Médico-social numérique : un cap franchi pour la coordination des parcours
La coordination des parcours est le cœur du métier de l'IDEC, et elle se joue de plus en plus dans les outils numériques. Une annonce de l'Agence du numérique en santé vient de marquer une étape concrète : le module Handicap de ViaTrajectoire s'est achevée avec succès, au terme d'une expérimentation grandeur nature. Derrière ce jalon technique se dessine la trajectoire que suivront, demain, l'ensemble des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESMS), EHPAD compris.
Lancée en juillet 2025 par l'ANS et le GCS Sara, cette phase pilote visait un objectif simple à formuler mais lourd de conséquences pour le quotidien des équipes : faire dialoguer automatiquement le dossier usager informatisé (DUI) des structures avec la plateforme d'orientation. L'expérimentation a été les éditeurs Evolucare et Orisha ainsi qu'avec plusieurs établissements pilotes, aux côtés de trois structures volontaires — l'Association Orsac, l'APF France Handicap et l'Association Le Bois l'Abbesse.
Concrètement, qu'est-ce qui change dans le travail de coordination ?
Le bénéfice tient en un mot que tout cadre de santé connaît : la fin de la double saisie. Aujourd'hui, une décision d'orientation reçue d'une commission doit être recopiée à la main dans le logiciel métier, avec son cortège d'erreurs et de pertes de temps. Avec l'interopérabilité, Tout se fait de manière instantanée, plus besoin de ressaisie. Un établissement pilote témoigne que la connexion entre son logiciel et la plateforme permet un véritable gain de temps pour le secrétariat, tout en sécurisant la qualité des données transmises.
Pour l'IDEC, ce type de gain n'est pas anecdotique. Chaque minute reprise sur la saisie administrative est une minute rendue à l'accompagnement et à l'encadrement de l'équipe soignante. C'est exactement la logique que poursuit la boîte à outils numériques mobilisée au quotidien dans les structures. La phase pilote a d'ailleurs permis de valider les spécifications d'interopérabilité, d'identifier des axes d'amélioration qui nourriront le déploiement à venir.
Un dispositif déjà solidement installé chez les professionnels
L'interopérabilité ne part pas d'une feuille blanche : la plateforme est déjà massivement utilisée. Côté décisions d'orientation, 100 % des MDPH adressent leur décision d'orientation dans ViaTrajectoire. Côté établissements, 82 % des ESMS du champ PH utilisent ViaTrajectoire dans leurs pratiques régulières. La dynamique gagne aussi la ville, avec + 86 % d'usages par les professionnels de ville en 3 ans. Et les personnes accompagnées elles-mêmes s'en saisissent : Environ 10 000 dossiers uniques d'admission (DUA) ont été renseignés par les personnes en situation de handicap ou leurs aidants.
La feuille de route ne s'arrête pas là. rendre systématique l'utilisation de ViaTrajectoire pour les sorties d'hospitalisation dans le cadre de PRADO figure parmi les objectifs à court terme, un sujet qui concerne directement la continuité des soins que pilote l'IDEC à l'entrée et à la sortie d'établissement.
Pourquoi l'IDEC en EHPAD doit suivre ce dossier de près
La phase pilote concerne le module Handicap : elle ne porte pas, à ce stade, sur le module Personnes âgées. Mais elle préfigure ce qui attend tout le médico-social. Le mouvement s'inscrit dans le Ségur du numérique en santé, dont la vague 2 pour le secteur social et médico-social couvre six univers : Personnes âgées (PA), Personnes en situation de handicap (PH) et quatre autres secteurs. Autrement dit, l'EHPAD est dans le périmètre de la vague 2, et la mécanique testée aujourd'hui pour le handicap servira de modèle demain.
Le calendrier est connu. Les documents concernant la Vague 2 ont été publiés le 3 mars 2026, et Sur 2026 et 2027, les éditeurs effectuent les évolutions de leurs logiciels pour la mise en conformité. L'échéance finale est posée : le déploiement doit être finalisé avant le 15 mars 2029. À cette horizon, les fonctionnalités de ViaTrajectoire seront intégrées dans le DUI des ESMS — y compris ceux du champ des personnes âgées.
Connaître ce calendrier, c'est pouvoir l'anticiper dans son établissement : vérifier que l'éditeur du DUI est engagé dans la mise en conformité, sensibiliser l'équipe, et inscrire la transition dans le projet de soins. C'est aussi une dimension nouvelle des compétences attendues de l'IDEC, à la croisée du soin et du pilotage des systèmes d'information.
Des moyens à la hauteur de l'enjeu
La transformation est massivement financée. Le Ségur consacre au médico-social une enveloppe globale de 630 millions d'euros dédiés à la transformation numérique du secteur, dont une large part finance directement les projets des établissements. Dans ce cadre, le programme ESMS numérique vise à engager environ 34 000 ESSMS, financés au travers d'environ 1 000 projets. La cible est déjà bien avancée : 2 sur 3 ESSMS disposent d'un DUI Ségur en 2025.
Pour l'IDEC, l'enjeu dépasse l'informatique : il touche à la qualité et à la sécurité de l'accompagnement, deux piliers du rôle de l'IDEC en EHPAD. Un DUI interopérable, c'est moins de ruptures d'information dans le parcours, une orientation plus fluide et une traçabilité renforcée — autant de leviers que l'on retrouve dans les procédures de coordination des soins. La fin du pilote handicap n'est donc pas une nouvelle réservée à un secteur : c'est un signal d'alerte utile pour toute IDEC qui veut préparer son équipe au virage numérique du médico-social.
Trois réflexes à adopter dès maintenant
Sans attendre l'échéance de 2029, l'IDEC peut préparer le terrain. La phase pilote a notamment servi à valider les mécanismes d'échange de données entre les solutions, et ses enseignements doivent accompagner la généralisation des usages. Le premier réflexe est donc de se rapprocher de l'éditeur du DUI de l'établissement pour situer sa feuille de route de mise en conformité, et d'identifier les fonctions qui seront concernées le jour venu.
- Cartographier ses flux. Lister les informations aujourd'hui ressaisies à la main entre le logiciel métier et les plateformes d'orientation, afin de mesurer concrètement le temps que l'interopérabilité fera gagner à l'équipe et de prioriser les chantiers.
- Associer le secrétariat et les fonctions support. Ce sont elles qui ressentiront en premier la fin de la double saisie ; les impliquer dès la phase de préparation sécurise l'adhésion et limite la résistance au changement.
- Inscrire la transition au projet d'établissement. Le numérique n'est pas un sujet annexe : il conditionne la continuité du parcours, finalité même de cette interopérabilité, pensée afin de faciliter l'orientation et le suivi des parcours des personnes accompagnées.
Cette montée en compétence numérique fait désormais partie intégrante de la fonction. Elle ne s'improvise pas : elle suppose de comprendre la logique d'un dossier interopérable, de dialoguer avec les éditeurs et d'embarquer une équipe parfois éloignée de ces outils. Pour les professionnels qui souhaitent se situer dans cette évolution, le guide du métier d'IDEC apporte des repères pour transformer une obligation réglementaire en véritable levier de qualité et de sécurité des soins. La fin du pilote handicap est, à cet égard, une première répétition générale : ce qui a fonctionné pour un secteur a vocation à se diffuser à tout le médico-social, EHPAD compris. Anticiper plutôt que subir, c'est précisément la posture qui distingue une coordination proactive : l'IDEC qui aura cartographié ses outils et sensibilisé son équipe abordera la généralisation avec un temps d'avance, là où d'autres découvriront les contraintes au dernier moment. Le sujet mérite donc d'être porté dès aujourd'hui en réunion d'encadrement, sans attendre les premières obligations de conformité.
Sources officielles
- Agence du numérique en santé — Interopérabilité DUI-ViaTrajectoire : la phase pilote s'achève
- Agence du numérique en santé — ViaTrajectoire, du terrain au national
- Agence du numérique en santé — Ségur du numérique pour le médico-social
- Agence du numérique en santé — Le numérique dans les ESSMS
- CNSA — Programme ESMS numérique