IAS en EHPAD : une prévalence en baisse, mais des sites à surveiller

Premier enseignement, plutôt encourageant : la prévalence des résidents infectés par au moins une IAS en 2024 est estimée à 2,35 %. Concrètement, cela signifie que près d'un résident sur 40 présente au moins une infection associée aux soins. La tendance est favorable, puisque cette prévalence est en baisse par rapport à celle mesurée en 2016 (2,93 %). Au total, en 2024, 2 652 infections associées aux soins ont été documentées, soit une prévalence de 2,41 %.

La hiérarchie des infections oriente directement les priorités de surveillance de l'équipe soignante : les infections les plus fréquentes sont respiratoires (36,2 %), urinaires (31,7 %) et cutanées (25,8 %). Côté microbiologie urinaire, le trio de tête est connu : Escherichia coli (53,9 %), Proteus mirabilis (7,5 %) et Klebsiella pneumoniae (11,6 %). Ces repères aident l'IDEC à cibler les actions : protocoles respiratoires en période épidémique, vigilance sur les sondages urinaires, et surveillance cutanée renforcée — un volet à articuler avec la prévention des escarres, porte d'entrée fréquente des infections cutanées.

Antibiotiques : un usage stable, mais une réévaluation défaillante

Le volet anti-infectieux est le plus instructif pour la pratique. En 2024, 2,87 % des résidents ont été traités par au moins un antibiotique un jour donné, soit un taux stable par rapport à 2016 (2,76 %). La voie d'administration reste sans surprise : la majorité des traitements sont administrés par voie orale (86 %).

Deux signaux doivent en revanche alerter l'IDEC. D'abord la prophylaxie : les prescriptions à visée préventive (prophylaxie) sont en hausse : 22 % en 2024 contre 13,6 % en 2016. Ensuite, et surtout, la réévaluation. Pour 34 % des traitements curatifs, la durée prévue dépasse 7 jours, alors que la réévaluation dans les 3 jours est réalisée dans 31,8 % des cas (31,4 % en 2016). Autrement dit, moins d'un traitement sur trois est réévalué à 72 heures — un point quasi inchangé depuis 2016. Dernier angle mort : la documentation microbiologique des infections qui concerne en 2024 moins d'une IAS sur deux.

Ces résultats reposent sur une base solide : les données de 1 288 Ehpad incluant 102 166 résidents ont été analysées. Le détail méthodologique et l'ensemble des indicateurs figurent dans la publication de Santé publique France sur les IAS en EHPAD en 2024.

Qui sont les résidents les plus à risque ?

L'enquête identifie un profil de vulnérabilité que l'IDEC connaît bien. Les résidents âgés de 85 ans et plus, hospitalisés dans les 3 mois précédant l'enquête, en fauteuil ou alité, incontinents, présentant une escarre, opérés dans les 30 jours précédant l'enquête et exposés à au moins un dispositif invasif présentent significativement plus d'IAS. Cette liste constitue une véritable grille de ciblage : elle permet de prioriser les résidents pour lesquels la surveillance, l'hygiène et l'évaluation de la pertinence des dispositifs invasifs (sondes, cathéters) doivent être renforcées.

Côté organisation, le facteur déterminant est institutionnel : la prescription d'antibiotiques est plus fréquente dans les Ehpad sans procédure de réévaluation de l'antibiothérapie, sans accès à un référent en antibiothérapie et sans accès à une expertise en hygiène. Un constat qui place directement l'IDEC en première ligne : structurer ces fonctions relève de son périmètre de coordination.

Les leviers de prévention recommandés à l'IDEC

Santé publique France formule des recommandations directement transposables en plan d'action. La première concerne la gouvernance des antibiotiques : la formalisation d'une procédure de réévaluation de l'antibiothérapie, ainsi que l'amélioration de l'accès à une expertise en hygiène et à un référent en antibiothérapie. La deuxième cible la prophylaxie : l'évaluation de la pertinence des traitements prophylactiques notamment urinaires. La troisième porte sur la durée : la réduction de la durée des traitements curatifs et leur réévaluation systématique dans les 3 jours.

Pour l'IDEC, cela se traduit par quelques chantiers concrets : inscrire la réévaluation à 72 heures dans le circuit du médicament, identifier un référent en antibiothérapie (en propre ou via une convention), et systématiser le prélèvement microbiologique avant toute antibiothérapie probabiliste lorsque c'est possible. La maîtrise du risque infectieux repose aussi sur les fondamentaux, au premier rang desquels les précautions standard et l'hygiène des mains.

La force de ces leviers tient à leur caractère organisationnel : aucun ne réclame de moyens supplémentaires, mais tous supposent une animation soignante régulière. L'IDEC peut s'appuyer sur des temps déjà existants — réunions de transmission, revues de pertinence, commissions de coordination — pour faire vivre la question du bon usage des antibiotiques sans créer de réunion supplémentaire. La formation continue de l'équipe joue aussi un rôle déterminant : sensibiliser les aides-soignants au repérage des signes d'infection, rappeler les indications de l'examen cytobactériologique des urines, ou encore questionner collectivement le recours systématique à une antibioprophylaxie urinaire sont autant de gestes managériaux qui ancrent durablement une culture de prévention. C'est précisément dans cette capacité à transformer des recommandations nationales en routines de service que se joue l'efficacité réelle de la lutte contre les infections associées aux soins.

L'enjeu antibiorésistance : un contexte national qui se tend

Ces efforts s'inscrivent dans un contexte préoccupant. L'antibiorésistance est la capacité d'une bactérie à résister à l'action d'un antibiotique. Le bilan de l'Assurance Maladie est sans ambiguïté : la France occupait le 5e rang en 2023, elle est passée au 2e rang des pays européens consommant le plus d'antibiotiques en 2024. La consommation s'établit à 22,1 doses définies journalières (DDJ) pour 1 000 habitants et par jour en 2024, loin de l'objectif puisque l'objectif national fixé pour 1 000 habitants est de 20 DDJ et 650 prescriptions d'ici 2027.

Les personnes âgées sont au cœur du sujet : chez les 80 ans et plus, 1 202 prescriptions pour 1 000 habitants par an sont enregistrées. Et la résistance progresse en établissement : en Ehpad, 8,9 % des souches de E. coli étaient résistantes aux C3G, contre en ville, 4,3 % des souches de E. coli étaient résistantes aux C3G. Ce rebond n'est pas une fatalité : un rebond est observé en 2024, en lien notable avec la reprise des soins et la survenue d'épidémies d'infections respiratoires (grippe, bronchiolite, coqueluche), ce qui rappelle l'importance de la prévention vaccinale et de la juste prescription. L'enjeu est de taille : en France, en 2015, 125 000 infections à bactéries multirésistantes et plus de 5 500 décès ont été attribués aux infections à bactéries multi-résistantes. Le détail des données 2024 est consultable sur le bilan de l'Assurance Maladie sur la consommation d'antibiotiques et la fiche ameli sur l'antibiorésistance.

En définitive, la prévention du risque infectieux en EHPAD n'attend pas de moyens nouveaux : elle attend de la méthode. Procédure de réévaluation, référent antibiotique, ciblage des résidents à risque et hygiène des mains constituent un socle que l'IDEC peut consolider dès aujourd'hui, avec un impact direct sur la santé des résidents et sur la lutte contre l'antibiorésistance.

Sources officielles