honoraires.
À côté des interventions à domicile portées par l'HAD et les ERI-SP, de nouvelles structures d'hébergement voient le jour. Ces petites unités de vie, intermédiaires entre le domicile et l'hôpital, peuvent accueillir et accompagner les personnes en fin de vie lorsqu'un maintien à domicile n'est plus tenable mais qu'une hospitalisation complète ne s'impose pas. Dans ce paysage en recomposition, l'ERI-SP occupe une place singulière : celle du maillon le plus réactif, mobilisable en quelques heures quand la situation d'un résident ou d'un patient suivi chez lui se dégrade brutalement, avant même qu'une réorientation vers l'une de ces structures ne soit organisée. Pour l'IDEC, savoir articuler ces briques — HAD, ERI-SP, unités de soins palliatifs, maisons d'accompagnement — devient une compétence de coordination à part entière.
Ce que l'IDEC doit anticiper dès maintenant
Concrètement, comment se préparer ? D'abord, cartographier les relais palliatifs de son territoire : HAD, équipes mobiles, futures ERI-SP si un projet est retenu dans la région. Ensuite, formaliser les circuits d'alerte pour que, la nuit ou le week-end, l'équipe sache exactement qui appeler face à une détresse respiratoire, une douleur incontrôlée ou une agitation terminale.
- Formaliser les partenariats avec les équipes mobiles de soins palliatifs et l'HAD de son territoire, pour disposer de relais identifiés avant la survenue d'une crise.
- Intégrer l'ERI-SP aux protocoles d'urgence et aux transmissions, pour que la réponse en quelques heures ne soit pas perdue faute de coordination interne.
- Renforcer les compétences de l'équipe en soins palliatifs : consulter notre panorama des formations pour outiller les IDE et aides-soignants.
Pour l'IDEC, l'arrivée des ERI-SP ne change pas la mission de fond — garantir la continuité et la qualité de l'accompagnement — mais elle enrichit la boîte à outils disponible pour les moments les plus difficiles. La fiche de poste évolue en conséquence : intégrer ces nouveaux dispositifs à la coordination territoriale fait désormais partie des attendus, comme le montre notre décryptage de la fiche de poste IDEC 2026.